Alex Franck

AMBASSADEUR HUMANISTE INDIGNÉ

Alex Frank fut Ambassadeur Humaniste auprès de Chefs d’États et Dirigeants. Avec sa lignée, ils opèrent dans l’ombre depuis 2500 ans et sont à l’origine des moments les plus éclairés de l’Humanité. Ce sont les personnages les plus secrets de l’Histoire. Aucune encyclopédie ne relate leur existence, même s’ils l'ont rédigée. Vous ne les trouverez pas sur Wikipédia, bien qu’ils l’aient fondé. Seuls quelques gouvernants, artistes et scientifiques les connaissent.

Aujourd'hui retraité et sans influence, Alex Frank vit en Suisse, pays fondé par la lignée. Il sort aujourd'hui de l'ombre pour lancer un appel à la raison et interpeler directement l'opinion.

Retrouvez également Alex Frank sur Facebook @LeManifesteAlexFrank et Twitter @AlexFrank1751

La faute à la technologie?

Ce n'est pas à quelle vitesse nous courrons qui compte, mais si nous arrivons ensemble...

L'élection américaine s'est déroulée en même temps que le Web Summit de Lisbonne. Occasion pour la communauté des nouvelles technologies et la Silicon Valley de dire leur mécontentement et de faire leur auto-critique face aux résultats des urnes. Il faut dire que les discours du nouveau Président-élu à leur encontre ne sont pas tendres.

Les plus geek et romanesques d'entre eux, qui se voient comme les chevaliers des temps modernes en lutte contre l'establishment, s'insurgent qu'on leur ait volé la vedette sur ce thème et, pire, qu'on ait utilisé leurs outils "contre eux" (on pense à l'influence de Twitter et Facebook notamment, déversoir de messages dont la profondeur ne dépasse guère la taille d'écran d'un smartphone ou les 140 caractères de Twitter - on ne peut pas à la fois réduire le format d'expression et privilégier le divertissement qui favorisent la vente de pub, et en même temps regretter que les gens soient mal informés; on récolte toujours ce que l'on sème).

Les plus modérés appellent au calme en disant que rien ne changera vraiment une fois passés les soubresauts initiaux : la poussière finit toujours par retomber, les Américains adorent cette formule "when the dust settles". Il y a d'ailleurs des chances pour que cela se passe ainsi. Le système américain est assez contraignant pour son Président qui n'a pas complètement les coudées franches. Ce serait en outre bien la première fois qu'un Président élu tient ses promesses. Soit il les tient, toutes, et l'on va au-devant de... quelque chose de différent dirons-nous, soit il ne les tient pas, et c'est tout aussi inquiétant, car comment réagiront ceux qui ont voté pour lui en signe d'ultime protestation démocratique ? Quels moyens utiliseront-ils désormais si leur vote ne leur amène pas le salut qu'on leur a promis ? et ce d'autant plus qu'on a exacerbé leurs revendications et creusé les clivages ? que se passe-t-il quand on souffle sur les braises et qu'on se défile au moment de jouer les pompiers ?

Les plus clairvoyants sont peu nombreux et se disent qu'au fond ils étaient un peu dans leur bulle et ne se sont pas rendus compte du fossé qu'ils creusaient derrière eux.

La plupart se disent : on a perdu, mais on a appris. Vraiment ?

Nous verrons bien une fois la poussière retombée, en fonction des mesures prises et de leurs impacts, qui a perdu quoi exactement, mais qu’avons-nous appris de tout ceci ? Soyons plus précis.

Avons-nous appris que ce n'est pas à quelle vitesse nous courrons qui compte, mais combien nous suivent et qui nous semons en route dans notre course au « progrès » ?

Quel progrès d'ailleurs, pour qui et pour quoi ?

