Gambardella Antonio NB

Directeur de la Fondation Genevoise pour l'innovation technologique (Fongit).

Antonio Gambardella est directeur de l’incubateur technologique genevois FONGIT. Ancien partenaire dans des fonds d'investissements spécialisés dans la tech, il siège au conseil d'administration de nombreuses startups. Il est également expert pour l’Agence suisse pour l’encouragement à l’innovation (Innosuisse). Antonio est licencié en économie.

Quelle confiance à l’ère du numérique?

Le scandale Cambridge Analytica, les interrogations autour de Clearview AI, les violations répétées des entreprises exposant les données personnelles de leurs utilisateurs, l’exploitation de nos données purement et simplement revendues à des tiers ont éveillé la conscience collective à de nouveaux enjeux: l’importance de la confiance et de la transparence dans le monde numérique.

Réalité physique, réalité numérique, nous vivons une vie interconnectée, à la croisée de ces deux mondes. Nous y créons et partageons des quantités massives de données. Une interconnexion qui expose potentiellement nos données les plus intimes et personnelles.

Il n’a jamais été aussi crucial de comprendre à qui nous confions réellement nos données. Et les formules «there’s no free lunch» ou « si vous ne payez pas, le produit c’est vous!» doivent interpeller. La prise de conscience, certes tardive, d’un nombre croissant d’utilisateurs quant à l’importance et à la valeur économique que représentent leurs données s’accentue et se renforce.

Mais payer pour un service garantit-il sa préservation? Si la Suisse a toujours fait figure de pionnière en matière de gouvernance, de confidentialité et de pro- tection des données, elle n’est pas à l’abri de pressions extérieures. Dans le récent scandale de Crypto AG, les clients croyaient disposer d’une technologie leur garan- tissant une protection, on découvre aujourd’hui qu’ils ont été trompés.

Ces dernières années, deux types d’utilisateurs ont émergé: les premiers décident – consciemment ou non – d’offrir leurs données en échange de services fournis par Google, Facebook, WhatsApp et de nombreux autres; les seconds optent pour des services qui garantissent la non-exploitation de leurs données, comme le moteur de recherche DuckDuckGo ou la messagerie instantanée Signal.

Aujourd’hui, de plus en plus de gens choisissent d’ailleurs de payer pour un service de qualité et qui garantit l’intégrité de leurs données et de leur vie privée. Dans ce contexte, certaines entreprises suisses se démarquent, comme Proton Technologies, qui a d’abord proposé un service de courrier électronique crypté de bout en bout – ProtonMail – qui dessert aujourd’hui plus de 20 millions d’utilisateurs. Elle propose désormais un calendrier en ligne entièrement crypté et travaille sur un service de stockage des fichiers qui concurrence Google. L’entreprise considère la sphère privée comme un droit humain fondamental.

Mais payer pour un service garantit-il sa préservation? Si la Suisse a toujours fait figure de pionnière en matière de gouvernance, de confidentialité et de protection des données, elle n’est pas à l’abri de pressions extérieures. Dans le récent scandale de Crypto AG, les clients croyaient disposer d’une technologie leur garantissant une protection, on découvre aujourd’hui qu’ils ont été trompés.

Technologies et transparence

Or, la confiance ne se décrète pas, elle se construit. Tout d’abord, il est indispensable que les logiciels soient dé- veloppés de manière robuste et fiable, en se basant sur des technologies répandues et abordables, comme un stockage décentralisé des données utilisant la blockchain et la cryptographie de bout en bout. Les données en transit sont alors impossibles à analyser sans la clé de chiffrage détenue par l’utilisateur, uniquement.

Ouverture et transparence, ensuite, sont primordiales à tous les niveaux. ProtonMail, par exemple, utilise un codage «Open Source», mis à la disposition de la communauté de développeurs, qui ne manquerait pas d’alerter sur la présence d’une faille intentionnelle – backdoor – dans la sécurité.

La transparence en matière de gouvernance et d’intérêts financiers se révèle aussi prépondérante. Les intérêts économiques doivent être distribués et tenir compte de toutes les parties prenantes, comme chez Proton où la majorité des actions sont entre les mains des employés.

Les données personnelles ont une valeur, dont il appartient à chacun de disposer, en toute connaissance de cause. Le choix découle désormais de la responsabilité des individus. En parallèle, il est probable que les évo- lutions juridiques attendues en matière de transparence numérique provoquent un renouveau dans les modèles d’affaires des entreprises digitales. Avec l’émergence de nouveaux acteurs, l’utilisateur bénéficiera d’une plus grande liberté de choix.

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