Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Apple au pressoir et la Grèce à la casse

Il se passe des tant de choses dans le marché. Tant de choses et pourtant on se retrouve toujours au même endroit et on se pose toujours les mêmes questions au même moment. Le marché est collé dans une espèce de canal latéral et chaque fois que l’on approche du bas de ce canal, tout le monde rentre en mode « et-voilà-c’est-le-krach-qui-arrive-je-vous-l’avait-dit » et finalement, ça remonte et tout recommence… J’en arrive à croire que Goldman Sachs avaient raison quand ils disaient que le « marché ne fera(it) rien pendant 12 mois ». 

Hier, la nouvelle de la journée, c’est la bourse grecque qui se faisait défoncer. -23%  - on ne peut pas dire que ce soit une surprise, mais ça fait toujours bizarre. Là où cela fait encore plus bizarre, c’est que le reste des places boursières s’en tamponnent le coquillard comme de leur première cravate. Encore un truc que tout le monde savait et c’est juste la bourse d’Athènes qui est en mode « fast-forward » et qui rattrape le retard et toutes les mauvaises nouvelles qui lui pèsent sur la tête depuis des mois. En plus hier les chiffres du PMI ont été publiés. Alors qu’il était parfaitement en ligne aux USA, le PMI grec est sorti à 30.2  - c’est un record en terme de faiblesse – et en même temps, les chiffres de l’emploi local n’ont jamais été aussi faibles depuis que Markit a commencé à noter les chiffres.

Mais bon, visiblement le monde merveilleux de la finance a complètement intégré le fait que le marché grec est pourri et qu’il n’y a plus rien à attendre. Tsipras va avoir son bailout et on espère qu’il en fera bon usage et qu’il parviendra à redresser la barre. Sinon, il va devoir repasser au guichet des bailout, comme tous les trois-quatre ans environ. En attendant, tout le monde se fiche soudainement de la Grèce, sauf pour y aller en vacances. Par contre avec des corrections pareilles, si l’on se dit que l’Europe n’a visiblement pas envie de se séparer de la Grèce – ni de qui que ce soit et ce, pour des raisons d’égo  - à un moment donné et à force d’injecter de l’argent à perte dans la région, ça va bien finir par payer. Il faut donc peut-être ne pas oublier la Grèce trop vite et chercher un point d’entrée, parce que le jour où il y aura des bonnes nouvelles, on regardera à nouveau les graphiques et on se rendra compte que l’on a déjà raté le rebond… Un grand classique du monde merveilleux de l’investissement : on préfère ne pas voir ce qui ne va pas, ne pas y suivre, surtout et tant que ce n’est pas partout dans les journaux.

La Grèce n’a donc intéressé personne hier. L’Europe a terminé légèrement en hausse en se moquant donc totalement de ce qui se passait à Athènes. Pendant ce temps, les marchés américains passaient une mauvaise journée. Et non, au cas où vous vous posiez la question, ce n’est pas parce que la Grèce perdait 23%, mais plutôt parce que le pétrole se faisait tirer dessus à boulets rouges et parce que les chiffres économiques  - l’ISM surtout – n’était pas glorieux. D’ailleurs si la longue litanie des chiffres économiques « pas terribles » continue  à ce rythme-là, on se demande vraiment quels sont les arguments que Yellen va bien pouvoir mettre en avant pour monter les taux à la rentrée scolaire.

Concernant le pétrole, la hausse de production, le fait que l’Iran « pourrait commencer à augmenter sa production dès que les sanctions économiques seront levées et la demande qui est faible, pose des problèmes aux investisseurs. Forcément, pas besoin d’avoir été très longtemps en classe d’économie pour savoir que quand la demande diminue et que l’offre augmente, il ne faut pas chercher trop longtemps pour voir le prix se casser la figure. Ce matin le baril est donc à 45.48$ et le chart a vraiment une sale tronche. Encore quelques dollars et l’on devrait voir arriver les « doomsayers » avec des objectifs farfelus autour des 20$, voir même à dix pour les plus courageux.

Et comme le pétrole se fait démonter, il n’y a pas eu besoin d’attendre longtemps pour voir les vendeurs sortir du bois et s’attaquer aux pétrolières. Les indices américains en ont donc pris pour leur grade, mais quand on regarde le graphique intraday, on se dit que l’on a frisé la correctionnelle et qu’à la fin on s’en sort pas mal.

