Alex Franck

AMBASSADEUR HUMANISTE INDIGNÉ

Alex Frank fut Ambassadeur Humaniste auprès de Chefs d’États et Dirigeants. Il est le dernier représentant d’une lignée qui opère dans l’ombre depuis 2500 ans et est à l’origine des moments les plus éclairés de l’Humanité. Les membres de cette lignée sont les personnages les plus secrets de l’Histoire. Aucune encyclopédie ne relate leur existence, même s’ils l'ont rédigée. Vous ne les trouverez pas sur Wikipédia, bien qu’ils l’aient fondé. Seuls quelques gouvernants, artistes et scientifiques les connaissent.

Aujourd'hui retraité et sans influence, Alex Frank vit en Suisse, pays fondé par la lignée. Il sort aujourd'hui de l'ombre pour lancer un appel à la raison et interpeler directement l'opinion.

Retrouvez Alex Frank dans l'essai qui retrace l'histoire secrète de la lignée de Socrate à nos jours sur amzn.to/2kJrjzt

et sur Facebook @LeManifesteAlexFrank ou Twitter @AlexFrank1751

Les Démocraties en danger, ou le coup d’état permanent

Ce qui est en jeu, c’est ni plus ni moins La Liberté, Notre Liberté

Nous sortons d’un week-end à haut risque en deux endroits du monde.

Près de nous, l’acte 12 des gilets jaunes en France.


Au Vénézuela, et même à Genève devant le Palais des Nations, les manifestations anti- et pro- Maduro, tandis que les militaires russes et états-uniens fourbissent leurs armes dans les pays frontaliers et se préparent l’un à attaquer, l’autre à défendre. Pendant ce temps, le peuple Vénézuélien, lui, subit ou espère les interventions étrangères. Cela n'est pas sans rappeler le renversement de Salvador Allende au Chili en 1973.

Deux événements, deux visions du monde, mais un seul et même phénomène qui nous concerne tous.

Sortons du débat de basse politique gauche-droite et examinons les faits.

Ce qui est en jeu, c’est le respect des règles civiques et institutions démocratiques librement acceptées. Et c’est le respect du peuple d’un pays démocratique souverain à décider de son propre sort.

Si nous tolérons et, pire, si nous fomentons, là-bas, des attaques contre le civisme et la démocratie, combien de temps faudra-t-il pour que nous le tolérions et le subissions ici? Sommes-nous déjà en train de le subir d'ailleurs?

Ce qui est en jeu, c’est ni plus ni moins La Liberté, Notre Liberté
Crédit: domaine public https://pxhere.com/fr/photo/938868
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Aux États-Unis

J’ai suffisamment écrit dans cette tribune contre les agissements et les propos de Trump pour que je ne sois pas taxé d’adepte de sa politique. Chacun sait bien que seul m’intéresse l’union, la démocratie, la liberté et la justice sociale.

Certains sont prompts à parler de coup d'état en parlant de Trump. En raison de sa prise de pouvoir à grand renfort de contre-vérité et de réseaux sociaux. En arguant aussi du système électoral qui élit le Président au suffrage indirect; le vote populaire aurait défait Trump tout comme il aurait défait Bush avant lui. On pense aussi aux deux récentes nominations de juges de la Cour Suprême, tous jeunes, nommés à vie pour assurer pour longtemps la continuité des volontés de leur camp. On se souvient des attaques violentes raciales à Charleston et des propos de Trump qui ont suivi. On pense aussi, et pas juste sous Trump, aux attitudes policières décriées contre les populations noires.

Mais que dire aussi des « dissidents » qui ont ouvertement écrit qu’ils agissaient « en secret » à l’intérieur du gouvernement pour empêcher les politiques de Trump de nuire plus que ses tweets ne le font déjà? Dans le New-York Times, ouvertement anti-Trump, alors qu’on s’interrogeait sur qui pouvait bien être cette source bienveillante, nul ne semblait se préoccuper de savoir si de tels agissements pouvaient s’apparenter à un coup d’état silencieux.

Parce que dans ce cas de figure, le coup parait « légitime » aux yeux de ceux qui écrivent et lisent l’article. Et je dois bien admettre que c’est au prix d’un effort civique et intellectuel virulent que je n’admets pas cette légitimité. Car dans le fond, je suis plutôt heureux que l’on ralentisse Trump, mais démocratiquement, civiquement, je sais bien que ce n’est pas acceptable, car c’est refuser le résultat du processus démocratique.

Au Venezuela

Au Venezuela, le leader de la majorité parlementaire s'est auto-proclamé Président.

