Koppel Peter

COFONDATEUR DU FORUM PME/KMU

Dans les années 80, Peter Köppel est chargé de cours en littérature française et comparée à l’Université de Zurich. Après une formation en analyse politique internationale, il devient consultant en entreprise à Saint-Gall. Il participe également à la rédaction du Livre blanc de David de Pury. En 1996, Peter fonde une agence de communication à Zurich. En 2009, il est l’initiateur et le coorganisateur du Forum PME/KMU pour le rapprochement alémanico-romand dans l'économie.

Antonio Hodgers: Pour la cohésion du pays et ses PME, soignons l'unité dans la diversité

„L‘état présent n‘est rien qu‘une hypothèse que l‘on n‘a pas encore dépassée.“ ("Die Gegenwart ist nur eine Hypothese, über die man noch nicht hinausgekommen ist.")

Cette phrase de Robert Musil me semble parfaitement caractériser un sentiment que j‘ai eu l‘impression de partager avec le Conseiller national Antonio Hodgers, quant à l‘état actuel de la Suisse, lors de notre entretien à Berne, jeudi dernier.

Les forces du passé, celles de la compartimentation excessive du pays, y sont encore au pouvoir, mais l‘ordre sur lequel elles s‘appuient va s‘affaiblissant. 

La mondialisation a produit chez de grandes entreprises des effets de croissance jamais vues encore, dynamique dont même des micro-entités ont massivement profité, tout en restant gentiment dans leur coin. 

Or, cette même mondialisation rend la Suisse de plus en plus petite, ses régions en sont devenues minuscules, là où elles regorgent d‘énergie, elles sont près d‘éclater, ne pouvant plus contenir ni structurer et gérer convenablement les flux de travailleurs, de capitaux et d‘immigrants qu‘elles attirent; là où elles s‘essoufflent, les coûts sociaux et avec eux les impôts montent, tandis que les revenus diminuent. D‘où une péréquation financière de plus en plus déséquilibrée.

Du fait de ces pressions, auxquelles s‘ajoutent celles venant d‘une Europe fatiguée de ce qu‘elle perçoit comme un parasitisme helvétique en son sein, les fractures classiques s‘accentuent: ville versus campagne, plaine versus montagne, et de nouvelles fractures se font jour, au coeur même de l‘économie: PME versus multinationales (c‘est là mon interprétation à moi du résultat Minder), et Werkplatz versus Finanzplatz. Quid du Denkplatz? Vous avez vu la bataille politico-médiatique autour des millions d‘UBS pour l‘Uni de Zurich?

Devant cette toile de fond, la sentence d‘Antonio Hodgers prend toute son ampleur. Car la fracture alémanico-romande, à laquelle s‘ajoute celle, toute aussi dramatique, d‘avec le Tessin, phénomène de la société civile d‘abord, est un indicateur impitoyable de la profondeur des fossés qui divisent ce pays. 

En ces temps de transition où la société civile helvétique et ses milieux économiques se désintègrent, c‘est l‘administration centrale et centralisatrice qui garantit à sa façon la cohésion du pays, de manière technocratique. C‘est bien, c‘est nécessaire, mais ce n‘est pas suffisant. Il faut que la société civile évolue en dépassant sa compartimentation, sur les plans culturel, politique et économique. Quant à ce dernier, les petites et moyennes entreprises sont des acteurs trop peu conscients de leur importance, de l‘efficacité de leur action, si celle-ci est commune, et de leur dignité. 

L‘avenir appartient à la société civile helvétique ouverte au monde et aux régions qui la constituent. Pour y arriver, nous devons nous affranchir de nos barrières linguistiques et culturelles internes. C‘est dans ce sens que j‘interprète le mot d‘Antonio Hodgers. 

 

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