Alex Franck

AMBASSADEUR HUMANISTE INDIGNÉ

Alex Frank fut Ambassadeur Humaniste auprès de Chefs d’États et Dirigeants. Avec sa lignée, ils opèrent dans l’ombre depuis 2500 ans et sont à l’origine des moments les plus éclairés de l’Humanité. Ce sont les personnages les plus secrets de l’Histoire. Aucune encyclopédie ne relate leur existence, même s’ils l'ont rédigée. Vous ne les trouverez pas sur Wikipédia, bien qu’ils l’aient fondé. Seuls quelques gouvernants, artistes et scientifiques les connaissent.

Aujourd'hui retraité et sans influence, Alex Frank vit en Suisse, pays fondé par la lignée. Il sort aujourd'hui de l'ombre pour lancer un appel à la raison et interpeler directement l'opinion.

Retrouvez également Alex Frank sur Facebook @LeManifesteAlexFrank et Twitter @AlexFrank1751

Vers une Démocratie Digitale

Et si nous vivions dans une illusion de démocratie ? Alors une nouvelle gouvernance digitale nous en sortirait...

Mise à jour du 1er octobre 2018: lire la tribune collective parue dans Le Monde le 25 septembre, une semaine après ce billet, voir en bas de page.

 

Le Boston Consulting Group a publié en juillet 2016 "Sauver la Mondialisation et la Technologie d'elles-mêmes". Cet article n'est pas récent, mais il reste parfaitement actuel et anticipe même le Trumpism.

L'article fait le lien entre la mondialisation, la technologie, le Brexit, les impacts sociaux, la croissance des inégalités économiques et les pertes d'emplois pour conclure: "Si nous, en tant que chefs d'entreprise, ne nous levons pas pour façonner un avenir plus positif, il est de plus en plus clair que nous risquons une réaction qui limitera notre capacité à créer de la valeur dans nos propres entreprises et pour nos clients. Il est maintenant temps de prendre en charge cet agenda plus large".

Bien que je partage le point de vue du BCG sur ce qui est en jeu et sur la plupart des prescriptions proposées, j'ai du mal à imaginer des chefs d'entreprise relever un défi qui devrait être adressé par les dirigeants politiques et les institutions publiques pourvus de représentativité démocratique. Ce n'est ni dans leurs attributions, ni dans leurs moyens.

En outre, suite à l'interprétation des travaux d'Adam Smith, la poursuite des objectifs individuels est devenue primordiale et sacro-sainte dans le monde des affaires. Nous ne pouvons donc pas attendre maintenant des entreprises qu'elles s'emparent d'un projet commun de société, en ce qu'elles sont, intrinsèquement, ni construites pour, ni dirigées par, ces objectifs qui dépassent largement les enjeux économiques.

Les institutions publiques soutenues démocratiquement sont bien-sûr les seuls organes légitimes pour relever le défi du vivre ensemble sur le bien commun qu’est notre planète, tout en préservant, améliorant et transmettant ce droit aux générations futures.

Malheureusement, Brexit, trumpisme, théâtre médiatique et information-spectacle qui divertissent sans éduquer, montrent que la politique a disparu en tant que Politeia qui cherche à concilier le développement des individus et le développement d'une société civilisée.

L'appel du BCG aux chefs d'entreprise et non pas aux politiques en est d'ailleurs l'illustration parfaite. L'agenda de 1947 du Mont-Pélerin a tenu toutes ses promesses: on s'est bien débarrassé de l'Etat et par voie de conséquence de la voix de ses citoyens.

Quand le vide s’ouvre sous nos pieds

Le Brexit et le populisme trouvent leurs racines dans une crise sociale et un sentiment de perte de contrôle devant un monde global et ouvert, comme si le vide s'était ouvert sous nos pieds. Ils sont le thermomètre du malaise, malaise que les victimes essayent d'enrayer par une tentative de retour à une échelle plus petite et locale pour restaurer l'illusion du contrôle. Ailleurs, le même malaise s'illustre par des velléités de retour à la loi séculaire d’une religion.

