Gambardella Antonio NB

Directeur de la Fondation Genevoise pour l'innovation technologique (Fongit).

Antonio Gambardella est directeur de l’incubateur technologique genevois FONGIT. Ancien partenaire dans des fonds d'investissements spécialisés dans la tech, il siège au conseil d'administration de nombreuses startups. Il est également expert pour l’Agence suisse pour l’encouragement à l’innovation (Innosuisse). Antonio est licencié en économie.

Vers une mutation surprenante du bureau

«La crise accélère l’adoption de nouvelles technologies dans les entreprises»

A l’avenir, à n’en pas douter, la vie au bureau sera une expérience très différente de celle dont nous avons l’habitude. Des données récentes suggèrent que 70% des entreprises prévoient de proposer durablement une alternance entre travail au bureau et travail à distance. L’impact sanitaire et financier de la crise va sans doute obliger les organisations encore réfractaires à adopter le télétravail, rendu plus sûr et transparent grâce à des outils de collaboration à distance et à une sécurité numérique renforcée.

A long terme, une main-d’œuvre travaillant entièrement à distance semble toutefois peu réaliste. Le bureau offre des avantages intangibles comme les liens sociaux ou les aspects collaboratifs indispensables à la création et à l’innovation. Cette situation mixte nous force à repenser les interactions entre les équipes; l’enjeu pour les entreprises sera de reproduire une expérience comparable à celle vécue avant la pandémie, lorsque la présence physique était la norme; alors même que le contexte sera de l’ordre de l’hybride: ni totalement virtuel ni totalement physique.

A court terme, les équipes continueront à utiliser des applications comme Zoom, Teams ou Skype pour faciliter les réunions à distance, même si la visioconférence retranscrit mal les interactions entre individus. Elle s’avère fatigante et mobilise plus d’énergie pour interpréter le langage non verbal comme les expressions du visage, la tonalité de la voix ou les signaux corporels.

Une crise accélère souvent l’adoption de technologies préexistantes. C’est notamment le cas des caméras 360 qui ont vu leur popularité augmenter au cours des derniers mois – grâce à l’intégration des vidéos sur YouTube – offrant des expériences immersives lors d’événements. D’autres outils se sont démocratisés comme le flipchart numérique Miro qui permet aux équipes de brainstormer à distance ou encore deux sociétés suisses, en pleine croissance grâce à leurs solutions d’espaces de travail numériques partagés: Beekeeper à Zurich, et la genevoise Gmelius.

Réalité augmentée et réalité virtuelle se perfectionnent

La réalité augmentée et la réalité virtuelle (RA et RV) étaient, elles aussi, restées jusque-là confidentielles sur le marché des réunions malgré un fort battage médiatique. Là encore, la crise accélère leur adoption en entreprise, puisqu’elles permettent de reproduire virtuellement certaines interactions spécifiquement humaines comme les signes non verbaux.

Ainsi, la startup américaine Spatial qui permet à ses utilisateurs d’interagir à l’aide d’avatars 3D annonce une augmentation de près de 1000% de l’adoption de sa solution. A mesure que la RV se perfectionne, les hologrammes permettront aux participants distants d’être «physiquement présents» dans une pièce virtuelle et d’avoir des interactions quasi réelles entre eux. Spin-off de l’EPFL, la société genevoise Imverse a développé l’une des technologies les plus avancées en la matière et collabore avec Logitech à une solution de téléprésence volumétrique.

Les difficultés engendrées par la crise sanitaire ont accéléré les efforts de numérisation des entreprises. Une fois le Covid derrière nous, et malgré la fin de la crise sanitaire, ces nouveaux outils de collaboration à distance auront été durablement intégrés à notre culture du travail. Facilitant les réunions et les échanges entre équipes, ils développeront surtout notre capacité à interagir en favorisant l’apparition de nouveaux codes.

Les interactions au bureau, difficilement substituables en raison de la finesse et de la complexité des échanges, seront néanmoins enrichies par ces nouveaux outils, créant une palette de communication d’une diversité surprenante, à apprivoiser!

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