Veillet Thomas

FONDATEUR INVESTIR.CH

Thomas Veillet, 45 ans et des poussières, plus de vingt ans dans des salles de trading, blogueur, trader, râleur et plein d’autres choses. Thomas a passé pas mal de temps dans les grandes banques de la place, a été un banquier conforme avant de passer au non-conformisme. La création du «Morningbull» aura été le début d’un changement de direction vers plus d’indépendance. Aujourd’hui, il essaie de vulgariser le monde de la finance et de le raconter avec un angle décalé, histoire de prouver que ça peut aussi être drôle. Il y a bientôt deux ans, il a co-fondé le site Investir.ch, qui s'est rapidement imposé comme un des sites financiers romands - un site qui parle de finance sans détour, sans artifice et qui a une forte tendance à penser "outside the box" quand tout le monde est inside...

Alphabet récapitulatif de 2016

Cet article a été publié sur le site Investir.ch durant la dernière semaine de l'année 2016

Comme chaque année, je prends le choix de me refaire l’alphabet de A à Z pour vous résumer l’année et pour vous rappeler ce qui s’est passé. Il est donc temps d’y aller.

A, comme « à côté de la plaque »

Je n’ai pas souvenir que, par le passé, nous ayons été autant à côté de la plaque que nous l’avons été en 2016. Quand je dis « on », je mets tout le monde dans le même panier. Le consensus global a montré tellement de convictions sur certains sujets, et s’est retrouvé tellement faux, que c’est probablement historique… Évidemment, à l’heure du « mea culpa », on ne trouve pas grand-monde pour constater l’évidence d’une année d’échec total sur les prévisions boursières. Non seulement on s’est magistralement gourés sur la plupart des grands sujets de l’année, mais en plus on s’est excités toute l’année durant pour essayer de prévenir la population contre le « krach » annoncé.

Rarement dans l’histoire boursière nous nous étions autant convaincus que l’on devait se la prendre… la claque… Rarement je n’ai autant entendu d’intervenants venir justifier leurs positionnement « short à mort et long puts » pour se préparer à un KRACH INÉVITABLE selon les charts, les analystes, les experts, les astrologues et autres diseurs de bonne aventure. Jamais nous n’avions été aussi convaincus que ça ne pouvait aller plus haut, que le marché était mort et que le Bull Market (âgé de près de 8 ans maintenant) ne pouvait plus continuer en avant.

Et pourtant. Les indices américains sont au plus haut de tous les temps, l’Europe est au plus haut de l’année, sans parler du Japon qui est en hausse de plus de 14% sur l’année. Finalement, la « plus grosse prévision » de l’année »  - celle qui nous prévoyait le krach de 2016  - s’est avérée le plus gros flop de la prévision financière depuis l’invention du marc de café. Encore une fois, nous pourrons peut-être apprendre quelque chose... Quelque chose comme le fait que les KRACHS ANNONCÉS N’EXISTENT PAS ET N’EXISTERONT JAMAIS !!!

B, comme « BREXIT » 

Alors celui-là, il n’était pas difficile à trouver. C’est la genèse, la première fois que l’on s’est magistralement plantés sur les prévisions d’une votation qui ne pouvait être autre chose que NON. On était sûr et certains de deux choses :

1)  le OUI ne passerait jamais ou alors le jour où les extra-terrestres se poseront à Washington et que Trump deviendra président des Etats-Unis.

2)  dans le cas IMPOSSIBLE où le OUI venait à passer – après avoir été manipulé par les mêmes extra-terrestres précédemment cités ou des méchants hackers russes – les marchés ne s’en remettraient jamais. Le Footsie (l’indice londonien) était appelé à se faire défoncer comme si une équipe romande de Super-League (si, si, il y en a) rencontrait le Real Madrid avec CR7 qui n'est pas blessé, pas de mauvaise humeur ou qui ne boude pas.

Sauf que rien de ce qui était prévu ne s’est déroulé comme prévu. Si Hannibal Smith était encore parmi nous, il aurait dit : « Je n’aime pas quand un plan ne se déroule pas sans accroc ! »…

Le Footsie ne s’est jamais porté aussi bien que depuis que l’Angleterre va se tirer de l’Europe. On continue, bien sûr, à nous répéter que ça ne fonctionnera jamais et que les Anglais ne s’en remettront jamais, mais bon, en même temps, l’Europe ne fonctionne pas non plus et on n’est de loin pas certains que ça fonctionnera un jour.

La seule chose qui s’est plus ou moins réalisée, c’est que la Livre Sterling s’est fait laminée (et que ce n’est probablement pas fini), que les Anglais rigolent un peu moins à Verbier cette année (notez que ce n'est pas avec la neige qu’il y a que ça donne envie de rire) et qu’aller en week-end à Londres vous coûtera moins cher que d’aller à la Chaux-de-Fonds.

Le BREXIT restera dans les annales comme un fantastique raté de la communauté des sondages et de la communauté financière. Mais comme nous le verrons plus loin, ce ne sera pas le dernier.

C comme « Christine Lagarde ou le plus grand foutage de gueule de l’année »

Je suis d’accord avec vous. Christine Lagarde n’a pas grand-chose à voir avec les marchés financiers, si ce n’est qu’elle a été Ministre de l’économie en France il y a quelques années. Mais en même temps, si un Ministre de l’économie y comprenait vraiment quelque chose en économie, ça se saurait depuis longtemps. En général, ça reste des politiciens avec toutes les qualités que cela comporte.

Mais Christine Lagarde est également la patronne du FMI, le fonds monétaire international, connu pour vouloir sauver la Grèce et pousser l’Europe à signer des chèques tous les trois mois, mais aussi comme étant un des meilleurs enfonceurs de portes ouvertes du monde. En général, quand le FMI parle, souvent par l’intermédiaire de sa ou son Président, c’est pour dire des banalités du style : « Messieurs les gouvernements, si vous ne faites rien, la crise va empirer ». En général, ils viennent dire ça six mois après qu’un QE ait été annoncé. Ils ne sont pas à côté de la plaque, mais carrément à côté de la cuisine elle-même. 

Cependant, cette année, ce n’est pas pour ça que Dame Christine a fait parler d’elle en 2016. Globalement, elle n’aura servi à rien, si ce n’est encaisser 31'000 Euros de salaire par mois – exempt d’impôts – et brasser de l’air la plupart du temps. En revanche, durant le mois de décembre, elle a été jugée dans l’affaire Tapie en France. On s’autorise à penser qu’elle aurait été coupable de négligence «ayant permis un énorme détournement de fonds publics» - 400 millions… une bricole.

Le tribunal l’a donc reconnu coupable.

Ce qui est bien.

Sauf qu’on ne l’a condamnée à RIEN.

