Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARCHÉOLOGIE / Le British Museum débarque à Martigny

Hourra! Le British Museum débarque sans armes, mais avec beaucoup de bagages à la Fondation Gianadda de Martigny. L'institution londonienne propose ainsi une nouvelle étape de sa tournée antique. "Les expositions itinérantes forment une part essentielle des missions du musée, toujours soucieux de s'ouvrir à de nouveaux publics", rappelle Neil MacGregor, directeur du British, dans son avant-propos du catalogue. 

Intitulée en français "La beauté du corps dans l'Antiquité grecque", la manifestation joue un peu sur les mots. Comme certains visiteurs s'en rendent vite compte, l'essentiel des sculptures se compose en fait de copies romaines. Mais c'est comme ça! Il y a des siècles, voire près de deux millénaires que les originaux en bronze du "Discobole" de Myron ou du "Diadumène" (un athlète attachant sa couronne de vainqueur) de Polyclète ont disparu. Ils ont sans doute finis fondus. Notez que le marbre n'a souvent pas eu davantage de chance. Au Moyen Age, il aboutissait bien souvent dans les fours des fabricants de chaux.

Un superbe ensemble de vases 

Le British Museum a en réalité généreusement fait les choses. Sont du voyage un certain nombre de statues célèbres, quelques cuirasses militaires et surtout une admirable série de vases produits en Attique à l'intention de la riche clientèle étrusque. On sait que les potiers athéniens ont commencé par tracer des figures noires sur la terre brique, puisqu'ils ont renversé la vapeur vers 500 av. J.-C. Les corps ont dès lors été laissés en rouge, le fond noir les faisant apparaître en réserve. 

L'ensemble venu d'Angleterre, qui ne tient guère compte des temps archaïques (à part pour une belle "idole" des Cyclades remontant au IIIe millénaire avant notre ère), s'est vu disposé le long des galeries de la salle semi-souterraine. Il occupe aussi sur le sol de cette dernière. La présentation se révèle du coup problématique. Les céramiques sont parfois placés trop haut. Elles s'appuient contre le fond des vitrines, ce qui empêche de voir leur "face B", quand elle existe. La couleur pourpre dudit fond jure avec celle de la terre cuite. Les sculptures souffrent parfois d'un mauvais éclairage. Quant à certaines étiquettes, placées trop loin de l’œil du visiteur, elles se révèlent illisibles.

Un musée problématique 

Tel quel, "La beauté du corps dans l'Antiquité grecque" dégage une impression un peu triste. Les œuvres proposées restent ternes. Sans vie. Elles auraient pourtant besoin d'un coup de jeune. Portée au pinacle jusqu'aux débuts du XXe siècle, l'Antiquité classique se retrouve aujourd'hui au purgatoire. Elle passionne moins les nouvelles générations que l'Egypte ou l'Assyrie. 

Mais il ne fait pas se faire d'illusions! La mise en scène reste tout aussi vieillotte dans les espaces du British. Fondée en 1753, l'institution n'en finit pas de se repenser depuis deux décennies. Les travaux succèdent aux travaux. Le parcours londonien n'en reste pas moins incohérent et la place introuvable. Sir Norman Foster a beau avoir réalisé une superbe cour intérieure en 2000, ce qui facilite tout de même les circulations, le plus clair des collections demeure en caisses, faute de salles supplémentaires. Il faut dire que toutes les civilisations, de la Mésopotamie à l'Afrique noire, sont sensées se voir représentées ici...

Revenons cependant à Martigny. L'exposition actuelle est à voir, certes. Mais il ne faut s'attendre à en subir, presque malgré soi, la séduction irrésistible. Ce qui se retrouve présenté, et qui est souvent admirable (je pense surtout aux vases) doit véritablement se mériter.

Pratique 

"La beauté du corps dans l'Antiquité grecque", Fondation Gianadda, 59, route du Forum, jusqu'au 9 juin. tél. 027 722 39 78, site www.gianadda.ch Ouvert tous les jours de 10h à 18h. La Fondation présente par ailleurs en première l'Hercule et l'Apollon citharède (jouant de la cithare) romains découverts par l'archéologue François Wiblé le 6 juillet 2011 à Martigny. Photo (British Museum): Les vases grecs dominent à la Fondation, même si le public ne peut généralement en voir qu'un côté.

Prochaine chronique le jeudi 20 mars. Tops et flops. Quelles sont les expositions à voir (ou à ne pas voir) ce printemps en Suisse? 

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