Marcoin Karacsonyi Alexandra

FONDATRICE D'ELIXIR CONSULTING

Alexandra MARCOIN-KARACSONYI est une experte de l'innovation en entreprise. Au bénéfice d'un MBA de Stanford, elle intervient régulièrement à CREA Genéve et enseigne le Design Thinking à HEG Genève, en parallèle de ses activités de conseil en entreprise via Elixir Consulting. Elle fait également partie depuis 2015 de l'équipe enseignante de l'Executive Certificate LEAD, centré sur l'innovation en entreprise, de la Stanford Graduate School of Business. Elle intervient en entreprises dans des problèmatiques complexes de transformation digitale, d'optimisation des processus, d'innovation produits/services et de motivation des employés.

Notre génération verra-t-elle la fin des sacro-saints postes à temps plein?

73% de la population active en 1996. 68% en 2006. Et 64% en 2016. Ces chiffres représentent la part de la population active travaillant à plein temps (soit à 90-100%) d’après l’Office Fédéral de la Statistique. Le temps partiel se répand : c’est tout positif pour l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle.

Oui, mais quid des niveaux hiérarchiques ? Là, le bât blesse. En effet, la proportion de «salariés exerçant une fonction de chef» en temps partiel est restée quasiment stable, de 21%* au premier trimestre 2011 à 22%* au dernier trimestre 2016.

Donc concrètement, le temps partiel, c’est OK mais «pour les autres». Pourtant, si c’est bien une catégorie qui aurait besoin de lever le pied pour être plus efficace, c’est bien celle des «chefs», trop souvent en burn-out ou bore-out (le fait de mourir d’ennui), ou proches de l’être, dans maintes organisations.

On me répond souvent que le temps partiel n’est pas compatible avec des responsabilités. C’est une fausse excuse ! La vraie raison, c’est surtout que c’est plus «confortable» (on évite de remettre en question le statu-quo, même s’il ne fonctionne pas ou plus) de chercher à remplir un poste à temps plein plutôt que d’envisager le design de postes en mode innovant et alternatif.

Oui, sauf que d’ici peu, il deviendra nécessaire de sortir de cette zone de confort – pour arriver à attirer et surtout à retenir des candidats provenant de viviers sous-exploités et dont les besoins fondamentaux sont majoritairement incompris ou ignorés, comme les femmes aujourd’hui et les générations Y et Z demain.

Le job sharing est l’une des pistes très sérieuses qui pourrait permettre aux entreprises comme aux employés de tout niveau de sortir de cette impasse aberrante. En effet, c’est bien d’une impasse aberrante dont il s’agit : d’un côté, nous avons des entreprises qui peinent à recruter les candidats qualifiés dont elles ont besoin (et plus encore à les conserver sur le long terme) et d’un autre côté, nous avons un pool quasi inexploité de candidats potentiels formés et prêts à travailler – oui, mais dans des conditions différentes.

Le job sharing et sa pratique ont fait récemment l’objet d’un livre écrit en collectif sous la direction de Irenka Krone-Germann et de Alain Max Guénette : «Le partage d’emploi – Job sharing», aux éditions L’Harmattan.  Le job sharing permet de concilier temps partiel et responsabilités, tout en assurant à l’employeur une couverture du poste à 100% en temps… et à 200% en satisfaction, motivation, créativité et «brain power». Difficile de faire mieux par les temps économiques qui courent !

Un colloque international sur le job et top sharing se tiendra à Bâle le 6 novembre 2017 : renseignements et inscriptions sur le site internet www.topjobsharing2017.com. D’ici là, les employés intéressés peuvent trouver leur partenaire de job sharing sur la plateforme de matching www.wejobshare.ch, et les employeurs, responsables RH et managers s’informer sur les modalités et facilitateurs (plateformes IT, coaches, formateurs, conférenciers) possibles sur www.go-for-jobsharing.ch.

En adoptant et promouvant une relation au travail plus en phase avec les besoins et aspirations du XXIème siècle, les entreprises et organisations vont se doter d’un outil supplémentaire pour booster leur croissance et leur capacité d’innovation. Il serait dommage de s’en priver.

*Calcul de pourcentages sur le tableau de l’OFS intitulé « Situation dans la profession des personnes actives occupées à plein temps et à temps partiel selon le sexe, la nationalité, les groupes d'âges, le type de famille ». Données disponibles à compter de 2011 seulement.

 

 

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