C’est ce qu'on appelle une justice à deux vitesses. Si vous vous faites choper en excès de vitesse, on vous retire le permis, voire on vous colle en taule. Mais l’autre, elle aide à détourner 400 millions de fonds publics, elle est reconnue coupable, mais elle n’est condamnée  à RIEN… Pire, le FMI conserve sa confiance et son salaire de 31'000 Euros par mois. Vous, si vous piquez une boîte de trombones à votre employeur, vous vous faites virer, vous ne retrouverez plus jamais de travail et en plus, si ça se trouve, on vous colle une balle dans chaque genou, pour vous apprendre.

La justice française a donc fait preuve d’un cynisme au-delà de l’imaginable. Tout le monde hurle au scandale sur Facebook, mais, pour l’instant, personne n’est dans la rue pour réclamer que la tête de Lagarde soit au bout d’une fourche…

D comme « Dérivés »

Je crois que  chaque année dans cette récapitulation, je reviens sur le sujet. Ce n’est pas que je n’aime pas les « dérivés », au contraire, j’ai un peu été élevé au milieu des puts et autres calls. Mais depuis quelques années, on a élevé l’utilisation des dérivés au rang d’arme de destruction massive. Depuis plusieurs années, la plupart des banques, des GRANDES BANQUES – pour les néophytes, on est une grande banque quand on s’est au moins pris une amende de plus de 5 milliards de la part du Département de la justice américaine et si on a été sauvés au moins une fois par un gouvernement et vos impôts accessoirement – donc, la plupart des grandes banques ont une partie de leur bilan qui affiche une exposition aux dérivés. En général, cette exposition est un multiple de leur capitalisation boursière. Plus le multiplicateur est élevé, plus la banque est considérée comme une « vraie banque de professionnels de la finance trop de la balle qui déchire sa race et qui touche des gros bonus ».

Prenons le cas de la Deutsche Bank, première banque allemande, capitalisation boursière de 24 milliards (bien qu’au pire moment de l’année c’était plutôt proche de 13 milliards), exposition au monde merveilleux des dérivés : environ 65 trillions – d’euros. Ou de dollars. Pour être franc, on s’en fout complètement, à ce stade-là, ça serait des roubles ou des Livres turques, qui s’en préoccupe encore.

À ma droite, vous avez donc une banque qui pèse 24 milliards en bourse, mais qui est exposée à hauteurs de 65 trillions… C’est un peu comme si votre maison était estimée à 2 millions, mais que la banque vous autorise à aller au débit de 2 milliards, juste parce que votre maison le vaut bien. Tant que tout va bien, ça peut jouer.

Sauf qu’un jour il y aura une distorsion de marché que l’on n’aura pas vu venir, comme toutes les distorsions de marché que l’on ne VOIT JAMAIS venir, contrairement aux multiples krachs que l’ON AVAIT VU VENIR cette année mais qui ne sont jamais arrivés – et le jour où cette distorsion arrivera, les « expositions aux dérivés » de toutes ces grandes banques vont leur péter à la figure tellement fort qu’à côté, la crise des subprimes aura l’air d’avoir été une saine correction.

Heureusement, en attendant les grandes banques se serrent les coudent sous le regard bienveillant des autorités boursières et des gouvernements. Cette année, on a eu très peur pour la Deutsche Bank. Elle avait été condamnée à une amende de 14 milliards par le Département de la justice américain et on a eu très peur qu’elle n’ait pas les moyens de payer.

Et puis on s’est dit que si la Deutsche partait à la casse, cela pouvait faire un effet boule de neige sans précédent. Il y a à peu près 8 banques qui seraient parties à la casse avec l’eau du bain. Par miracle, et sûrement par serrage de coudes aussi, la Deutsche Bank a trouvé des solutions, et puis en négociant gentiment avec les politiques du DOJ, on a réduit le montant de l’amende par deux. Une paille. Tout est donc bien qui finit bien pour la Deutsche Bank, mais le cas des dérivés n’est que partie remise.. On en reparlera, et un jour le tsunami nous prendra derrière les oreilles… on appelle ça le coup-du-lapin, mais on ne le verra pas venir…

E, comme « Économie ou le retour de l’économie…ou pas »

Si l’on fait un petit retour sur janvier de cette année, en ce temps-là, si vous aviez demandé l’avis d’un expert sur l’état de l’économie en général, on vous aurait plus ou moins répondu avec le ton condescendant d’un médecin qui vous annonce que vous avez la peste bubonique et qu’il vous reste trois semaines à vivre que « ça va mal et que ça va aller pire ». On n’avait rien qui donnait envie de sourire, rien qui nous disait que l’on pourrait éventuellement s’en sortir. Globalement, le moindre économiste le plus positif que vous pouviez trouver, nous annonçait que nous allions mourir dans d’atroces souffrances. Les moins positifs s’étaient déjà jetés par la fenêtre pour – justement – éviter de souffrir.

C’était pourtant évident. La Chine était au bord du gouffre (selon les informations que l’on avait – étant donné que les informations que donne la Chine sur son économie sont à peu près aussi transparentes que celles qu’elle donne sur son programme nucléaire), la croissance aux USA était réduite à l’état de conte de fées, tant et si bien que Disney pensait même en faire un film pour rappeler aux générations futures qu’il fut un temps, la croissance eut existée, avant que de méchants ogres viennent la manger et repartent au fond de leurs grottes.

Et puis, en Europe, cela faisait bien longtemps que l’on n’y croyait plus. On a arrêté d’y croire quand le Président français a arrêté d’être Président, soit il y a bientôt 5 ans.

Bref, au mois de janvier, on était plus ou moins tous convaincus que l’économie allait s’effondrer définitivement et que la seule solution qui restait était de stocker des lingots d’or au fond du jardin ou en guise de table de salon, parce qu’un jour, avoir de l’or ferait de nous des gens très très riches.

Sauf que depuis quelques mois, il y a des signes de réveil. Un peu comme le patient dans le coma depuis 32 ans qui se réveille et qui se souvient de tout sauf qu’il pense encore que le numéro un du top 50 c’est Wham avec « Wake me up before you go-go » - et que là, il va falloir lui expliquer que George Michael est mort.

En gros, l’économie que l’on donnait morte en début d’année, semble retrouver des couleurs, et même si l’on ne comprend pas très bien, elle pourrait revenir à la vie et demander aux banques centrales comment elles ont fait pour la guérir. Ce qui va être très drôle, puisque les banques centrales elles-mêmes ne  savent pas comment elles ont fait… On verra en 2017, mais il semblerait qu’il y a comme une éclaircie… une que l’on n’imaginait pas il y a 12 mois.

F comme « FED »

La FED aura été indubitablement UN des plus grands sujets de l’année. Depuis le 1er janvier à une heure du matin, on a commencé à se demander quand est-ce qu’elle allait monter les taux. Pour certains, on avait même commencé à se poser la question AVANT le 1er janvier.

Toujours est-il que depuis le début de l’année, on attend chaque discours de Madame Yellen afin de savoir quand est-ce qu’elle va monter les taux. Parce que nous avions une certitude : elle allait monter les taux. 