Un parallèle français serait la victoire parlementaire de l'opposition au Président Mitterrand en 1986 puis en 1993 ; imaginez Chirac s'auto-proclamer président légitime... ou imaginez aujourd'hui n'importe quel député de l'opposition en France faire de même, au motif que la côte de popularité de Macron est au plus bas, ou qu'il ne doit sa victoire qu'à sa présence au deuxième tour contre Le Pen, grâce à 24% des voix au premier tour, et donc qu'il ne serait pas légitime.

Cela porterait un nom : au plus un coup d'état, au moins un coup d’esbroufe médiatique. En tout cas, c'est jeter de l'huile sur le feu, provoquer des manifestations et contre-manifestations, au risque prémédité de créer des violences et contre-violences. C'est de toute façon anti-constitutionnel et peut appeler à une réaction légitime du gouvernement élu, que l'opposition et les gouvernements étrangers s'empresseront de nommer des exactions policières injustifiées, un « muselage » de l'opposition, voire un « emprisonnement politique ».

Au Venezuela, la légitimité « médiatique » est du côté du « putschiste ». Tandis que le président démocratiquement élu est désigné par tous les médias comme un « dictateur ». De nombreux gouvernements étrangers demandent la tenue de nouvelles élections présidentielles, 6 mois après le résultat qui ne leur convient pas.

Mais d’où vient donc ce concept de « dictateur » dont on affuble Maduro et avant lui Chavez?

Prenons le temps d'y réfléchir en dehors de toute idéologie politico-économique, et uniquement en termes de civisme et d'exercice de la démocratie.

Depuis la première élection de Chavez en 1998, jamais le processus électoral vénézuélien n’a été mis en défaut. La Fondation Carter y veillait et a même présenté en 2012 la démocratie vénézuélienne comme la meilleure du monde [1].


Lorsque les élections parlementaires ont été remportées en 2015 par l’opposition à Maduro, personne n’a remis en question le processus électoral. Et le gouvernement a accepté la victoire de l'opposition.

Par contre, lors des dernières élections présidentielles de mai, alors que le gouvernement Maduro a appelé les observateurs étrangers à venir en constater la régularité, personne ne s’est déplacé. L’ancien chef du gouvernement espagnol Jose Luis Zapatero, membre d’une commission de conciliation européenne, déclarait en mai 2018 que cela revenait à se donner les moyens par avance de pouvoir critiquer le résultat des élections.

Dans une précédente chronique, je rappelais que dans une interview juste avant les élections, le candidat de l’opposition déclarait que les élections présidentielles ne seraient légitimes que s’il en sortait vainqueur…

La seule chose qui compte pour les gouvernements occidentaux et en particulier pour le grand voisin états-unien, c’est qu’il est proprement inacceptable qu’un gouvernement avec une telle idéologie reste au pouvoir en Amérique latine, en particulier dans un pays qui possède les plus grandes réserves mondiales de pétrole. Double peine pour le voisin du Nord qui n'en est pas à ses coups d'essai de soutien actif aux putschistes dans son arrière-cour d'Amérique latine.

Tout le reste, c’est de la dialectique politicienne et médiatique pour parer de légitimité le renversement d’un régime démocratiquement élu. Peu importe ce qu'en pense la majorité de son propre peuple.

En France

En France, l‘acte 12 des gilets jaunes avait comme thème principal le non usage des armes dangereuses contre les manifestants.

La colère française s’exprime par des marches, des occupations de ronds-points, mais aussi par des débordements de casseurs et par les réactions des forces de l’ordre. Dans une dictature, on appellerait cela des violences policières injustifiées contre le peuple. Dans une démocratie, on appelle cela le maintien de l’ordre républicain. 

C’est de la sémantique. Mais c’est important.

Quand Trump critique Macron dans sa gestion du mouvement Gilets Jaunes, Macron le prie de s’occuper de son propre pays et en d’autres termes lui dénie tout droit d’ingérence.

En revanche, dans l’exemple vénézuélien, l’ingérence est légitime, puisque l’on protège un peuple contre son « dictateur ». Le mot dictateur ayant été lâché, toute action contre lui se pare de vertu.

A titre d'exemple, durant la révolution française, les monarchies européennes ont envoyé leurs armées en France pour rétablir le roi, leur cousin, sur son trône, au mépris des volontés du peuple français qui s'est défendu « l'étendard sanglant élevé ».

Les éléments de langage

En politique médiatique, on appelle cela des « éléments de langage ». Il s’agit de mots clés que les porte-paroles ont le devoir et le devoir d'utiliser en toute circonstance. Une phrase par mot-clé ; un mot-clé par phrase. Matraqué. Encore et encore. Sans nuance. Quand on veut convaincre la population, on ne va pas commencer à faire dans la nuance, l'équilibre des points de vue, la finesse et l’analyse...