Deux noms qui ressortent de la journée d’hier : Apple et Twitter. Le second parce que le titre est au plus bas et au plus mal. Il a encore abandonné plus de 5% hier et le mot qui court dans les salles de trading est que les « gens » attendent un niveau où Twitter deviendra un candidat au take-over pour remettre les pieds dedans. Il n’y a donc plus d’espoir de voir le nombre d’utilisateurs croître ou de les voir faire du fric avec la pub. Le seul espoir est le rachat et l’intégration dans un plus grand. Reste à savoir quel est le « fair price » pour un réseau social qui vous laisse vous exprimer avec 140 caractères.

Le premier (Apple), c’est parce qu’hier, en reculant de 2.3%, la plus grosse capitalisation boursière mondiale est officiellement entrée en phase de correction. La pomme a perdu 10.9% depuis les « tops » du mois de février.

La mauvaise presse qui est faite autour d’Apple, l’échec du lancement de leur concurrent de Spotify y est probablement pour beaucoup. Et puis il y a aussi le fait que, comme à chaque période de résultats pour Apple, une quantité astronomiques de « spéculateurs » qui essaient de vendre l’idée que « cette fois, Apple, c’est fini » et cette fois ils ont l’air de ratisser plus large que d’habitude. Bref, Apple est entrée en phase de correction.

Et puis on retiendra le trait de génie d’un analyste qui expliquait hier que « c’est normal si le marché ne va pas bien, c’est parce que nous sommes au mois d’août et que c’est bien connu ; le mois d’août est un mois pourri pour la bourse »… Après cette explication rationnelle et efficace sur la baisse des marchés, il est temps de citer Mark Twain qui disait :

" Octobre est un mois particulièrement dangereux pour spéculer en bourse. Mais il y en a d'autres : juillet, janvier, septembre, avril, novembre, mai, mars, juin, décembre, août et février »

L’or fond comme neige au soleil, il est à 1083$ ce matin. En Asie le Nikkei et le Hang Seng ne font rien et à Shanghai on tente une remontée, l’indice progresse de 1.3%. Là aussi, ce matin les prédicateurs sont de retour, puisque sur le même site internet, j’ai réussi à trouver un article qui nous prévoit un doublement de l’indice chinois et l’autre qui déclare que la baisse ne fait que commencer.

Si jamais, pour prendre une décision, moi j’ai choisi « Pile ».

Dans les nouvelles du jour, LE trader qui a manipulé le LIBOR tout seul, évidemment, se prend 14 ans de prison. Et évidemment, tout son management est soulagé que la pomme pourrie soit tombée. Eux qui sont des modèles d’honnêteté. Le Technicien du Barron’s pense que le secteur des semiconducteurs sont au bord d’une correction majeure et recommande la méfiance, surtout sur Intel, qui pourrait, selon lui, baisser de 20%. Dans le même journal, on estime que le sell-off sur les valeurs pétrolières est exagéré. Et puis un consortium de fabricants de voitures allemandes a racheté le business GPS de Nokia (NOKIA HERE) pour 2.8 milliards.

Côté chiffres économiques, nous aurons les chiffres du chômage en Espagne, le PPI en Europe, le Redbook et les Factory Orders. Pour les publications trimestrielles, nous aurons Activision, Archer Daniels, Axa, BMW, Coach, CVS, Crédit Agricole, Devon Energy, DreamWorks, Entergy, Genworth Financial, Kellog, MGM, Nabors, Regeneron et Zillow. Entre autres.

Actuellement, les futures sont inchangés et l’Euro/$ est à 1.0946. Le Yen est à 123.98, le Bitcoin vaut 279$ et l’Euro/Suisse s’échange à 1.0610. Le rendement du 10 ans américain est de 2.16%.

Voilà. En ce moment le marché est un peu comme coincé là où il est et il n’est pas simple de trouver la sortie. J’ai connu des hamsters qui s’éclatent bien plus dans leur roues que ce que l’on peut trouver de passionnant dans les marchés financiers en ce moment, mais il faut faire avec. En attendant un miracle, je vous souhaite une excellente journée et on se retrouve demain à la même heure et au même endroit !

À demain

Thomas Veillet

Investir.ch                           

 

“Le meilleur moyen de rester en bonne santé, c'est de manger ce que vous ne voulez pas manger, de boire ce que vous ne voulez pas boire, et de faire des choses que vous n'aimez pas faire.”

Mark Twain

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