Zaki Myret

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

Allô la Bourse, ici la Terre

Les économistes peinent à expliquer la déconnexion entre les marchés, euphoriques, et l’économie réelle, morose. L’indice Dow Jones a touché des sommets historiques ce mois. Et l’indice plus large S&P 500 a gagné 129% depuis son creux de 2009, une bulle encore plus phénoménale que celles de 1997-2000 (+106%), et de 2002-2007 (+101%). Une trajectoire suggérant un boom économique. En effet, un marché haussier qui dure coïncide toujours avec une forte croissance, une baisse du chômage et des gains de productivité.

Le PIB américain? Il progressait de 2,5% en 2007, au précédent sommet du Dow Jones, mais de 1,6% aujourd’hui, et 59% des Américains, voyant leurs salaires réels décliner, pensent que l’économie est en récession. Le chômage? Le nombre de sans-emploi a doublé depuis 2007, de 6,7 à 13,2 millions. La confiance des consommateurs? L’indice était à 99,5 en 2007, il est à 69 aujourd’hui.

Déni boursier

Que vient donc récompenser, au juste, une telle hausse, ou que vient-elle anticiper, pour les six prochains mois, que l’on ignore à ce point? Le phénomène n’est pas seulement américain. Les indices européens et japonais s’envolent, sans que les chiffres économiques pour les deux zones ne le justifient. L’écart extrême qu’on observe actuellement entre l’envolée de l’indice MSCI Monde et les prévisions moroses de l’indicateur IFO allemand s’était manifesté, la dernière fois, à la veille du krach boursier de 2000.

En outre, les trois zones affichent des risques sans précédent au plan budgétaire. Ce mois-ci, à moins que Barack Obama et le Congrès ne s’entendent sur une extension du budget, le gouvernement fédéral se retrouvera, à nouveau, en cessation de paiement, car il a dépassé le plafond autorisé de sa dette.

Face à un tel écart entre euphorie virtuelle et sombres réalités économiques, de deux choses l’une: soit l’économie s’améliore de façon spectaculaire, soit les indices corrigent de façon… spectaculaire. Des économistes de renom, tels que John Murphy, Robert Wiedemer, et Robert Shiller évoquent un retournement rapide des marchés. Robert Wiedemer, qui avait prédit avec exactitude l’effondrement de 2007-2008, parle d’une correction qui, dans le pire des scénarios, peut aller jusqu’à 90%. Les gros investisseurs n’ont pas attendu. Warren Buffett, John Paulson et George Soros ont récemment vendu des quantités massives de titres de consommation et de bancaires américaines.

Ce qui s’est passé, c’est qu’aux Etats-Unis, comme au Japon, les deux pays qui utilisent le plus la planche à billets, les banques centrales se sont offert un rallye à crédit. Aux Etats-Unis, le coût a été de 8000 milliards de dollars: 5000 milliards d’endettement supplémentaire depuis 2009, et 3000 milliards imprimés par la Fed pour ses rachats de dette du Trésor et d’actifs toxiques. Avec 8000 milliards de monnaie imprimée, il est donc possible de s’offrir un faux rallye.Nominal et non réel, il repose entièrement sur la dévaluation monétaire.

Exprimée en or, la courbe du Dow Jones affiche ainsi une baisse continue depuis 2002 ; et comparé à 2009, l’indice est quasiment au même niveau. Exprimée en monnaies fortes, comme le franc suisse, la hausse du marché américain s’avère beaucoup moins spectaculaire, puisque le dollar a perdu près de 20% contre le franc depuis 2009. La situation est similaire au Japon, précurseur de la planche à billets, où le bond du Nikkei de 45% en quatre mois, ramenant la Bourse de Tokyo à ses niveaux d’avant 2008, est entièrement dû à la baisse du yen provoquée par la politique de Shinzo Abe.

Le prix de la hausse artificielle des marchés n’est autre que l’inflation. Rappelons que, si l’on se basait sur la méthode de calcul américaine des années 1980, le taux d’inflation actuel aux Etats-Unis atteint 10%. Si ce fait était reconnu par le marché, la valeur des bons du Trésor serait instantanément divisée par deux.

«Sell in may and go away?» Si le marché tient jusque-là…

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