Amelie Andreani Jardot

Sexologue

Médecin diplômée à l’Université de Genève, la docteure Andreani Jardot est rapidement intéressée par la richesse des relations humaines, et plus particulièrement dans le domaine de l’intimité. Elle obtient son titre de spécialiste FMH en psychiatrie et psychothérapie, et s’oriente dans l’axe des thérapies systémiques. De nature curieuse et passionnée, cette amoureuse de la vie se consacre davantage à la sexologie. Elle est référente dans son domaine aux Toises à Yverdon, et fait partie du comité de la Société suisse de sexologie.

Plutôt conjugaliste, elle travaille sur la bonne santé du couple. Hédoniste, elle met en perspective dans son blog la notion de plaisir comme motivation première à une sexualité riche et épanouie. Son point de mire est d’enrichir l’éducation sexuelle dans les écoles et de former à l’avenir de nouveaux sexologues.

« La prostituée, on la désire toujours…»

La crise sanitaire actuelle accentue la précarité des prostituées, et dissuade de nombreux hommes. Pas tous! Les besoins des clients et des travailleurs du sexe s’entremêlent depuis des siècles. Viendra certainement un jour où le travail du sexe sera reconnu d’utilité publique.

Notre pays compte 902 salons de prostitution, clubs ou services d’Escort, selon une étude mandatée par l'Office fédéral de la police (Fedpol) en 2015. Le chiffre d'affaires du secteur avoisine le milliard de francs.

Avec les mesures sanitaires de la fin du printemps, le business du sexe a eu des sueurs froides. Les plus créatifs ont innové de nouvelles formes de relations sexuelles virtuelles. Puis d'autres n'ont pas hésité à prendre des risques face à la pandémie, dans les coulisses de l'illégalité. Oh oui! Le sexe s’émoustille très souvent devant les interdits. Alors que la Suisse légalise l'exercice de la prostitution en 1992, la Nouvelle Zélande se félicite de l’avoir décriminalisé en 2003. Aucun des pays n’a toutefois abrogé l’ensemble de ses lois pénales relatives à la prostitution, ce qui laisse entendre qu’au-delà du cadre législatif, se soulèvent des questions sociales et économiques.

sexe tarifé

Depuis de nombreuses années, presque l’ensemble des clients sont de sexe masculin. Plus pour très longtemps ! Les femmes sont en pleine émancipation et leur appétit sexuel s'accroit. Ainsi, le sexe tarifé est en plein essor auprès de la gente féminine, déployant les services des Escort boys. Il s’agit de femmes, pour la plupart exerçant des postes à responsabilité, mariées ou divorcées. Quant aux hommes, ils sont issus de tous les milieux sociaux ; 10 à 18% se sont déjà laissés tenter par les charmes d’une prostituée, au moins une fois dans leur vie. Ce chiffre s’élève à 70% au Japon, un pays où, rappelons-le, 40% des jeunes de moins de 35 ans sont encore puceaux.

Les cinq profils d’hommes consommateurs de sexe tarifé :

  1. Les timides, hommes en manque de confiance, isolés affectifs et sexuels, avec une mauvaise compétence sexuelle, qui ne se donnent pas de possibilités de rencontre. Classons dans cette catégorie les jeunes, de plus en plus nombreux à souhaiter réaliser leur premier rapport sexuel avec une professionnelle.  
  2. Les insatisfaits de la sexualité de couple, dont ceux qui voient en leur épouse, une Madone aux seins purs, mère sacralisée, qui ne peut être salie par une sexualité trop brusque ou fantaisiste.
  3. Les allergiques à l’engagement et aux responsabilités, souvent blessés par un échec amoureux.
  4. Les addicts au sexe, dont le besoin de consommer a pris le contrôle de leurs pulsions.
  5. Les « machos » qui défendent une masculinité où s’exprimer sexuellement a plutôt un sens du devoir et où la quantité prime sur la qualité. Ces mecs vont privilégier une sexualité plus fonctionnelle et énergétique et se refusent à l’intimité, relayée au monde féminin.

On paye pour ne rien prouver, ne rien devoir et ne pas être jugé ! Payer permet de simplifier l’échange, et cela en excite plus d’un. La fréquentation des filles de joie n’est pas l’exclusivité des « affamés sexuels » ! Certains savent se mettre en appétit et choisissent des « filles magnifiques », tandis que d’autres préféreront les confidences sur l’oreiller ; l’inconnue ne leur volera rien, pas même leur virilité lors d’un moment intime partagé. Même si les baisers et les sentiments sont souvent exclus du tarif, quelques clients rêvent du grand amour ; ils s’amourachent d’une « pute intelligente », qui sait manier les flèches de Cupidon à la perfection et garder ainsi ses clients bienveillants. Quant aux clientes, elles demandent davantage à être admirées, sorties au restaurant ou au théâtre, mais sont aussi en quête de plaisir ou d’amélioration de leurs compétences sexuelles.

80% des travailleurs du sexe sont des femmes et la grande majorité est âgée de moins de 25ans. Quelques-unes aiment leur travail, d’autres pas, comme nous tous. Certainement pas victimes, sinon de leur précarité, la majorité d’entre elles font le choix d’exercer ce métier du sexe. C’est l’autodétermination qui fait la différence entre une victime et une personne responsable. Autoriser les prostituées à être inactives ne semble pas être la bonne solution. Non! Interrogeons-les! Pour elles, leurs sentiments sur leur travail importent peu, elles désirent la décriminalisation complète et pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Le temps de négociation, souvent mis à mal par la loi, est un moment important dans leur métier, qui leur permet d’analyser les éventuels dangers autour de la demande du client.

La précarité n’est pas prête à disparaître de nos sociétés. Et la sexualité non plus ! Le sexe est bon pour la santé et fait partie de notre besoin fondamental de communiquer. Il est sans doute meilleur quand on le partage avec une personne dont on est tombé amoureux réciproquement. Cependant, devant la complexité de la sexualité relationnelle, certains s’en vont au bordel, s'épargnant pensent-ils, les coûts émotionnels des conflits s'y rattachant. A s'y méprendre, la fragilité masculine jouit d’une plus grande liberté d'expression chez Madame la prostituée, que dans la société. A contrario, les femmes n’ont jamais eu besoin de cacher leurs failles, et s’émancipent aujourd’hui sous les applaudissements, ce qui sans nulle doute, fera bientôt exploser le marché des Escort boys. Oui, les métiers du sexe ont encore de l’avenir et sont d’intérêt publique. La loi devrait favoriser encore mieux les intérêts du sexe tarifé.

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