Le vide fait peur si on ne le maîtrise pas. On cherche donc à revenir à un passé qui rassure. Pourtant cette résistance est vaine, car l'ordre naturel commande d'apprendre à s'adapter à un monde qui évolue.

Mais d'où vient cette force qui pousse à se protéger ainsi ? Le monde s’est ouvert trop vite et les instances démocratiques supposées nous préparer, nous éduquer et nous protéger n’ont pas suivi le rythme assez vite.

Cela signifie, d'une manière ou d'une autre, qu'il y a eu échec de gouvernance démocratique mondialisée.

Le monde est devenu extraordinairement minuscule, de manière exponentiellement rapide. La mondialisation et notre modèle de société ont transféré les pouvoirs locaux proches des citoyens, et qui en cela rassuraient, à des institutions mondiales et lointaines (qu'elles soient privées, comme les multinationales, ou publiques comme l'UE, le G20 ou la FED [j'aimerais inscrire l'ONU au rang de ces institutions mondiales puissantes, mais je constate malheureusement que ses pouvoirs et son impact réels sont limités]).

Qu'ont en commun ces organismes supranationaux? Ils gouvernent le monde et lui infligent les impacts de leurs décisions, ou de leur laisser-faire, sans réelle représentativité démocratique.

C'est clair pour ce qui est des multinationales. Mais on m'opposera que, pour ce qui est des organes tels que le G20 et l'UE, les chefs d'Etat qui y siègent sont élus. Le recours au vote démocratique existe donc bien. C'est exact sur le papier, mais naïf en pratique.

En fait, la démocratie n'a pas suivi la voie de la globalisation. Elle est restée lente et locale. Les débats électoraux sont restés essentiellement bloqués aux nations. Les représentants nationaux sont élus sur des préoccupations locales, mais jamais ils ne rendent de compte, ni ne sont sanctionnés pour leurs actions dans les organes supranationaux. Même s'ils le voulaient, les élus nationaux ont une marge de manœuvre restreinte et beaucoup trop lente dans les immenses assemblées supranationales. On le voit dans les décisions concernant, par exemple, les lois sur l'alimentation, les pesticides ou les émissions de particules fines au parlement Européen. Quels que soient les choix électoraux faits sur le plan national, les décisions supranationales semblent toujours aller dans le même sens. C'est pourquoi les électeurs de leurs propres camps se fâchent, se désintéressent de la politique, l’abstention augmente et l'alternance gouvernementale est de mise, sans que cela ait d'impact dans les faits.

Une illusion de démocratie

Notre tord a été de noyer les responsabilités jadis nationales dans des organismes supranationaux éloignés de la sanction électorale, nous dépossédant de tout contrôle. Nous vivons ainsi dans une illusion de démocratie, car la réalité est que les grandes décisions qui nous impactent sont prises à ce niveau global sur lequel nous n'avons aucune prise, souvent avec l'excuse qu'on n'a pas d'autre choix, compte tenu du chemin dans lequel on s'est déjà engagé, ou que les enjeux sont trop compliqués pour que nous puissions les comprendre. Tout se passe comme si nous étions en pilotage automatique institutionnel. C'est une forme d'autocratie, en ce que ce pouvoir n'a d'autre justification que lui-même. Mais cette autocratie-là est redoutable, car elle ne repose pas sur un individu identifiable que l'on peut à la rigueur destituer, mais sur des rouages institutionnels insaisissables.

La marche vers ces instances de gouvernance mondiale est pourtant inéluctable, car elle va de pair avec la réalisation que nous unissons nos destins sur une même planète. Contre le repli illusoire sur soi, on peut "sauver" l'intégration et l'unité mondiale, il le faut, on n'a pas le choix, car le bon sens et la nature nous disent qu'il n'y a pas d'autre voie possible dans un monde commun, partagé, minuscule et hyperconnecté. On doit toutefois échapper à l'autocratie institutionnelle qui pousse les peuples au repli.

Le véritable enjeu est que l'exercice de la démocratie doit évoluer pour accompagner ce changement d'échelle. C'est là qu'intervient Internet.

Après avoir été une technologie militaire, et avant de devenir un outil commercial et de divertissement, Internet a d'abord été un outil de partage et d'enrichissement du savoir pour les universitaires.