À chacune de ses apparitions ses mots et ses gestes – je ne vais pas parler de ses vêtements, ça ce n’est pas de sa faute – étaient analysés, décortiqués, psychanalysés et passés à la moulinette. Nous essayions de rentrer dans son cerveau pour savoir ce qu’elle pensait derrière ses yeux pétillants d’humour et d’intelligence.

À chaque meeting de la FED, les analystes, les experts et autres stars de la finance se lançaient des défis aux osselets et au marc de café pour savoir si ce serait CETTE fois qu’elle monterait les taux. À chaque fois, on se chauffait comme des dingues à faire des prédictions qui tomberaient inévitablement à l’eau 9 fois sur 10.

En janvier on était SÛRS que la FED monterait les taux en avril.

En avril on était CERTAINS que la FED monterait les taux en juin.

En juin on était ABSOLUMENT CONVAINCUS que la FED monterait les taux en septembre.

En septembre, on était à 95% ABSOLUMENT CONVAINCUS et CERTAINS que ce serait en décembre.

Finalement, en décembre, on a eu raison. Ouf ! C’était la dernière qui sonnait. En plus on était CERTAINS qu’elle monterait les taux d’un quart et annoncerait qu’en 2017, elle les monterait encore 2 fois.

Là on s’est encore gourés. Ce sera trois fois. Mais bon, on ne peut pas gagner à tous les coups! Ce qu’il y a de bien avec les prévisions sur la FED, c’est que c’est comme la météo, une fois sur deux on est complètement faux, mais personne ne nous en tient rigueur. En même temps, tout le monde sait que ni l’un ni l’autre n’est une science exacte. On peut encore discuter au sujet de la météo, mais la finance, c’est certain que ça se rapproche plus du pile ou face que de la science…

En conclusion, les taux directeur de la FED ne sont montés que deux fois en 12 mois et pratiquement à la même date. Ça devrait rigoler un peu moins en 2017, mais en même temps, c’est le prix à payer pour une économie qui se réveille.

G, comme « Goldman Sachs qui avance ses pions et tout le monde trouve ça normal »

Je crois que sur les 8 années durant lesquelles j’ai écrit cette récapitulation annuelle, G comme Goldman Sachs a dû revenir à peu près la moitié du temps. Pourtant ça continue et rien ne change, la méthode fonctionne toujours et tout le monde trouve ça normal. En même temps, ils auraient tort de s’en priver puisqu’ils continuent à être les rois de la finance du monde… Ils continue à avancer leurs pions sur l’échiquier mondial et on est presque en train de se demander si le prochain Président des Etats-Unis, une fois que le clown sera parti, ne serait pas « par le pur des hasard » un ancien de la World Company.

J’en conviens, il se peut que je soit un poil sarcastique, voire insistant sur le sujet, je peux parfois l’admettre. Mais en échange vous reconnaîtrez tout de même que l’arrivée de Steve Mnuchin comme Secrétaire du Trésor – Mnuchin EST un ancien de Goldman Sachs, tout comme son père et son Golden Retriever – ainsi que la nomination de Gary Cohn comme patron du Conseil Économique National, sont de nouveaux pions majeurs sur l’échiquier de la banque new-yorkaise.

Alors oui, c’est sûrement un hasard, et puis les deux sbires de Trump ont sûrement juré de ne plus jamais avoir aucun contact ni de près, ni de loin avec leurs anciens « amis » de la grande maison. Jamais plus ils ne feront cadeau de leurs informations privilégiées aux traders de la pieuvre... Jamais… On peut leur faire confiance.

Bon, je ne vais pas faire trop de polémique en citant la liste de tous les anciens de Goldman Sachs qui ont actuellement des postes gouvernementaux ou qui ont eu des postes gouvernementaux. Il suffit de citer Mario Draghi, qui est à la tête de la BCE, et Malcom Turnbull, qui est le Premier Ministre Australien. Rien que ça. Pour le reste, il suffit de taper dans Google : « anciens employés de Goldman Sachs postes gouvernementaux », ensuite il suffit de faire 2 + 2, et on comprendra mieux pourquoi sur les près de 2'000 traders qui travaillent chez Goldman, pratiquement aucun ne perd de l’argent.

Alors oui, ils sont sûrement TOUS super-bien formés. Encore un cas d’égalité supérieure aux autres.

Mais encore une fois, c’est tout à fait normal… Pas de raison de se poser des questions. Rester un mouton semble une bonne alternative.

H, comme « Hedge Funds, le démontage d’Ackman »

Cette année le monde des Hedge Funds a encore fait parler de lui. Pour les initiés, en bien - sachant que tout n’est pas à mettre dans le même panier. En revanche, pour ceux qui se contentent de lire les premières pages du FT ou du Wall Street, on peut se demander encore une fois si l’on ne touche pas au grand art dans la catégorie « n’importe quoi ». Et là je met Bill Ackman dans le même panier, et tout seul dans le même panier.

Si l’on fait un rapide « rewind » sur l’année écoulée, on se rappellera que Môssieur Ackman s’est littéralement fait démonter la tête avec deux de ses positions. Au début de l’année, il a mis en place la stratégie « du ciseau qui se retourne dans ta figure », autrement dit : votre plus grosse position à la hausse se pète la figure et votre plus grosse position à la baisse, elle s’entête à monter.

C'est malheureusement des choses qui arrivent dans le monde merveilleux de la haute finance, mais là où le bât blesse, c’est quand vous vous entêtez à penser que le marché a tort et que c’est vous qui avez raison – ça n’arrive jamais, ou alors vous travaillez chez Goldman Sachs. Bill Ackman est gravement atteint de ce syndrome qui s’appelle la « grosse tête ».

Fort de sa réputation de Star Hedge Fund Manager chez la ménagère de moins de 50 ans, Bill Ackman gère des milliards que les gens lui confient les yeux fermés parce qu’il a l’air très cool et qu’il ressemble au gendre idéal. Sauf que, depuis 2 ans, il s’embourbe avec son « Long Valeant » et son « Short Herbalife ». Au début de sont investissement dans Valeant, il a fait un carton. Il faut le reconnaître. Mais depuis, la société pharmaceutique canadienne s’est embourbée dans des problèmes juridico-légaux- obscuro-politico-pas nets. En juillet 2015, Bill Ackman est engagé sur Valeant à limite de l’obsessionnel compulsif, le titre vaut plus de 250$. Il est virtuellement le roi du monde et même s’il se fait humilier sur la performance de son short sur Herbalife, ce n’est pas grave. Il est à la proue du Titanic, les bras écartés en train d’hurler « I’m the King of the World »… C’est en général là que ça se gâte :

-       la nuit tombe.

-       l’iceberg se pointe.

-       Valeant coule corps et biens, et Bill Ackaman continue de hurler dans l’eau comme quoi Valeant, c’est trop bien! 

