Gambardella Antonio NB

Directeur de la Fondation Genevoise pour l'innovation technologique (Fongit).

Antonio Gambardella est directeur de l’incubateur technologique genevois FONGIT. Ancien partenaire dans des fonds d'investissements spécialisés dans la tech, il siège au conseil d'administration de nombreuses startups. Il est également expert pour l’Agence suisse pour l’encouragement à l’innovation (Innosuisse). Antonio est licencié en économie.

La grande révolution de la micromobilité

L'annonce en juillet dernier de la fin de la production du Segway, pionnier de la mobilité alternative urbaine, n’est pas passée inaperçue. Après deux décennies de popularité auprès d’un public geek à tendance futuriste, son adoption s’est, in fine, limitée à la police ou à l’exploration touristique des centres historiques. Une actualité qui va à contre-courant de la tendance de fond qui bouleverse la mobilité dans nos villes. Des modifications de com- portement et des perturbations économiques créent un nouveau système imprévisible amplifié par l’incertitude liée aux mesures sanitaires.

L’un des secteurs pleinement soumis à cette mutation est celui du transport urbain. Un nouvel équilibre entre travail au bureau et télétravail, associé à une attention accrue à son hygiène personnelle, contribue à stimuler l’adoption de modèles de mobilité alternatifs. Avec l’amélioration de technologies désormais accessibles à tous, comme des matériaux super-légers et des batteries optimisées, une panoplie de moyens de transport apparaissent. Vélos, trottinettes, monoroues, gyropodes, skate-boards électriques, hoverboards et autres «engins électriques» constituent cette mobilité nouvelle, la «micromobilité».

La pandémie a bouleversé l’économie des transports et pousse les acteurs à repenser les déplacements dotés d’une technologie intégrée. Première interrogation, quelle place occupera la voiture dans l’avenir? Si l’édition 2020 du Salon de l’auto de Genève a été annulée pour cause de pandémie, l’annonce de l’annulation du salon en 2021 questionne sur la stratégie des marques automobiles. Une voiture à l’arrêt plus de 80% du temps, le phénomène va s’amplifier avec la normalisation du télétravail, sans compter que de nombreuses villes réa- gissent à la crise en fermant leurs rues aux voitures.

Mais l’adoption des transports de micromobilité est fortement liée au concept de multimodalité. A l’avenir, on fera une partie du trajet à vélo, de la maison à l’arrêt de train qui nous mènera en centre-ville où les trajets s’effectueront en trottinette partagée en libre-service.

Le succès de l’adoption de ces solutions de micromobilité est intimement lié à l’interface technologique sur laquelle ces connexions vont être modélisées. Horaires de train, conditions météo, état du trafic, disponibilité de véhicules en sharing à proximité? Autant d’informations qui devront interagir entre elles pour offrir aux utilisateurs un système efficace et facile d’utilisation. Bienvenue dans le nouvel âge de la véritable smart city!

Comme pour toute industrie émergente, les entreprises de micromobilité feront face à des défis: infrastructure urbaine adaptée, réglementation appropriée, reconditionnement du matériel obsolète, rentabilité du modèle d’affaires. Il reste que la muta- tion de nos habitudes s’accélère et que la marche arrière n’est pas au programme. L’Europe connaît l’une des croissances les plus rapides du marché de la micromobilité, de l’ordre de 20% par an jusqu’en 2025 alors que sur la même période, le marché automobile européen ne devrait croître que d’environ 2%. Les entreprises qui survivront tireront profit de ce marché de plusieurs milliards de dollars et offriront aux citadins une alternative viable et écologique à leurs problèmes de transport.

Le Covid-19 a eu pour corollaire d’amplifier et d’accélérer la demande et la nécessité de solutions de transport en plein air. Leur succès dépend encore de la typologie des villes et de leur capacité à les accueillir, notamment par l’offre de plateformes technologiques conformes à un modèle de smart city interconnecté. Face à l’avalanche d’investisseurs qui vont arroser de capitaux l’industrie de la micromobilité, avec un taux de croissance annuel estimé à plus de 30% sur dix ans, il faut s’attendre à voir encore plus de vélos, scooters, trottinettes et autres moyens plus ou moins créatifs circuler dans les rues des villes du monde entier. Assisterons-nous un jour à la réincarnation du Segway?

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