Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARCHÉOLOGIE/Arles révèle des fresques dignes de Pompéi

Toute la presse en parle depuis hier 10 juillet, ce qui semble bon signe dans une époque de désintérêt pour la culture classique. Des fresques romaines, correspondant au style dit "Pompéi II", sont apparues à Arles depuis 2014. Le 1er avril de cette année (et ce n'est pas une farce!) étaient ainsi collectés les premiers éléments d'un rarissime décor peint sur trois murs d'une richissime maison, décorée entre 70 et 20 avant Jésus-Christ. 

Un grand article du «Monde», signé Luc Leroux, a fait le point avec Julien Boislève. L'homme est toichographologue ce qui, vous l'avez déjà compris, veut dire spécialiste de la peinture archéologique murale. L'homme explique que ces œuvres, à l'état fragmentaire, ont sans doute été produites par un artiste importé d'Italie ou d'Espagne. Le bleu utilisé est semblable à celui utilisé par les Egyptiens. Il y avait onze personnage sur la peinture, pris entre des colonnes en trompe-l’œil. Il s'agit pour l'instant d'un «jigsaw puzzle», dont le remontage et la restauration prendra entre huit et dix ans.

Un quartier chic antique

Comment la découverte s'est-elle faite? En partie fortuitement. La villa se trouvait à Trinquetaille, sur la rive droite du Rhône. Jusqu'à ces dernières années, on estimait que la vaste cité antique d'Arles se concentrait sur la berge gauche. C'était la forme qu'elle avait adoptée au IIIe siècle de notre ère. Il semble que vers 260 un gigantesque incendie ait détruit ce quartier résidentiel (mais il y avait aussi là des entrepôts). Pour l'archéologue Alain Genot, c'était un peu «le Beverly Hills d'Arelate». Notons que, plus haut sur le Rhône, la partie chic de la Vienne antique se trouvait aussi sur la rive droite, à Saint-Romain en-Gal. 

Pris entre un supermarché et une Maison de quartier, le site de La Verrerie a déjà été fouillé en 1983. De superbes mosaïque avaient été trouvées. En 2012, la municipalité pensait remblayer le dite. Mais des sondages indiquaient l'existence d'une couche inférieure. C'était le cas. Une première campagne, en 2014, permettait de mettre au jour une chambre à coucher avec alcôve, aux murs peints. Cette année, c'est le tour de la salle d'honneur. En 2016, une autre pièce se verra dégagée. Il faut procéder très lentement. Les peintures réagissent mal à la lumière retrouvée, même si elle ne disparaissent pas d'un coup, comme dans «Fellini-Roma». Il faut donc les traiter. Il y a du travail. Les archéologues ont déjà rempli 1200 caisses...

Un musée déjà agrandi 

Arles (et maintenant je cesse d'utiliser comme base l'article du «Monde») se révèle comme la nouvelle mine archéologique européenne. Il faut dire que la cité n'a jamais été vraiment urbanisée aux XIXe et XXe siècles. Son sol demeure en grande partie intouché. On se souvient de la découverte de l'immense bateau romain. Il y a aussi eu la tête, dite de Jules César, et quelques bronzes antiques spectaculaires. Il y a bien des années s'était construit, au bord d’un hippodrome à fouiller (hélas surmonté d'une bretelle autoroutière), un grand Musée de l'Arles antique. Il abritait au départ les découvertes anciennes, effectuées en partie autour des Alyscamps. Ce musée a déjà été agrandi (sans prévenir l'ancien architecte, d'où un procès) afin d'accueillir le bateau. On ignore ce que pense Alain Charron, son directeur. Mais s'il faut un jour y accueillir des chambres à fresques reconstituées, il faudra une seconde extension. 

Heureusement qu'Arles, municipalité pauvre mais protégée par la famille bâloise des Hoffmann, se veut une ville de culture. Tiens! L'annonce de la découverte tombe juste au moment des «Rencontres» de la photographie, dont je parlerai bientôt! Et le Centre Van Gogh fonctionne à plein régime. Photo (DR): Un des fragments récemment trouvés à Trinquetaille.

Texte intercalaire.

 

 

 

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