Il est tellement borné sur ses positions qu’il en a oublié les bases de son métier : « couper une position qui court contre vous ». Il est devenu entêté à la limite du ridicule.

Non, en fait, il a largement dépassé la limite du ridicule. Heureusement que le marché oublie tout, parce que sinon il se serait souvenu qu’Ackman n’en est pas à sa première « connerie monumentale », mais comme on a la mémoire d’un poisson rouge amnésique, la prochaine fois que Billy The Kid voudra lancer un nouveau fonds, il lèvera 2 milliards en trois jours, parce que quand même, Ackman il est trop cool.

I, comme « Intelligence artificielle », et J, comme « Je vous l’avais dit, mais je ne l’avais pas dit fort »

Au début de l’année j’avais publié la recherche d’un société indépendante à propos d’un thème qui devient très populaire: l’intelligence artificielle. Alors je ne vais pas dire que « je vous l’avais dit », en effet, je ne vous l’avais pas dit, mais je l’avais dit à mes clients. L’intelligence artificielle est en train de faire son trou, tout comme Internet avait fait le sien en son temps. Je suis de loin pas convaincu que le mouvement est fini, au contraire. Il n’y a pas besoin de chercher bien loin dans les médias financiers pour trouver foule d’articles sur le sujet.

De plus en plus de fonds voient le jour, et ce n’est probablement que le début de la spirale haussière, même si des titres comme Nvidia ont vécu une année fabuleuse avec une performance de plus de 300% depuis les plus bas, il semblerait que l’histoire ne se termine pas ici… Alors les produits ne manquent pas et à voir comment l’intelligence humaine se dégrade à vitesse grand V, il est peut-être encore temps de creuser le sujet qui a encore bien de la place pour se développer.

Au passage, je mentionnerai deux-trois applications pratiques que l’on peut imaginer pour l’intelligence artificielle :

-       la gestion de la circulation à Genève qui pourrait bénéficier du fait que les feux soit gérés par des ordinateurs qui apprennent que par des ingénieurs qui n’apprennent plus.

-       remplacer le cerveau des policiers municipaux à Genève  - pardon – installer de l’intelligence à la place du gros vide qu’ils ont entre leurs deux oreilles.

-       Faire faire de l’analyse financière à un ordinateur qui est capable de réfléchir un peu plus loin que deux spreadsheet excel, on ne peut pas faire pire de toute façon.

-       Si tout cela fonctionne, reste encore la Maison Blanche...

K, comme « Krach annoncé, krach pas arrivé »

Ça, c’est mon sujet préféré de l’année.

Depuis le début de l’année, on n’entend parler que de ça. Je pense que si l’on m’avait versé 10 francs suisses chaque fois que l’on m’avait dit - « Alors M’sieur Veillet, c’est quand qu’il se pète la gueule ce marché ? Debleu… » - Eh ben, je serai très riche, je n'aurais plus besoin de mettre de la pub sur mon site et je vous écrirais depuis Hawaii et je passerais mes vacances sur la chaise longue voisine d’Obama.

Je ne crois pas me tromper en disant que 2016 restera dans les mémoires étant l’année où nous a prédit le plus de krachs par semaine. Jamais dans le « Hall of Fame de la Bourse », il n’y aura eu autant d’articles consacrés au fait que « ça ne peut pas durer comme ça, le marché n’a plus de jus, et puis il y a une configuration graphique que l’on appelle le bull décédé qui laisse supposer que l’on va se casser la figure comme jamais...» 

Il y a même des génies de la prévision boursière qui ont un « track record » aussi maigre qu’un mannequin de mode qui serait au régime, qui ont laissé entendre que le marché allait corriger de 75% durant cette année 2016. Caramba encore raté.

En résumé, on s’est magistralement planté et souvent, très souvent, aucune prévision de krach n’a fonctionné, même pas la moindre correction. Il y a bien eu quelques prises de bénéfice par-ci par là, mais rien qui devait faire que Marc Faber allait quitter son île pour profiter de la descente aux enfers annoncée…

Alors au risque de me répéter, les Krachs n’arrivent pas quand on les attend. JAMAIS. Même pas un peu.

Les Krachs arrivent quand le marché est en plein délire et que tout le monde veut faire de la bourse, même les profs de golf, les chauffeurs de taxi et les esthéticiennes. Quand on est en pleine dépression nerveuse et que l’on hésite à quitter la finance pour aller faire pousser des vaches en Ardèche ou aller faire pousser de la Marijuana dans les bois de Versoix pour arrondir les fins de mois, les marchés continuent de monter. Un peu comme ils ont fait en cette fin d’année. Personne ne croyait à la hausse, personne ne croyait que les plus historiques étaient prenables après l’été comateux et soporifique que nous avons vécu… Et pourtant.

Vous me voyez donc navré, mais ce n’est pas comme ça que ça se passe. D’ailleurs pour résumer tout cela, il n’y a qu’une seule phrase qui fait foi, c’est celle de Sir Templeton qui disait : « Les bull markets naissent dans le pessimisme, croissent dans le scepticisme, deviennent matures dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie »…

Peut-être que l’euphorie viendra en 2017, mais là tout de suite, NOUS NE SOMMES PAS EUPHORIQUES… sans compter que les gérants sont sous-investis en actions et pour faire baisser les marchés actions, il faut ? il faut ? il faut ?

OUIIIII, des vendeurs! Et si vous n’avez rien à vendre, il n’y a rien à offrir, s’il n’y rien à offrir, ça ne baisse pas.

L, comme « Les 40'000 sur le Dow Jones, c’est pour quand ? »

Pour être franc avec vous, si l’on nous avait dit que les 20'000 sur le Dow Jones étaient à notre porte au début de l’année, on se serait marrés comme des baleines en se tapant sur le ventre tellement cela paraissait à des années lumières. Surtout qu’en plus, à l’intérieur du Dow Jones, il n’y a que des boîtes de « l’ancienne économie », mis à part Microsoft et Intel qui ont l’air de deux dinosaures de la technologie eux-mêmes.

Non, définitivement, il n’y avait plus trop d’espoir pour ce vieil indice d’un autre temps qui intéresse surtout les médias quand on s’approche d’un « milestone » comme 10'000, ou cette année, 20'000.

Oui, parce que l’arrivée au pouvoir du Monsieur avec les cheveux oranges (on y reviendra plus tard sous T comme « tout cru patate crue, c’est Trump qui est élu »), la donne a changé, puisqu’il va investir dans les infrastructures, l’ancienne économie, le charbon et toutes les choses qui avaient fait l’Amérique Great… dans les années 60. Sans compter que sur quatre ans de présidence, il va bien réussir à nous faire remonter l’armement au firmament… Il suffirait de se fâcher vraiment avec le Kim Jong-un, le charismatique leader de la Corée du Nord.

