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Journaliste

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

Résistons à la sagesse rétrospective

Les signes avant-coureurs étaient certes là mais ils ne sont devenus lisibles que bien plus tard

L’impréparation des gouvernements à la crise sanitaire fait couler beaucoup d’encre. Il est en effet reproché aux exécutifs d’avoir manqué de prévoyance. En France, par exemple, Emmanuel Macron se rendait début mars au théâtre afin d’inciter les Français à sortir malgré l’épidémie. «La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes», avait-il déclaré, avant d’annoncer, dix jours plus tard, l’entrée en confinement du pays. En Angleterre, Boris Johnson s’est attiré une pluie de critiques en continuant de serrer la main des gens. Outre-Atlantique, Donald Trump s’est voulu rassurant sur la pandémie: «Nous l’avons totalement sous contrôle.» Deux mois après, les Etats-Unis comptaient le plus grand nombre d’infections du monde. En Suisse enfin, beaucoup estiment que le Conseil fédéral a commis des impairs (attentisme, plan d’action trop lent) dans son plan de lutte.

Tant de prophètes

Les dirigeants sont-ils coupables de négligence? Invitée du Journal de 20 heures, Marine Le Pen a fait la leçon. «Si nous avions suivi le bon sens depuis trois mois, nous ne serions pas aussi inquiets.» Quant à Agnès Buzyn, elle a déclaré qu’elle «savait que la vague du tsunami était devant nous». Comme tant d’autres, la présidente du RN et l’ancienne ministre de la Santé semblent souffrir du biais rétrospectif, aussi appelé effet «je-le-savais-depuis-le-début». La liste des prophètes est longue, étant précisé que plus les conséquences sont désastreuses, plus le biais rétrospectif est important.

Quant à la population, elle semble souffrir du biais des résultats, qui pousse les observateurs à estimer la qualité d’une décision non en fonction de la qualité du processus, mais en fonction de ses conséquences. Qu’aurions-nous dit si les événements s’étaient déroulés différemment? Si le Covid-19 s’était révélé n’être qu’une «petite grippe», comme l’avait affirmé le président brésilien Jair Bolsonaro? La population aurait-elle salué l’attitude de Macron et Johnson, qui se sont tenus au départ loin de l’alarmisme? La réactivité de Taïwan, qui a pris des mesures dès le 31 décembre, soit trois semaines avant que l’OMS donne l’alerte, aurait-elle été moquée? Gardons-nous de juger à la hâte les décideurs. Le biais des résultats rend presque impossible toute évaluation correcte d’une décision en se replaçant au moment où elle a été prise. Dans le cas qui nous occupe, les signes avant-coureurs étaient certes là et les autorités n’ont pas su les déchiffrer. Mais ils ne sont devenus lisibles que bien plus tard. Comme l’a déclaré George Gao, directeur général du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, «personne, nulle part dans le monde, n’aurait pu prédire que ce virus allait entraîner une pandémie. C’est la première pandémie de l’histoire qui ne soit pas causée par un virus influenza.»

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