Aujourd'hui, Internet pourrait être utilisé pour poursuivre l'intégration naturelle et une gouvernance mondiale tout en rétablissant l'équilibre et le contrôle par les peuples, avec par exemple le droit de vote électronique sur les questions mondiales et le droit pour tout groupe de citoyens transnationaux de lancer une initiative, s'exprimer par référendum et influencer les décisions publiques globales (comme en Suisse, bien que d'aucuns aimeraient y restreindre ce droit d'initiative, et comme dans la proposition de constitution pour l'Union européenne - rejetée par le peuple français justement par voie de... référendum).

Pourquoi les citoyens européens n'ont-ils pas été consultés sur les décisions à prendre lors des deux dernières grandes crises grecques et migratoires ? Que voterait-on si notre voix était entendue à l'ONU sur le conflit syrien ou israelo-palestinien ?

Nos élus nationaux prennent ces décisions et si nous ne sommes pas satisfaits, malgré l'impact que cela a sur nous, nous n'y pouvons rien.

Bien sûr Internet n’est ici que l’outil au service de cette autre gouvernance possible. Mais cet outil existe et est puissant. Il n’y a donc pas d’obstacle pratique à cette nouvelle gouvernance démocratique mondiale.

On m'opposera qu'il faut se méfier des référendums et de la voix du peuple. Les mêmes disent qu'il faut aussi se méfier de la démocratie, en ce qu'elle peut porter au pouvoir un futur dictateur, ou pousser la Suisse à voter contre ses intérêts à long terme en jouant sur les émotions des électeurs. C'est un faux problème et un vrai danger que de colporter ces propos. Le Monde a publié un sondage fin 2016 montrant que 77% des sondés pensent que la démocratie fonctionne de moins en moins bien, c'est 14 point de plus qu'en 2014! un tiers pense que d'autres systèmes peuvent être aussi bons, 20% plaident pour un système autoritaire... oups! Cela exprime bien le malaise ; et le danger! Il faut louer la démocratie, mais s'assurer qu'elle soit exercée par des citoyens éclairés qu'on informe et qu'on éduque avant de voter. Si on nous maintient dans l'ignorance, ou pire si on nous ment ou nous manipule (comme durant le vote sur le Brexit), on ne peut nous reprocher d'avoir mal voté et en profiter pour critiquer et affaiblir le système.

Le problème c'est la mauvaise information et le manque de vision, de leadership et de pédagogie politique, pas le vote lui-même.

Institutionaliser le vote par Internet sur des questions supranationales, avoir une voix et une voie dans les décisions dont l'impact est mondial, indépendamment de notre appartenance nationale, immédiatement et sans entrave, devrait être vu comme un contre-pouvoir, un contrôle citoyen, une épée de Damoclès, qui forcerait les politiciens et les médias à jouer leur rôle d'éducation et de formation du sens politique des peuples, au sens noble de la Politeia qui porte un projet de société, et à faciliter un véritable débat démocratique transparent, en prenant le temps de l'explication et de la consultation. La technologie le permet de nos jours. Elle ne sert pas qu'à cliquer J'aime sur des informations et des analyses réduites à la taille d'écran d'un smartphone.

Nous avons besoin d’une

nouvelle gouvernance démocratique alignée avec un monde globalisé et sa vitesse numérique, enracinée dans une sage Politeia et un Humanisme retrouvés, soutenue par Internet comme moyen de communication.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Vous pouvez vous mobiliser ici: https://www.change.org/p/united-nations-d%C3%A9mocratie-digitale-%C3%A0-l-onu

et participer au débat ici: https://www.facebook.com/LeManifesteAlexFrank/posts/693203771042018

Mise à jour du 1er octobre 2018: cette tribune parue dans Le Monde quelques jours après mon propre appel est le fruit d’une discussion collective de nombreux universitaires, tenue dans le cadre du colloque « Revisiter les solidarités en Europe », qui s’est déroulé les 18 et 19 juin au Collège de France. https://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/09/24/il-est-encore-possible-de-reanimer-l-union-europeenne_5359147_3232.html

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