En gros, le Dow Jones, on n’y croyait plus et surtout on n’en parlait même pas. Et puis tout d’un coup, on s’est dit que ce serait tout de même l’occasion de vendre des casquettes et de t-shirts. Et puis surtout, Monsieur David Elias a commencé à se dire que, finalement, il n’allait plus passer pour un clown encore longtemps et qu’il serait peut-être temps de faire rééditer son bouquin en version collector reliée cuir d’ours, garanti pur bear market.

Oui, car Monsieur David Elias est un auteur et ex-gourou financier (en son temps) qui avait publié un livre qui s’intitulait « Dow Jones 40'000 – comment profiter du plus grand des bull markets de tous les temps » - disponible chez tous les libraires qui sont en faillite depuis l’an 2000. En effet, il est vrai que qu’aujourd’hui, ce livre choque un peu moins, mais quand il est sorti (en 1999),c’était différent. Oh, il a bien été crédible un petit moment, mais quand la bulle internet a explosé, il s’est soudainement retiré dans le Montana pour élever des vaches.

Mais comme tout arrive, son livre est à nouveau à la mode, vous le trouverez sur Amazon avec un bandeau autour qui dit : « plus que 20'000 points et des poussières »… Il est vrai que si l’on regarder la vitesse avec laquelle nous sommes passés de 10'000 à 20'000 (enfin, presque 20'000, puisqu’aujourd’hui, le 29 décembre, on n’y est pas encore, mais on peut compter sur l’effet d’attraction des chiffres ronds dans la finance pour y arriver tout soudain) – en tous les cas, il aura suffit d’un peu plus d’un mois pour passer de 18'000 à 19'000, si l’on monte de 1000 points par mois, on va bien finir par aller à 40'000 un jour.

Une chose est sûre, on y ira.. J’en mets ma main à couper. Reste à déterminer la date. Vous avez vu, je me mouille sacrément sur les prédictions, on dirait un stratège.

M, comme « Madoff, le retour »

Il y a huit ans en arrière, un froid matin d’automne, on découvrait un nom qui allait marquer le monde de fonds, de la finance et de la confiance en cette dernière: Bernie Madoff venait d’admettre que son fonds ultra-fabuleusement-génial- où-si-t’étais-pas-dedans-t’étais-vraiment-un-tocard était en fait une gigantesque fraude. Soudainement, tout le monde (surtout à Genève) connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui était investi avec Madoff. En revanche, trouver un gérant qui admette avoir été « dedans » était soudainement très très rare. Il est vrai qu’à Genève, il y a tellement de gens super-forts qui achètent au plus bas, vendent au plus haut, que se faire avoir par « Madoff » était hautement improbable.

Toujours est-il que des mesures ont été prises, les autorités financières ont mis en place des réglementations qui sont assez similaires à celles que les douaniers utilisent… Après Madoff, on s’est dit : « Plus jamais ça »… Oui, sauf que dans le monde merveilleux de la finance, il y a une chose qui prend et qui prendra TOUJOURS le dessus, le fameux « Greed is good », mis à la mode en 1987 par Michael Douglas dans Wall Street. Jamais un scénario n’a aussi bien mis le doigt sur la vérité du milieu.

Tout ça pour dire, que même si nos superbes instances réglementaires de tous pays confondus on mis en place des règles pour que Madoff ne se produise plus, il y a toujours des types qui sont plus égaux que les autres. Cette année, on retiendra le nom de Platinum Partners. Il y en a d’autres, mais Platinum est le dernier en date et ils ont réussi à « faire disparaître » 1,3 milliard de la surface de la planète.

Alors vous me direz qu’à côté de Madoff, c’est des amateurs et vous aurez raison. Néanmoins, si l’on arrive à laisser passer des trucs pareils, autant vous dire qu’un jour ou l’autre, il y en a un qui va réussir à faire mieux que Madoff. Tout ça parce qu’il y aura toujours la bonne vieille méthode du bouche à oreille qui fonctionne, avec le mythique « QUOI? tu n’est pas dedans? »…

On sera toujours capable de ne pas regarder ce qui est évident, tant que ça marche… Il y a encore trop de gens qui investissent sans faire leur « devoir », sous prétexte qu’ils connaissent quelqu’un qui connaît quelqu’un qui dit que c’est trop bien d’investir là-dedans… Puis un jour ça pète… Je vous parie que l’an prochain dans cette même récapitulation, je trouverai de la place pour le dernier en date... Rassurez-vous, s’il y a héritage qui ne cesse pas de faire parler de lui, c’est celui de Ponzi…

N, comme « Nicolas et son karcher sont définitivement rentrés à la maison »

Celui-ci va être très court. Le précédent Président de la France s’est donc fait humilier par son ancien Premier Ministre lors des primaires de la droite cet automne. C’est étrange, mais on n’arrive pas à avoir de la peine pour lui. En fait oui, un peu. Le seul truc qui fait mal pour lui, c’est d’imaginer qu’il va devoir écouter chanter Carla Bruni pour le reste de ses jours.

Autrement c’est la France que l’on plaint, quand on voit le choix qu’ils vont avoir au mois de mai…

O, comme « Or, il est l’or Monseignor »

Autant cette année aura été mise sous le signe du Krach qui n’est jamais arrivé, autant l’or aura été largement lié à cette thématique. Mais oui, bien sûr, puisque si le marché DEVAIT se péter la figure, il fallait bien que quelque chose puisse monter en opposition. Et cette chose, c’était l’or.

Comme on l’apprend dans les écoles de bourse, si les actions se plantent, l’or monte. C’est comme les vases communicants. Si l’on voulait faire une prédiction catastrophique, il n’y avait qu’à la lier avec la hausse de l’or. CQFD.

Nous avons donc eu droit à autant de « On va se kracher, on va tous mourir dans d’atroces souffrances! » que de « l’or va exploser et après ça va être trop cool d’aller acheter du pain avec une râpe à fromage pour payer en rappant du lingot ».

Et en fait, à la fin, aucune des deux prédictions ne s’est réalisée. Il faut cependant reconnaître que lorsque le système financier tel que nous le connaissons disparaîtra pour de bon, que nous devrons nous nourrir de rats et qu’il n’y aura plus d’électricité et que les Services Industriels et les Agents Municipaux ne serviront plus à rien à Genève, avoir une montagne d’or dans sa cuisine pourra toujours servir.

Enfin, tant que les voisins et les gangs de dealers ne sont pas au courant. Parce que sinon, ce sera plus compliqué.

Tout ça pour vous dire que la théorie dit que l’on n’achète pas de l’or pour devenir riche, mais pour rester riche. Visiblement, à voir la performance de l’or cette année, les riches ont déjà acheté leur assurance et n’attendent plus que la fin du monde pour rester riches. En attendant, le métal jaune ne fait que descendre et les stratèges nous annoncent un « magnifique point d’entrée sur l’or » – je ne suis pas un expert en analyse technique, mais une chose est sûre, je n’ai jamais vu ou entendu le terme « point d’entrée technique » sur l’or. À croire qu’un point d’entrée apparaît chaque fois que le métal jaune fait un « nouveau plus bas »…

Enfin, dans le doute, moi je me suis construit une table de salon en or, une baignoire en or, la niche du chien est en or et le silence aussi. Mais je dis ça, je ne dis rien.