Peu importe la recherche de la vérité, seule compte la victoire par chaos médiatique

L’émission « Quotidien » sur TMC s’est fait une spécialité de montrer un zapping de l’utilisation de ces éléments de langage définis centralement par l’équipe de communication du gouvernement et répétés à l’envi par tous les ministres dans toutes leurs interventions médiatiques. Des marionnettes dont on encadre la liberté de penser et de parler, généralement selon un cycle hebdomadaire ; le mot de la semaine sera... « le grand débat ».

Passe encore pour les ministres, mais quid des auditeurs, de nous? A-t-on le droit et le devoir de penser? Nous laisse-t-on seulement la possibilité d’exercer notre sens critique et civique?

Et quid des médias? ont-ils le droit et le devoir d’analyser et de contre-balancer les points de vue? ou sont-ils juste là pour servir de caisse de résonance aux porte-paroles qui y déversent leurs éléments de langage? J'ai bien écrit résonance, et non pas raison-ance. Certains le font, mais pas tous et pas systématiquement, quel que soit l'enjeu du débat.

En Suisse, Démocratie directe contre Démocratie représentative

En Suisse, nous sommes un brin protégé par notre système vertueux de Démocratie directe qui place le peuple comme seul souverain, et par un système politique plus proche de « la milice » que du professionnalisme, moins enclin donc aux dérives. Ce système force au débat, donc au civisme.

Pourtant, des voix s'élèvent en Suisse pour critiquer et restreindre le droit d'initiative, alors qu'en France, les gilets jaunes se réfèrent à la Suisse pour réclamer ce droit. Parfois, on ne sait ce que l'on a... que quand on le perd.

Dans l’Union Européenne 

La France et les Pays Bas ont rejeté le projet de constitution européenne par voie de référendum en 2005.

Qu'à cela ne tienne, le traité de Lisbonne reprend en 2007 l'essentiel du projet et est ratifié par voie parlementaire sans repasser devant le peuple français et néerlandais (seul l'Irlande et ce fut compliqué utilisa le référendum). Le gouvernement français est alors très critiqué. Est-ce un hasard si on retrouve parmi les soutiens aux gilets jaunes nombre de partis très hostiles à ce qui fut qualifié de passage en force ?

Bien souvent, on ne prend les armes que parce qu'on ne nous a pas laissé prendre la parole.


Car, tout comme lors de l'élection de Trump, c'est la démocratie représentative qui est critiquée. Critiquée, car elle est fragile, aisément manipulable et usurpable par des experts techniques et des lobbys représentant les intérêts des milieux d'affaires.

L'époque actuelle appelle à une réflexion sur l'avenir de la démocratie en général et sur l'exercice vertueux de la démocratie représentative en particulier

Churchill disait que la démocratie était le pire des systèmes à l'exception de tous les autres.

On peut améliorer l'exercice de la démocratie en introduisant une dose de droit d'initiative citoyenne, pour contrebalancer les risques de la représentativité, telle une épée de Damoclès vertueuse au-dessus de la tête des représentants.

Des éléments de langage aux Fake News, poison pour la Démocratie

Partout la communication et les éléments de langage sont utilisés pour manipuler nos consciences et obscurcir notre jugement. Les fake news existent de tous bords. Elles arrangent certains et dérangent d'autres. Mais tout le monde les utilise et peu ou pas de médias exercent leur vigilance de manière constante et pas juste quand cela est opportun.

Il est pourtant de notre devoir de lutter contre les fake news de quelque bord qu'elles proviennent. Car les fake news sont un poison pour la Démocratie. Les gouvernements qui les dénoncent sont bien mal inspirés quand ils les utilisent à leur avantage, car ils ne font que légitimer d'un côté ce qu'ils dénoncent de l'autre.

Restons extrêmement vigilants et civiques, cherchons toujours la vérité, car à chaque coup de boutoir, c’est la Démocratie et nos libertés que l’on ébranle, nous dirigeant chaque jour davantage vers une démocratie usurpée par ce que l'on nomme aujourd'hui avec mépris les élites ; alors que les élites intellectuelles d'avant étaient vertueuses et sages, les élites que l'on dénonce aujourd'hui sont technocratiques et affairistes. Démocratie usurpée, donc, par une minorité, avec le consentement non éclairé d’une majorité anesthésiée et privée de sa capacité de jugement.

Le coup d’état parfait, invisible, indolore, durable.

Comme disait Ed Murrow à la fin de son journal du soir sur CBS:

Good night... and good luck!

>> À lire aussi: Bonne nuit et bonne chance


[1] Carter Center sur la démocratie au Venezuela : https://www.cartercenter.org/countries/venezuela.html. Le Carter Center a notamment œuvré pour réduire la polarisation de la société et renforcer un journalisme professionnel non politisé.

Carter en 2012: « En réalité, sur les 92 élections dont nous avons surveillé le déroulement, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde ». http://bfmbusiness.bfmtv.com/bourse/carter-affirme-processus-electoral-venezuela-est-meilleur-monde-341476.html.

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