Marcoin Karacsonyi Alexandra

FONDATRICE D'ELIXIR CONSULTING

Alexandra MARCOIN-KARACSONYI est une experte de l'innovation en entreprise. Au bénéfice d'un MBA de Stanford, elle intervient régulièrement à CREA Genéve et enseigne le Design Thinking à HEG Genève, en parallèle de ses activités de conseil en entreprise via Elixir Consulting. Elle fait également partie depuis 2015 de l'équipe enseignante de l'Executive Certificate LEAD, centré sur l'innovation en entreprise, de la Stanford Graduate School of Business. Elle intervient en entreprises dans des problèmatiques complexes de transformation digitale, d'optimisation des processus, d'innovation produits/services et de motivation des employés.

Il est urgent d’apprendre à apprendre

La jeune génération n’a pas la pêche : elle s’ennuie sur les bancs de l’école et n’a, dans sa grande majorité, ni l’envie de créer ni celle d’innover, et encore moins celle de prendre des risques.

Or, la jeune génération, c’est elle qui va soutenir notre système de retraites, et qui va faire tourner le pays et ses entreprises à l’âge adulte. C’est donc d’elle que va dépendre le bien-être général, mais aussi le succès futur du pays, qu’il soit économique, financier, ou social. Si la Suisse veut continuer à rester au top du classement des pays les plus innovants, je pense (et je ne suis pas la seule) qu’il est très urgent de repenser ce qu’on enseigne à nos enfants, et surtout comment on l’enseigne.

Mon postulat de base est que le plus important aujourd’hui, ce n’est pas d’apprendre, mais d’apprendre à apprendre. Pourquoi ? Parce que la probabilité est forte que 90% de ce que les enfants et les jeunes apprennent aujourd’hui (par cœur) ne leur sera plus d’aucune utilité dans 15 ans. La vitesse d’évolution de notre environnement de travail et de vie s’est largement accélérée ces 10 dernières années, et ce phénomène n’est pas prêt de ralentir, bien au contraire.

Quel est le risque à continuer dans la voie actuelle de l’enseignement? On voit très clairement l’effet négatif de cette forme passéiste d’enseignement dans les chiffres du chômage des pays européens : il s’agit d’un chômage structurel, qu’aucun parti au pouvoir ne réduira jamais de façon significative. La seule manière de résorber ce « stock » de capital humain non utilisé, c’est de le transformer en ressource utile pour les besoins d’aujourd’hui – via, à court terme, des reconversions et de la formation continue pour les adultes, et, à long terme, une réinvention complète de l’enseignement obligatoire.

Un enseignement obligatoire devrait avoir pour buts de former et d’éduquer l’enfant, mais aussi de le préparer à devenir un futur adulte épanoui et productif. Pas productif au sens du taylorisme mis en application par Ford dans ses chaînes de montage au début du XXème siècle, mais productif au sein de « utile pour lui-même et pour autrui ». Pour cela, cet adulte doit apprendre à être proactif, astucieux, créatif, curieux de tout. Il doit apprendre à affirmer ses opinions, à prendre des décisions et à prendre des risques. Bref, aux antipodes de la vieille méthode du « par cœur » dont on tartine nos enfants sur les deux faces, jusqu’à ce qu’ils capitulent d’ennui.

En espérant et en attendant que l’enseignement se réforme un jour, que pouvons-nous faire pour tenter de repêcher cette jeune génération et de lui redonner le goût d’apprendre – puisque c’est de cette envie et de cette capacité à apprendre constamment dont dépendra son succès (si on est optimiste de nature) ou sa survie (si on est pessimiste de nature) dans 10, 20, 30 ou 50 ans ? L’affaire se complique d’autant que si certains enfants ou jeunes ont la chance d’avoir un entourage qui les sort de leur boîte standardisée et leur ouvre des horizons plus intéressantss, ce n’est pas le cas de tous, du fait des différences socio-professionnelles ou tout simplement d’intérêt modéré de la part de leurs parents.

Je vois plusieurs pistes possibles pour effectuer des changements positifs rapidement, sans pour autant toucher au bloc monolithique de l’enseignement obligatoire, de ses programmes et de ses enseignants.

Première piste : mettre en place un système de mentorat pour chaque enfant/jeune. Le/la mentor serait un(e) adulte ayant acquis une certaine expérience professionnelle, et qui serait en mesure de motiver et de guider l’enfant/le jeune.

Deuxième piste : développer l’esprit entrepreneurial dès le plus jeune âge. Une association locale, Graînes d’Entrepreneurs, propose aux enfants de travailler sur un projet concret sur l’ensemble de l’année scolaire, afin de leur donner les clefs de toute création et gestion de projet indépendant.

Troisième piste : développer la curiosité des enfants et leur proactivité en ajoutant un projet de recherche annuel à chaque enfant de chaque classe, dès la classe de 5ème, en adaptant les thèmes et la profondeur de la recherche et de la présentation de ses résultats à chaque âge.

Quatrième piste : donner l’opportunité aux jeunes de se créer un espace-temps de créativité et de recherche personnelle de soi en promouvant à titre cantonal et/ou fédéral les bienfaits d’une année charnière (« gap year » en anglais), que ce soit pour faire du volontariat, voyager, ou apprendre à mieux cerner ses aptitudes et ses aspirations. Sur cette thématique, le Collège du Léman, situé à Versoix, lance dès Septembre prochain un « gap year » programme, centré sur du leadership et de l’entrepreneuriat.

Cinquième piste : parce qu’apprendre, cela va être l’affaire de toute notre vie, mettre en place au niveau inter-cantonal ou fédéral un compte de formation continue pour tous les métiers, qui débuterait dès les 15 ans du jeune, et qui permettrait à chacun d’effectuer régulièrement des formations (diplômantes ou non) à coût abordable via des incitations fiscales, tout au long de sa vie.

Il y a certainement bien d’autres pistes à explorer, et le chemin ne sera pas facile. Mais le jeu en vaut la chandelle.

 

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