P, comme « Pétrole », mais aussi comme « Putain on a été faux sur celui-là ! »

Le pétrole en 2016, ça aura été « LA RÈGLE DU COUP SÛR EXPLIQUÉE EN IMAGE POUR LES NULS ». Car il y a une chose qui est fabuleuse en finance et qui marche à tous les coups, c’est la loi du « COUP SÛR ». Elle fonctionne de la façon suivante :

-       Article 1 de la loi du coup sûr:

  • Si l’on vous promet que c’est un coup sûr, c’est que ça ne marchera pas.

-       Article 2 de la loi du coup sûr:

  • Si l'on vous promet que « cette fois, c’est sûr ça va marcher, pas comme la dernière », référez-vous immédiatement à l’article 1

-       Article 3 de la loi du coup sûr:

  • Si l’on vous dit que le coup sûr en question provient de quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui est super-proche de « l’affaire », référez-vous à l’article 1. Il est plus que probable que le type bien informé n’attende que votre appel d’achat pour vous le vendre.

-       Article 4 de la loi du coup sûr:

  • Si c’est dans la presse, c’est que c’est trop tard et référez-vous à l’article numéro 1 !

-       Article 5 de la loi du coup sûr:

  • ON VOUS DIT DE VOUS RÉFÉRER À L’ARTICLE NUMÉRO 1, C’EST POURTANT PAS COMPLIQUÉ !

Tout ça pour vous dire qu’à la fin de l’année 2015, on nous vendait dans tous les journaux, et dans TOUTES les séances de stratégie de fin d’année que le pétrole allait à 20$ - ça c’était pour les plus optimistes – on a même entendu des objectifs à 5$. La question n’était pas de savoir si le baril allait s’effondrer, mais plutôt quand… Nous savions tous que le pétrole allait disparaître, que Tesla allait faire un take-over sur le monde et qu’Elon Musk serait le Président de la Terre et de Mars. C’était une absolue certitude que la fin du pétrole et des Lamborghini plaquées or était agendée. Il n’y a avait plus qu’à se mettre short et attendre.

C’était un COUP SÛR! Un vrai coup sûr! Un qui marche! 

Enfin, un qui devait marcher. Ce matin, le baril était à 54$...

On ne vous avait pas dit de vous référer à l’article numéro 1 de la loi sur le coup sûr ?

Comment ?

Ah oui, celui-là, il devait marcher, c’est juste…

Q, comme « QE or not QE ? »

Si Shakespeare était encore vivant, il est certain qu’il aurait modifié le dialogue principal de son « Hamlet » pour remplacer par ce qui nous traumatise nous, pauvres financiers depuis des années.

2015 aura marqué la fin du QE version américaine, puisque Madame Yellen avait changé de stratégie l’automne passé. Tout récemment, Monsieur Draghi a plus ou moins laissé entendre que lui aussi pourrait commencer à faire du « tapering » (même s’il n’aime pas que l’on utilise ce terme). Le « tapering », c’est l’équivalent du médecin qui vous dit : « On va commencer à réduire les anti-douleurs »... alors que rien que de vous tourner dans le lit vous fait hurler de douleur.

Mais comme les banquiers centraux savent des choses que nous ne savons pas – sinon ils ne seraient pas banquiers centraux – ils estiment que ça ira mieux demain. Alors peut-être que ça vaut la peine de serrer les dents un tout petit peu pendant que la croissance est en pleine accélération.

Il est évident que lorsque l’on regarde la « big picture » de l’économie européenne, on se demande franchement comment est-ce qu’elle pourrait bien fonctionner sans perfusion. Mais encore une fois, dites-vous que Draghi sait mieux que vous…

Et puis n’oublions pas non plus que depuis que l’on nous dit que le QE va tout faire péter et qu’il est en train de ronger l’économie de l’intérieur, on peut peut-être laisser le bénéfice du doute à nos banquiers centraux, puisque par moment, ça a l’air de marcher.

La seule chose que je regretterai du QE, au-delà du fait que personne n’a vraiment compris ce que c’était depuis 8 ans, c’est qu’avec lui, je pouvais au moins poser le Q à chaque partie de scrabble.

R, comme « référendum, si j’aurais su, j’aurais pas v’nu »

Le référendum italien est le dernier camouflet en date dans la longue série des prévisions financières de 2016… On nous avait dit : « Si le OUI ne gagne pas, c’est le début de la fin pour l’économie européenne (un peu comme pour le BREXIT). » On nous avait dit : « Si Renzi perd ce coup-là, les banques italiennes vont passer à la trappe, il y en a 8 qui vont faire faillite, au moins. » On nous avait aussi dit : « Mais bon, le NON ne passera pas »…

Donc logiquement ; le NON a gagné.

Et le plus fou dans tout cela, c’est que l’Italie est encore là. L’Europe aussi, et que leurs bourses respectives ne se sont jamais aussi bien portées. À ce stade-là de cette récapitulation annuelle, je crois que je vais paraphraser mon maître à penser, Monsieur Michel Colucci, en disant : « Moi, je dis quand des analystes financiers, des banquiers et des économistes en savent aussi peu, ils auraient meilleur temps de fermer leurs gueules ! »

Du coup, Renzi n’est plus là et pour les 212ème fois depuis 10 ans, l’Italie se retrouve sans gouvernement. Mais ce n'est pas grave, ce qui est important c’est qu’aucune banque n’a fait faillite et au contraire le futur-nouveau-gouvernement-non-existant a trouvé quelques milliards au fond des caisses et ils vont donner un coup de main à la Banca Monte dei Paschi qui était LA banque la plus au bord du gouffre par rapport aux autres. Et la très bonne nouvelle, c’est que la banque en question a déclaré que finalement, ils seraient dans la merde dans 5 mois, alors qu’avant, ils s’attendaient à pouvoir tenir 11 mois. Ce qui prouve encore une fois que dans la banque, on est super-forts pour faire des prévisions.

S, comme « sondage, on nous aurait menti ? »

Je ne vais pas m’étaler sur le sujet trop longtemps, surtout que plusieurs de mes sujets précités, et même ceux qui viennent après, surtout le suivant, sont déjà intimement liés à l’incompétence des organismes de sondages, et tout ce qui avec, en parallèle, de côté, par devant et par derrière.

Donc, si je fais un bref récapitulatif, les sondages donnaient le BREXIT perdant. Perdu. Les sondages donnaient Trump perdant et Hillary gagnante. Perdu. Les sondages pensaient que le référendum italien passerait. Perdu.