Les leaders de la Globalisation accélérée par la Technologie n'ont pas perçu quelle révolution ils étaient en train de susciter. Le World Economic Forum de Davos a lancé en 2016 le terme de 4ème révolution industrielle, quand le Digital, l'Internet des Objets, la Robotique et l'Intelligence Artificielle se rencontrent pour se mettre à travailler seuls, sans emploi humain. Les emplois de demain dans le secteur marchand automatisable (y compris donc dans une grande partie des services, dont la finance) seront des managers, des commerciaux et des scientifiques. Et encore pas n'importe quel scientifique ; il faut désormais être toujours plus spécialisé, puisque le savoir est rapidement codifié dans des ordinateurs. Du coup, même les sur-diplômés peuvent se retrouver demain non seulement dépassés, mais aussi non transférables, car détenteurs d'un savoir hyper-pointu. Leur capacité à apprendre et à s’adapter est pourtant hyper-transférable, mais dans un monde où règne le court-terme, on ne laisse plus le temps de s’adapter, on veut directement exploiter. Inutile donc. Reste simplement à coordonner tous ces silos verticaux et à vendre ce qui en sort: managers et commerciaux donc (qui devront toutefois avoir une culture scientifique plus avancée qu'aujourd'hui). C'est très résumé, mais c'est çà. Bien.

Une révolution a besoin du peuple. Mauvaise pioche. Cette révolution-ci a entraîné le peuple dans une autre voie, celle de la rébellion démocratique.

Rejet d'un système politico-économique (les fameuses élites et leurs lobbies) vu comme ayant accaparé les fruits du progrès.

Et rébellion contre ce système technico-économique qui, quelles que soient ses bonnes intentions (progrès scientifique, réduction des tâches pénibles et répétitives, amélioration de la productivité donc normalement du bien-être économique, etc.), est allé beaucoup trop vite, comme au temps de la conquête de l'Ouest, à bride abattue. Parfois même plus vite que les règlementations, frôlant l'illégalité quand il n'a pas carrément versé dedans. En tout cas plus vite que la société et la capacité d'adaptation des lois et de la majeure partie de la population. D’abord les cols bleus, puis les cols gris, aujourd’hui les cols blancs. Personne n’est à l’abri de ce progrès-là.

Les start-ups adorent le mot disruption: cette possibilité de rebattre les cartes d'un marché et d'en déstabiliser ses acteurs historiques par la technologie. Si vous couplez cette avancée technologique, désormais libérée à une vitesse exponentielle dès lors que l'on a marié pour le meilleur et pour le pire Internet-Mobilité-Données-Objets-Robots-Intelligence Artificielle, au marché libre et à la globalisation dont l'un des effets est de déplacer la production, le capital et l'emploi là où cela nous arrange à court terme en fonction des coûts et de la fiscalité, qui a-t-on vraiment disrupté ? la population. Qui l'a aidé à anticiper ce changement et à y faire face ? personne. Que vote-t-elle ? Brexit hier, Trump aujourd'hui, dans un effort vain d'arrêter le temps.

Là est le véritable succès de Donald Trump : il a gagné des adeptes parmi les millions qui ne pouvaient pas suivre cette course. Il a certes su utiliser les outils de communication d'aujourd'hui, mais il n'a pas gagné grâce à ces technologies, il a gagné à cause d'elles. Il a gagné à cause de la fracture entre ceux qui profitent des progrès et ceux qui ne peuvent monter dans un train lancé à toute vitesse et qui a perdu ses freins et sa boussole.

L’ironie, c’est que la mondialisation et la technologie ont fourni le mobile et les moyens pour être perméable à son discours.

Ce n’est pas une raison pour arrêter la mondialisation et la technologie. Qui le pourrait d'ailleurs ? Mais c’est une raison de réfléchir à la manière de donner un sens au progrès et de le rendre durable. Comment amener les populations à vivre et embrasser le changement sans crainte, plutôt qu'à le repousser et y préférer le repli ? Ceux qui ont voté pour le Brexit et pour Donald Trump ne sont pas nécessairement contre le progrès, ils sont contre ce progrès-là, celui qui divise. Mais ils ne s’en rendent généralement compte que quand ils en deviennent victimes ; tant qu’ils en profitent, ils continuent à l’alimenter.

Si nous ne sommes pas capables de définir un progrès positif pour tous, de l'accompagner et de guider, alors nous récolterons la révolte.

