Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Alstom: un rachat à but industriel ou fiscal?

Les sociétés américaines se ruent sur les groupes européens! L’an dernier, Microsoft s’est emparé des téléphones portables de Nokia, alors que Hewlett-Packard et Cisco ont repris les éditeurs de logiciels Autonomy et NDS. Et leur soif d’acquisitions n’est pas encore étanchée comme l’attestent les mouvements de ces dernières semaines. Dans l’industrie, General Electric vise Alstom. Dans les médicaments, Pfizer et Mylan veulent acheter respectivement AstraZeneca et Meda. Dans la santé animale, Eli Lilly vient d’acquérir les activités de Novartis. 

Ces opérations semblent répondre autant voire davantage à des considérations fiscales qu’industrielles. Les multinationales américaines dorment en effet sur une énorme montagne de liquidités qu’elles ont accumulées au fil des années à l’étranger. Le montant est astronomique: 2000 milliards de dollars! Soit l’équivalent de 18 fois le chiffre d’affaires de Nestlé ou 27 fois le budget de la Confédération. Or, la très grande majorité des sociétés américaines n’a pas l’intention de rapatrier leurs fonds dans leur pays d’origine. La raison? Le fisc américain taxe les bénéfices, y compris ceux réalisés à l’étranger, à hauteur de 35%. Un taux qui figure parmi les plus élevés au monde. Autrement dit, les multinationales préfèrent échapper à l’impôt en se jetant sur des proies afin de pouvoir utiliser leur cash. «Il y a une incitation fiscale à s’engager dans cette voie», reconnaît à l’Agence France Presse (AFP) James Hines, professeur à l’Université du Michigan. 

La lourdeur de la fiscalité des entreprises pénalise les Etats-Unis en les privant à la fois de capitaux et de recettes. Les multinationales «ne peuvent pas utiliser cet argent pour acheter des entreprises américaines, pour financer des infrastructures ou pour payer des dividendes. C’est un grave problème parce que cet argent ne soutient donc pas la croissance économique américaine», affirme à l’AFP Robert Pozen, professeur à l’Université de San Diego. 

Si ses rachats profitent à court terme aux intérêts des sociétés américaines, il n’est pas certain qu’ils soient un gage de réussite sur le long terme. Plusieurs études montrent que de nombreuses opérations de fusions-acquisitions se terminent sur des échecs industriels et infligent des pertes aux actionnaires.

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