En gros, ils sont nuls. Voire pire que nuls, parce que s’ils étaient nuls, ils seraient au moins juste de temps en temps, par hasard. Mais là, même pas. Ils sont faux tout le temps, à la limite de l’indicateur contrariant. Il faut dire qu’entre questions biaisées, sondages mal expliqués, panel de personnes interrogées mal choisies et j’en passe et des meilleurs, on peut se demander pourquoi on continue à en faire.

Surtout qu’un sondage se base sur le principe que la personne sondée dit réellement ce qu’elle pense et ce qu’elle va voter. Vu le degrés d’inexactitude ces derniers temps, je suppose que les gens font « EXPRÈS » de dire n’importe quoi, juste pour emmerder tout le monde.

Tenez, prenez l’exemple des dernières primaires de la droite en France - là encore, ils ne se sont pas foutus dedans, ils se sont magistralement plantés. Mais lors des sondages du premier tour, ils demandaient :

Question 1 : pour qui allez-vous voter sur les 9 candidats ?

Question 2 : pour qui allez-vous au deuxième tour : Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé ?

Tu parles de question biaisée… et bien ils se sont plantés quand même. En ce qui me concerne, la prochaine votation, je poserai la question à mon labrador, c’est plus sûr.

T, comme « Trumpissime »

Ce sujet là mériterait un article d’une douzaine de pages pour détailler Ô combien l’être humain est hypocrite et capable de tourner sa veste plus vite que la lumière.

En dehors du fait qu’il est assez drôle de noter ENCORE UNE FOIS que les sondages se sont plantés de manière fort conséquente, il est intéressant de constater que plein d’experts s’étaient succédés sur les plateaux télé, dans les journaux à la radio et sur Facebook. Ils étaient venus nous dire que Trump ne passerait jamais. Et vous savez pourquoi il ne passerait jamais ? Parce que les pauvres du centre, ils ne votent jamais et que si Trump passait, la fin du monde était officiellement arrivée.

Eh bien non seulement la fin du monde vient donc de commencer, mais en plus la plupart des gens qui disaient que ça ne marcherait jamais sont en train de se dire que Trump, après tout, il n’est pas si mal. À commencer par les gens de chez Goldman Sachs.

Oui, je sais, excusez-moi de revenir ENCORE sur Goldman Sachs, ce n’est quand même pas de ma faute s’ils me donnent du grain à moudre. Donc, Goldman Sachs qui était à priori plutôt pro-Clinton, aura été le premier à tourner la veste le mercredi matin pour nous annoncer Ô combien finalement c’était une bonne chose de voir arriver Trump au pouvoir, surtout qu’ils allaient pouvoir pousser deux de leurs pions dans le gouvernement (alors qu’Hillary n’avait promis qu’un seul poste).

Et puis ce n’est pas tout, les jours qui suivirent, tout le monde trouvait Trump de plus en plus cool. Mis à part les anti-Trump’s qui continuaient à hurler au scandale dans un déni de démocratie hors du commun. En dernier recours, on a même été jusqu’à dire que c’était les Russes qui avaient fait élire Trump.

Toujours est-il que Trump est au pouvoir et que tout le monde y trouve son compte. En tous les cas dans le monde de la finance, puisque depuis qu’il est là, ça ne fait que monter. Que l’arrivée au pouvoir de Donald a déclenché un des plus gros rallye post-élections jamais vu depuis que Christophe Colomb est arrivé aux States. Et puis il y a une chose de bien avec Trump, c’est qu’on est sûr de ne pas s’ennuyer ces 4 prochaines années, la question étant de savoir s’il sera capable de faire et de dire autant de conneries que W. Bush l’avait fait en son temps. On peut commencer à compter les points.

U, comme « Uber et Snapchat, les serpents de mer du monde de l’IPO »

Un des sujets qui revient régulièrement ces derniers temps, c’est les IPO’s à venir en 2017. D’aucuns pensent que nous pourrions avoir l’année du siècle en termes d’IPO. Bon, c’est comme le vin, c’est l’année du siècle jusqu’à la prochaine année du siècle.

Toujours est-il que ces derniers mois nous avons beaucoup parlé d’Uber ou de Snapchat, ou encore de Palantir, moins connu que les deux premiers, mais un des candidats valables au juteux marché des IPO de 2017. C’est une bonne nouvelle pour l’économie et pour le marché de voir arriver toutes ces nouveautés sur le marché. Cela nous donne des trucs à écrire et des fantasmes à faire en se disant que si on en touchait, de ces nouvelles émissions, on pourrait se payer des vacances. Sauf que, ne vous leurrez pas: vous n’en aurez pas, tout est déjà largement attribué à des gens qui sont plus égaux que les autres. Mais ça ne coûte rien de rêver.

Les stars du « private equity » vont donc arriver sur le marché. On peut se frotter les mains à l’idée de voir Uber arriver en bourse, même si ces derniers temps la croissance et les revenus des chiffres qui ont « fuité » ne sont pas aussi excitants que l’on n'aurait pu ou voulu le penser. Néanmoins, on peut aussi se dire que vu comme les taxis qui sont chers et souvent désagréables fonctionnent toujours, il paraît peu probable qu’UBER ne fonctionne pas. On n’a pas fini d’en discuter. Ces derniers temps, la société a eu pas mal de déboires, puisque récemment encore on leur a interdit de tester leur voiture sans conducteur dans les rues de San Francisco. Pourtant imaginez les marges si l’on peut supprimer les conducteurs… ce sera toujours l’industrie du partage, sauf que les profits seront partagés entre les actionnaires et les actionnaires – oui, je sais, c’est une réflexion de gauche, mais c’est pas complètement faux non plus.

Et puis l’autre IPO de 2017, ce sera Snapchat. Alors ça, c’est vite vu, je ne comprends pas. Twitter ne fonctionne pas parce que le business model de faire de la pub en 140 caractères peine à trouver son public. J’imagine même pas quand il faut faire de l’argent avec des photos et des vidéos qui disparaissent après 30 secondes.

Probablement que je suis idiot, mais je ne vois pas le concept. Alors oui, c’est un réseau social, oui, il y a plein de gens de moins de 14 ans qui adôôôôôôôrent ça, parce que c’est trop d’la balle. Il y a aussi des stars de la télé-réalité qui trouvent ça génial de se faire prendre en photo avec un nez de cochon et des oreilles de chiens (si, si, c’est une des options de Snapchat), histoire d’avoir l’air encore plus con qu’au naturel. Mais là encore, je ne vois pas comment une grande marque de cosmétiques va dépenser de l’argent pour y faire de la pub… Mais encore une fois, je suis probablement idiot et je ne vois pas l’idée…

Enfin, peu importe, de toutes façons je n’en toucherai rien, je ne regretterai donc pas lorsqu’elle vaudra 100 fois son prix d’IPO ou qu’elle fera faillite. Non, pour être franc, la seule chose qui m’inquiète, c’est qu’en général quand c’est la saison de la folie des IPOs, c’est aussi le top du marché, et c’est là que ça commence à baisser. Et quand ça baisse, j’aime pas.