L'Islam radical est le moyen qu'ont trouvé certains pour un retour à leur tradition, en l'occurrence religieuse, tradition qui rassure face à la peur que suscite un monde nouveau. Le protectionnisme et l’État Nation de Trump et des populistes procèdent de la même démarche dans la nouvelle religion occidentale qu'est la loi du marché : chacun chez soi. Dans les deux cas, il s'agit d'un repli qui rassure.

Néanmoins, force est de constater que nous vivons tous sur la même Terre et que les frontières sont des constructions imaginaires pour se protéger (pas des loups, des autres hommes). Force est de constater que les progrès de la science et des techniques sont inarrêtables, qu'ils nous ont fait prendre conscience que cette Terre est une, nous ont donné les moyens d'y déplacer l'information à la vitesse de la lumière et nous en quelques heures, d'apprivoiser la nature pour le pire et pour le meilleur. Rien n'arrêtera donc cette globalisation-là (pas uniquement dans son acception économique, mais plus simplement au sens de l'évolution naturelle).

Toute la question est : qu'est-ce qui doit la guider ? L'économie est-elle un but ou un moyen ? Le court terme doit-il influencer le long terme ou est-ce l'inverse ?

Les pistes sont déjà connues : éducation, redistribution plus équitable et efficace des gains de productivité que génèrent les progrès technologiques, en réinvestissant notamment par anticipation dans des programmes de formation continue pour faciliter les transitions, exploitation de la puissance du Web dans sa vocation initiale de partage de la connaissance et de développement des savoirs, réflexions d'ordre éthique sur le sens du progrès, développement durable...

Mais on n'a pas pris la mesure du facteur temps qui va aujourd'hui beaucoup trop vite et appelle à des prises de décisions rapides et radicales, avant qu'il soit trop tard, avant que le retour de boomerang soit par trop violent, non pas pour arrêter le temps, mais pour accélérer notre adaptation, développer notre sens des responsabilités envers le bien commun, non seulement celui d'aujourd'hui, mais aussi celui de demain, à partir d'une gouvernance mondiale et locale à repenser. Toutefois, contrairement aux ordinateurs avec leur puissance de calcul, les humains ont leurs limites d'adaptation. La course cognitive entre l'homme et l'ordinateur est perdue d'avance.

Comment donc accompagner cette inévitable évolution sans perdre personne en route ? En arrêtant de courir, sans but, tel le hamster dans sa roue. Parfois, cela signifie simplement prendre notre temps. Prendre le temps de s’habituer, prendre le temps d'écouter, expliquer, informer, éduquer, soutenir, aider et apprendre, comprendre et anticiper, encadrer avec flexibilité, guider, investir dans du temps de qualité, pas juste le dépenser. En d’autres termes : accompagner le changement, pas juste le provoquer.

Nous irons peut-être moins vite, voire moins loin, mais nous arriverons ensemble. Ce sera peut-être même agréable.

Le changement est comme un ressort : Si vous tirez dessus trop fort ou trop vite, vous le cassez, vous restez avec la plus petite partie dans votre main (aïe, vous avez vu comme çà fait mal?), et le reste repart en arrière, jusqu'à son point de départ, parfois même au-delà...

Il y a quelques jours, Le Monde a publié un sondage montrant que 77% des sondés pensent que la démocratie fonctionne de moins en moins bien, c'est 14 point de plus qu'en 2014! un tiers pense que d'autres systèmes peuvent être aussi bons, 20% plaident pour un système autoritaire... oups!

Quand je repense aux grandes dépressions économiques ou aux champs de bataille, leurs racines, toujours les mêmes, leurs conséquences, toujours les mêmes aussi, je me demande si nous apprenons vraiment jamais. Un pas en avant, deux pas en arrière. Dans nos meilleurs moments, c'est deux en avant, un en arrière. Nous semblons aimer cette danse. Et si nous essayions un seul pas en avant et rarement en arrière, plutôt légèrement sur le côté, tout le temps ?

Nous verrons si nous apprenons quelque chose cette fois. Il faut savoir prendre son temps. Mais là, que de temps perdu.

 

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