Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Après Obama, quelle dynastie?

41, 43, 45 : les Bush vont par chiffres impairs. George H. W. fut le 41e président des Etats-Unis, le fiston W le 43e, et son frère Jeb sera le 45e. C’est du moins ce dont rêve la famille, sauf la reine mère, Barbara : elle trouve que deux c’est assez.

W publie ce mardi, comme il le dit lui-même, une «biographie affectueuse» de son papa qui, à 90 ans, ne marche plus, perd la mémoire, mais saute encore en parachute. Le livre s’intitule, justement, «41». A l’occasion de cette parution, et des confidences qui l’entourent, la candidature virtuelle de Jeb Bush, qui fut huit ans gouverneur de Floride, prend son envol.

L’héritier républicain annoncera sa décision autour du Nouvel An. Au moment où Hillary Clinton prendra la sienne. L’ancienne secrétaire d’Etat a cependant quelques longueurs d’avance. Le livre qu’elle aussi a publié, sur ses années à la tête de la diplomatie américaine, «Hard Choices», n’a pas marché comme elle l’attendait, mais l’ancienne locataire, par mariage, de la Maison Blanche, demeure dans le camp démocrate l’archifavorite, et il faudrait un accident pour qu’elle ne soit pas candidate.

Quel étrange pays ! Deux bons siècles après avoir repoussé son roi (britannique) au-delà de l’océan, la vieille démocratie pourrait bien assister au combat pour le pouvoir de deux dynasties. C’est en tout cas, à ce stade, l’hypothèse la plus plausible.

On a beaucoup dit, après le désastre pour lui des élections du midterm, que le dernier quart des mandats de Barack Obama serait sérieusement obéré. Le président conserve de très larges compétences, mais l’horizon est désormais en effet assez obscur. La guerre contre l’Etat islamique est hasardeuse et sans objectif réaliste. La Cour suprême vient de se saisir une nouvelle fois de la réforme, majeure, de l’assurance maladie. Et les décisions unilatérales qu’Obama s’apprête à prendre sur l’immigration vont fouetter l’opposition vociférante des républicains.

La campagne présidentielle pour novembre 2016 commencera donc très tôt. Or que voit-on sur le champ de manœuvres ?

A droite, derrière le succès au Sénat et à la Chambre des représentants des candidats du Grand Old Party, il y a une reprise en main par l’establishment républicain. En 2010 avaient déboulé en masse au Congrès les chiens fous du Tea Party. Cette aile extrême n’a pas disparu, mais les puissants soutiens du parti ont mis la main à la poche pour que cette vague recule. Les ténors du Tea Party, le Texan Ted Cruz ou le libertaire isolationniste Rand Paul, continuent de tenir le crachoir, et ils ne cachent guère leurs ambitions présidentielles. Mais les poids lourds, dans l’ombre, ne veulent pas d’un de ces poulains incontrôlables qui les mènerait en 2016 à la défaite. Ils cherchent un figure, conservatrice, mais plus rassurante. Jeb Bush, ils ne le cachent guère, peut être leur homme.

Côté démocrate, le terrain est pour le moment spectaculairement dégagé. Hillary Clinton plane très haut au-dessus des autres postulants potentiels. La meilleure candidate ? La seule, dit George Will, un columnist du Washington Post qui la déteste. Elizabeth Warren, l’autre figure rayonnante du parti démocrate, a déjà dit qu’elle ne se présenterait pas contre l’héritière, et sa critique radicale du fonctionnement capitaliste l’empêcherait, aux Etats-Unis, d’être élue à la fonction suprême. Martin O’Malley, le gouverneur du Maryland qui aime, comme Vladimir Poutine, afficher ses pectoraux et tient la guitare dans son groupe de celtic rock, est prêt à se lancer, mais il fait pour le moment de la figuration.

A défaut de pouvoir dénombrer les adversaires d’Hillary Clinton, les pundits, pour le moment, énumèrent ses handicaps. Cette jeune grand-mère aura 69 ans au moment de l’élection. Et elle a servi quatre ans durant un président soudain impopulaire.

Cet état des lieux, si longtemps avant la présidentielle, est naturellement provisoire. En deux ans, tout est possible, y compris le surgissement de personnalités nouvelles. Deux ans avant d’être élu, Obama n’était après tout qu’un néophyte du Sénat.

Mais qu’à ce stade le choix offert aux Américains, pour la branche exécutive de leur gouvernement, se limite à deux lignées dynastiques, est profondément troublant. L’économie des Etats-Unis s’est rétablie et le discours décliniste a du plomb dans l’aile. Il pourrait trouver du grain à moudre dans le fonctionnement de leur démocratie.

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