Gambardella Antonio NB

Directeur de la Fondation Genevoise pour l'innovation technologique (Fongit).

Antonio Gambardella est directeur de l’incubateur technologique genevois FONGIT. Ancien partenaire dans des fonds d'investissements spécialisés dans la tech, il siège au conseil d'administration de nombreuses startups. Il est également expert pour l’Agence suisse pour l’encouragement à l’innovation (Innosuisse). Antonio est licencié en économie.

La société en mutation, une opportunité?

La situation actuelle a généré des bouleversements à tous les niveaux. Au cours des dernières semaines, les fondements d’une société nouvelle ont fait leur apparition. La crise du Covid-19 a favorisé le développement d’une économie qu’il va falloir appréhender: la low touch economy. Une économie qui repose sur très peu de contacts physiques, où toute transaction économique, financière, sociale est effectuée avec une réduction des interactions entre parties prenantes. Difficile d’appréhender l’ampleur de ce changement et les enjeux sociaux associés, mais cela ira assurément plus loin qu’un paiement sans contact ou qu’une réunion en visioconférence. Une chose est sûre: tout est à redéfinir.

L’émergence de ce nouveau modèle économique dans un contexte aussi critique va sans aucun doute présenter son lot d’opportunités. Ce new normal sera fortement conditionné par l’adoption et l’implémentation réussie et efficace de nouvelles technologies, dont les prémices, commencées bien avant la crise, sont soumises aujourd’hui à forte accélération.

La situation «à faible niveau de contact» oblige les secteurs économiques à procéder au développement de stratégies numériques pour adapter l’ensemble de leurs processus. La crise est un catalyseur et constitue le point d’inflexion qui mène à l’adoption d’une série d’innovations jusque-là émergentes. La numérisation n’est plus un choix, mais une nécessité. Dans cette économie low touch, les transactions et relations économiques numérisées reposent sur leur sécurité et fiabilité.

Les enjeux sont de taille. Dans le secteur industriel, les chaînes d’approvisionnement traditionnelles seront désagrégées, raccourcies et diversifiées, parfois au profit d’économies plus locales. La crise accélère l’adoption de l’industrie dite 4.0, avec un contrôle en temps réel des flux de travail. Ainsi la transparence, la traçabilité et l’interopérabilité dans les chaînes d’ap-provisionnement ne seront plus seulement souhaitées, mais absolument nécessaires pour garantir leur résilience, facteur essentiel pour amorcer la reprise dans le «monde d’après». Dans ce contexte, une technologie comme la blockchain va certainement s’imposer, après des années de promesses.

Les changements radicaux induits par la low touch economy occuperont sans doute une place importante à l’agenda des leaders politiques et économiques. A l’échelle de l’individu, il faudra savoir trouver un équilibre entre le potentiel de ces nouvelles technologies, sphère privée et libertés individuelles; ce d’autant que des nations même proches peuvent faire des choix disparates, entre isolationnisme et ouverture, protectionnisme et multilatéralisme.

Ces innovations devront s’inscrire dans une logique de durabilité. La construction d’un monde durable n’est plus considérée comme un idéal mais comme un besoin urgent. La crise n’a-t-elle pas été précipitée par un système économique globalisé poussé à l’extrême?

Ce new normal ouvre de nouvelles voies vers la société en devenir. Pour en tirer profit, les nations doivent miser sur les nouvelles technologies: les sciences de la vie, la sécurité numérique, la blockchain, mais également toutes les autres technologies liées aux objectifs de développement durable constituent des domaines privilégiés. Dans ce contexte, la Suisse romande a une carte à jouer. La densité des universités et hautes écoles de renom, la présence du CERN et d’organisations internationales offrent un terreau unique. Plus encore, notre territoire peut compter sur des entreprises de pointe qui peuvent montrer la voie.

Investir dans les innovations technologiques, c’est participer au modelage de l’économie et de la société des trente prochaines années. Au-delà des drames humains, cette crise nous offre une opportunité unique. A nous de la saisir pour définir le monde de demain!

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