Alex Franck

AMBASSADEUR HUMANISTE INDIGNÉ

Alex Frank fut Ambassadeur Humaniste auprès de Chefs d’États et Dirigeants. Avec sa lignée, ils opèrent dans l’ombre depuis 2500 ans et sont à l’origine des moments les plus éclairés de l’Humanité. Ce sont les personnages les plus secrets de l’Histoire. Aucune encyclopédie ne relate leur existence, même s’ils l'ont rédigée. Vous ne les trouverez pas sur Wikipédia, bien qu’ils l’aient fondé. Seuls quelques gouvernants, artistes et scientifiques les connaissent.

Aujourd'hui retraité et sans influence, Alex Frank vit en Suisse, pays fondé par la lignée. Il sort aujourd'hui de l'ombre pour lancer un appel à la raison et interpeler directement l'opinion.

Retrouvez également Alex Frank sur Facebook @LeManifesteAlexFrank et Twitter @AlexFrank1751

Quand Wall Street était piloté par des ados

La régulation a été imposée aux USA non pas tant pour freiner la cupidité que l'incompétence...

Je viens de revoir "Big Short, le casse du siècle" vendredi dernier. Juste le jour où Donald Trump demande par décret présidentiel de réexaminer les règlementations bancaires imposées après la crise financière de 2007-2008 qui a plongé le monde dans un chaos dont le populisme et Donald Trump lui-même sont un des dommages collatéraux.

En d'autres termes, par cette mesure comme par toutes les autres qu'il a prises depuis qu'il est en selle, il veut s'assurer que le feu va continuer à consummer notre monde, pour que lui et ses descendants puissent se maintenir au pouvoir en nous faisant croire qu'ils en sont les pompiers bienveillants.

Ce que révèle ce film et le livre n'est pas tant la cupidité et le baromètre faussé de la société qui valorise ce qui brille et marginalise la raison, déjà vus dans Wall Street d'Oliver Stone ou le Loup de Wall Street de Scorsese, que la vue à court terme, le manque de sens pratique, le déni de réalité factuelle ("les arbres montent au ciel"), l'absence d’esprit d’analyse, pour ne pas dire dans certains cas l’imbécilité pure et simple. Or la compétence analytique et quantitative, la gestion des risques, pourrait être ce que l'on attend de banquiers d’affaires à ce niveau de prise de risques.

Ce qui mène à notre perte n'est pas ce que nous ignorons.
C'est ce que nous croyons savoir avec certitude et qui est totalement faux.
Mark Twain

Ce qui mine Wall Street nous explique Big Short, ce n'est ni la cupidité, ni la malhonneteté. C'est l'incompétence et le manque de professionalisme. Des pistolets chargés entre les mains d'enfants inconscients surveillés par des parents irresponsables.

Voilà bien ce qui est effrayant : imaginez que vous voyagiez dans un Airbus A320 avec 200 autres passagers et que cet avion soit en fait piloté à distance par des ados qui n'ont pour toute expérience que des simulateurs de vol sur Playstation; pour le fun, l'adrénaline, l'auto-satisfaction à court terme. Ils ne savent pas ce que peut être un crash d'avion et des vies perdues. Ils ne savent même pas piloter. Cela peut même les amuser de voir se crasher leur avion dans leur jeu : pas grave, ils ont une infinité de vies...

Le paroxysme du film est probablement lorsque Mark Baum (de son vrai nom Eisman), qui est allé sur le terrain visiter des zones immobilières entièrement sinistrées, qu'il a donc vu que des emprunts ne seraient pas remboursés dans la vraie vie, s'entretient avec un financier tout sourire auto-suffisant qui explique comment il a tellement emballé les emprunts à risques non remboursables dans des paquets cadeaux, eux-mêmes dans des paquets cadeaux, d'autres paquets cadeaux, à tellement bel emballage que plus personne ne sait qu'il y a en fait une bombe à l'intérieur. Et que cette bombe d'une taille initiale de disons 50 (les vrais crédits pourris ou subprimes) sont tout prêt de faire ainsi exploser une montagne de cadeaux d’une taille de 1'000, soit 20 fois plus (2)! Manipulés par des professionnels compétents, ces engins sont risqués mais gérables. Mais mis entre de mauvaises mains sûres d'être in fine sauvées et contrôlées par une chaine d'acteurs tout aussi défaillante (la SEC, les agences de rating, etc.)...

La régulation a été imposée aux banques d'affaires pour freiner non pas tant la cupidité que l'incompétence. Certaines activités doivent être réservées aux grandes personnes.

C'est pourquoi la règlementation a augmenté le niveau de contrôle, comme les logiciels de contrôle parental protègent nos enfants de certains sites Internet ou comme certains films, jeux ou boissons sont interdits aux moins de 16 et 18 ans. Ils sont encore trop jeunes pour savoir ce qui est nocif pour eux.

Le nouveau Président américain voudrait depuis vendredi dernier revenir en arrière sur bon nombre de régulations post crise financière. Cette régulation avait pourtant été en grande partie déjà amputée de mesures importantes par le Congrès sous la pression de lobbys bancaires (1). Trump voudrait affaiblir ce qu’il en est resté.

Il a fallu près de 30 ans pour créer puis faire exploser une bulle gigantesque à base de produits hypothécaires toxiques. Une règle faite ou défaite aujourd'hui produit ses effets à long terme. Le temps du nouveau Président américain ne sera que de 4 ans, même si certains disent déjà qu’il subira un impeachment avant. A court terme, certaines de ses mesures pourraient créer un engouement, faire monter les marchés action, voire même créer de l’emploi, puisqu’il réveillera l’idée que oui, les arbres peuvent monter au ciel, « this is great ! ». Mais ses décisions pendant son court mandat, en économie comme en géopolitique, vont laisser des traces indélébiles dont il ne sera peut-être même pas le témoin dans 10 ans ou plus.

Est-on vraiment prêt à laisser nos enfants voyager dans un avion économique piloté à distance par de jeunes ados incompétents ?

C'est pourtant bien ce qui est en train de se passer avec cette mesure comme avec d'autres, là, sous nos yeux, et nous ne pouvons absolument rien y faire... a priori...

 

(1) Lire à ce sujet cet article du New York Times ; parmi les mesures refusées figurent d'interdire les banques de trop grande taille, séparer les activités de finance pour compte propre, modifier le modèle d'affaires des agences de rating qui octroient leurs notes à ceux-là même qui les payent, sans aucune indépendance.

(2) Selon l'auteur de Big Short, 500 milliards de subprimes étaient émis en une année, et la montagne enflait donc chaque année de 20 fois plus...

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