V comme « Vive le Bitcoin »

Il y a une monnaie dont on n'a peu parlé cette année, et c’est le Bitcoin. Je ne vais pas balancer sur le Bitcoin parce que franchement je n’y connais rien, si ce n’est que ça sert à acheter des armes, de la drogue et blanchir de l’argent non déclaré. Si tout cela est vrai, ça doit plutôt bien fonctionner pour les armes, la drogue et l’argent sale, parce que la performance de l’année est assez stratosphérique, avec un plus bas à 350 et un plus haut à 960$. Il y a des produits qui ont performé moins forts et qui font bien plus les malins.

En revanche, je vous défie de vouloir traiter du Bitcoin en grosses quantités parce que ça va rapidement devenir plus compliqué. Comme en général on dit régulièrement du mal sur cette cryptomonnaie, il semble « fair » de lui tresser des lauriers quand l’année a été bonne, même si maintenant que les clients « non déclarés » ont changé leur argent en Bitcoin et que l’échange automatique des données va commencer en janvier, il se pourrait qu’il y ait quelques prises de profits… Ou pas. Ce truc est tellement manipulé par des forces inconnues que tout peut arriver… Oups, pardon, j’avais dit que je ne dirai pas du mal…

Reprenons.. ben, le Bitcoin, il a eu une bonne année, tu vois comment. Vivement 2017 qu’il monte à 2'000, le bougre…

W, comme « Welcome à la nouvelle version d’Investir.ch »

Nous vous en dirons un peu plus dans les semaines qui viennent. parce que là, on fait des tests et que tant que ça ne marche pas du feu de Dieu, on ne va pas faire les malins. Mais d’ici les six prochaines semaines, le site Investir.ch va faire peau neuve, accueillir des nouvelles rubriques… En gros, mettre la seconde vitesse, voire la troisième.

On est assez contents du résultat. Et la nouvelle aventure qui commence promet d’être excitante. On va aussi faire disparaître les articles 3 minutes après les avoir mis en ligne, et il n’y aura plus que 140 caractères par articles.

En même temps, y a des types qui ont fait fortune avec ça chez Snapchat, y a pas de raison que ce soit les seuls à gagner à l’Euromillions.

Trêve de plaisanteries,  Investir.ch va renaître tout pareil mais en mieux. En plus gros (après les fêtes, c’est normal) et en plus grand, parce que dorénavant on va jouer avec les grands…

X, comme « Forex », oui je sais ça ne commence pas par X, mais ça finit par X »

Et puis, en plus, ce n’est pas facile de trouver un mot qui commence par X et en plus qui a un lien avec la finance. Mais heureusement le FOREX a tout de même sa raison d’être dans cet abécédaire. Il s’en est passé des choses et visiblement, ce n’est pas fini. On peut citer le cas de la Livre Sterling qui s’est fait démonter la tête après le BREXIT. Et là non plus, ce n’est pas fini, puisque tous les plus grands experts pensent que la Livre va perdre encore 10% contre le Dollar. Perso, je pense qu’elle va perdre encore 20%.

Je ne prends pas de grands risques. Si j’ai tort tout le monde aura oublié ce que j’ai dit et si j’ai raison, je vous rappellerai que je l’ai dit, mais vous ne me croirez pas, alors autant dire tout et n’importe quoi.

Le Dollar aura été la monnaie forte de l’année. Il semble d’ailleurs plutôt évident que l’Euro/Dollar va à parité, c’est limite un coup sûr. Ça fait peur. En tous les cas, depuis que la FED a monté les taux il y a deux semaines, il semble plutôt évident que l’on va finir par y aller. Le seul rempart à cette probabilité sera inversément proportionnel au fait que tout le monde y croit ou pas.

En tous les cas, ce que l’on peut retenir, c’est que c’est à peu près la seule partie du « marché » qui aura été volatile cette année. Et puis, il paraît que la BNS n’intervient plus sur l’Euro/Suisse – je ne sais pas à quoi ça ressemble quand ils interviennent, mais si je devais supposer, ce serait à peu près ce que l’on vit aujourd’hui. De là à vous dire que la BNS nous ment, il n’y a qu’un pas. Que je ne franchirai pas, j’ai trop de respect pour nos brillantes institutions.

Sur nos monts quand le soleil annonce un brillant réveil…

Pardon, je m’emballe. C’est mon côté patriote, quand je parle de la BNS, j’ai envie de chanter l’hymne national et d’embrasser un contractuel de la Fondation des Parkings. L’embrasser avec du curare.

Bref, le FOREX, c’est trop bien. C’est la première année que je m’y intéresse et franchement, c’est drôle.

Y comme « Yellen »

Si on nous enlève Draghi et elle, je me demande de quoi on va bien pouvoir parler dans les médias financiers. Ce n’est pas la personne la plus charismatique que je connaisse, même si sous certains côtés, elle est bien plus drôle que Guy Parmelin. Il faut reconnaître que passer sa soirée en regardant un de ces discours officiels de la FED est à peu près aussi passionnant que de regarder un concert de U2, sans le son.

Néanmoins, elle aura réussi à nous tenir en haleine pendant toute l’année, puisque la plupart des analystes financiers de la planète se sont mis à faire des étude de « mentaliste » pour essayer de deviner ce qu’elle peut bien cacher derrière son regard intense de saumon qui vient de remonter à la source.

Il faut croire que ces études n’ont pas donné grand-chose, puisque à la lettre F comme FED, j’ai déjà expliqué le fait que l’on a passé notre année à repousser la date fatidique de la hausse des taux, pour finalement avoir raison une fois, en décembre.

Toujours est-il que Madame Yellen a le mérite d’être une des femmes les plus puissantes du monde, après Christine Lagarde, puisque Christine Lagarde, en plus, elle, est dispensée de prison à vie. En revanche, Madame Yellen, c’est probablement la femme qui poser le plus de problème à Trump, puisque son seul moyen de la virer, c’est qu’elle fasse une faute grave et que pour le moment, elle est subtilement irréprochable, jusque dans la décence de ses tenues vestimentaires – qui n’ont rien à voir avec le tenues de l’environnement du Président… Finalement, c’est peut-être le seul endroit de l’administration où Donald Premier ne fera pas ce qu’il veut. Et rien que pour ça, Madame Yellen mérite notre affection.

Z, comme  « Ze vous souhaite une très belle année 2017 »

Pour conclure, je voudrais, comme chaque année, vous souhaiter une très belle nouvelle année. On va dire que l’année 2017 sera mieux que 2016, ce qui ne devrait pas être difficile.

Happy New Year  et que 2017 soit F-A-B-U-L-E-U-X, peut-être même GREAT AGAIN !!!

Thomas Veillet

 

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