Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

A posteriori.*

Non, définitivement, je n’aimerais pas avoir 15 ans aujourd’hui. Rien qu’en me souvenant de la peine que j’ai pu avoir, à mon époque (mon Dieu, je parle comme les vieux !) à me défusionner du téléphone fixe après 45 minutes et 8 rappels à l’ordre de mes parents… Que serais-je devenue si j’avais eu un Smartphone sans contrôle auditif parental ? Quel aurait été le montant de ma première facture de mobile ? J’ose espérer qu’ils ne m’auraient pas fait confiance et auraient privilégié le prépayé…

Parce que, il faut bien l’avouer, j’ai été jeune juste à la limite d’une période bénie : une période où l’on pouvait sortir habillée n’importe comment (oui, le fluo et les jupes-tubes, c’était "n’importe comment") sans crainte que cela ne soit archivé pour les 50 prochaines années ; une période où on pouvait dire et penser n’importe quoi de propre à nos 15 ans… qui resterait à jamais ancré dans nos 15 ans ; une période où l’on pouvait avoir des amoureux qui n’avaient aucune chance de nous retrouver et de nous suivre au quotidien ; une époque où nos parents ne fréquentaient pas les mêmes endroits que nous et où les pervers devaient faire preuve d’imagination pour trouver où nous habitions ; une période où on pouvait boire ou fumer à outrance sans craindre pour notre lointain avenir professionnel ; une période où le seul moment où nous dévoilions notre intimité était dans un cadre… intime ; bref, une période où nos 15 ans appartenaient à tout jamais à nos 15 ans, et où le passé avait un sens.

Désormais, peu importe l’âge que nous pouvons avoir, toute notre vie est située sur une même temporalité, accessible partout, dès maintenant. Désormais, nous ne pensons, ni ne disons plus les choses : nous les postons. Et lorsque nous postons, nous devons nous demander si nous assumerons toujours nos mots dans 6 mois, dans 3 ans, dans 10 ans.

Désormais, avant de nous "lâcher" (oui, à un certain âge, on considère qu’on se lâche quand on s’amuse), nous vérifions le nombre de Smartphones dans l’assemblée et au premier lever de bras équipé d’un mobile, nous reprenons une attitude d’adulte. Et on est pas loin, même en petit comité, de réquisitionner tous les équipements électroniques si prompts à se nourrir d’images de nos assiettes, couchers de soleil, enfants et apéritifs exposés comme pour dire « regardez : j’ai une vie sociale ! (et des couchers de soleil, si, si…) ».

Désormais, lorsque nous dévoilons notre intimité, nous savons que nous courons le risque que cela ne fasse plus seulement le tour des « potes de », mais également celui des « potes de potes de potes de », même si on peut bien se demander en quoi notre intimité est relevante au point d’en faire mention au plus grand nombre.

Désormais, nous n’avons plus 15, 30 ou 50 ans. Notre avancée est calquée sur notre position dans un fil d’actualité, tiraillés que nous sommes entre l’envie narcissique d’y figurer en Une et la crainte de la faire trop longtemps. Rien de pire qu’une vieille actualité qui occupe le terrain en remontant sans arrêt, constamment "poussée vers le haut" par les commentaires de nos "amis". 

Bref, tout ça pour dire que non, je n’aimerais pas avoir 15 ans aujourd’hui.

 

*Avec le recul.

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