Colin Xavier

JOURNALISTE

Xavier Colin est journaliste, chercheur associé au GCSP, le centre de politique de sécurité de Genève, fondateur de GEOPOLITIS et ambassadeur de Terre des hommes.

Allô, la Chine?

La ligne (diplomatique) de Pékin parasitée! Bien piégé, le régime chinois! Par Moscou! Ce n’est plus «Bons baisers de Russie», mais «Souvenir de Crimée». Et voici le «film» des événements.

C’était au début de ce mois de mars, au moment le plus crucial de la crise en Ukraine: comme à son habitude, la Chine laissait le devant de la scène à son amie – et alliée – la Russie, afin de contrer les arguments des Occidentaux – Etats-Unis et Europe en tête – lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU à New York. Comme d’habitude?

Oui, car dans le dossier ukrainien comme dans celui – beaucoup plus dramatique – de la guerre en Syrie, la Chine s’efface intelligemment derrière la Russie, laissant aux diplomates russes le soin de stigmatiser toute ingérence dans les affaires intérieures d’un pays membre des Nations Unies.

Dilemme inattendu

Comme d’habitude? Pas tout à fait, car, dans ce cas précis de l’Ukraine et de la Crimée, le régime de Pékin se trouva pris de court – et en porte-à-faux – au regard des déclarations des hauts responsables russes. Surpris, embarrassé et, somme toute, pris à son propre piège!

Comment, en effet, faire semblant d’apporter un soutien diplomatique sans réserve à un Vladimir Poutine en train de commettre ce qui, aux yeux des Chinois, constitue ce qui se fait de pire en matière de violation du droit international: intervenir – militairement, de surcroît – dans les affaires internes d’un autre pays?

Dilemme inattendu pour le régime du président Xi Jinping, lequel, à l’instar de ses prédécesseurs, s’en tient aux deux objectifs prioritaires de la Chine en matière de diplomatie internationale: d’une part, défendre à tout prix le principe de non-ingérence et, d’autre part – ceci justifiant cela – décourager puis interdire quelque soutien extérieur que ce soit à tout mouvement de dissidence en action ou à toute minorité ethnique en ébullition.

Pour mémoire, doit-on insister ici sur la volonté réaffirmée des dirigeants chinois de traiter ainsi qu’ils l’entendent – et si possible sans témoin – les dossiers sensibles des Tibétains ou des Ouïghours?

Pour mieux saisir la ligne sur laquelle Pékin s’adresse au reste du monde, il convient de revenir quelque peu en arrière, soit en 1953, lors que Zhou Enlai, alors ministre des Affaires étrangères, édicta les quatre règles d’or de la diplomatie chinoise: respect mutuel, non-agression, non-ingérence et coexistence pacifique. Voilà qui tranche singulièrement avec les principes actuellement défendus par une Russie en pleine action en Crimée!

Pour autant, à l’opposé de la vision occidentale, la Chine ne se base aucunement sur une conception dualiste – et cartésienne – du monde dans lequel nous vivons.

A-t-on remarqué cette constante chinoise: là où les puissances occidentales s’accordent à vouloir prioritairement et maladroitement exporter leurs propres valeurs, qu’elles qualifient du reste d’«universelles» pour mieux les imposer, telles la démocratie ou la défense des droits de l’homme, les autorités de Pékin, pour leur part, ne conditionnent jamais leur aide, leur soutien ou un éventuel partenariat à un critère de nature politique ou idéologique.

C’est ainsi que les principes fondamentaux de 1953 ont été repris en 2002 par Hu Jintao: la Chine désire être sur un pied d’égalité avec les autres puissances mondiales, mais elle ne profère pour autant aucune volonté d’hégémonie.

Allô, Pékin? Oui, la ligne est parfois difficilement audible, compréhensible. C’est qu’il nous faut admettre ce que les spécialistes appellent «le triple paradoxe chinois»: ce grand pays de 1,3 milliard d’habitants est, tout à la fois, un pays en développement et un Etat industrialisé, un pays riche et une nation pauvre, un pays ordinaire et une superpuissance!

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