Alex Franck

AMBASSADEUR HUMANISTE INDIGNÉ

Alex Frank fut Ambassadeur Humaniste auprès de Chefs d’États et Dirigeants. Avec sa lignée, ils opèrent dans l’ombre depuis 2500 ans et sont à l’origine des moments les plus éclairés de l’Humanité. Ce sont les personnages les plus secrets de l’Histoire. Aucune encyclopédie ne relate leur existence, même s’ils l'ont rédigée. Vous ne les trouverez pas sur Wikipédia, bien qu’ils l’aient fondé. Seuls quelques gouvernants, artistes et scientifiques les connaissent.

Aujourd'hui retraité et sans influence, Alex Frank vit en Suisse, pays fondé par la lignée. Il sort aujourd'hui de l'ombre pour lancer un appel à la raison et interpeler directement l'opinion.

Retrouvez également Alex Frank sur Facebook @LeManifesteAlexFrank et Twitter @AlexFrank1751

De la juste définition du libéralisme

Parce qu'il n’est pas responsable de déshabiller l’État sans habiller le citoyen...

Avenir Suisse, think tank suisse libéral, définit ce qu’il entend par « libéral » et appelle à une concurrence des idées. Voici donc une idée concurrente. Ou plutôt « coopétitive ».

Je suis moi-même libéral, mais au sens originel, classique et humaniste du terme, en ce qu’il vise la liberté, le libre-arbitre et l'égalité.

Le libéralisme défini par Avenir Suisse aujourd'hui me semble réduit à sa portion congrue de libéralisme économique. J’y vois un danger.

Pour que mon propos soit bien compris, je vais en appeler au Boston Consulting Group, qu’on ne peut guère accuser d’épouser des idées économiques non libérales.

Ainsi, à propos de l’analyse des faits que préconise Avenir Suisse, je renvoie à ce billet du 26 juillet 2016 du BCG "Sauver la Globalisation et la Technologie d’elles-mêmes".

Le titre est suffisamment parlant pour que je ne m’étende pas. Le BCG fait le lien entre le Brexit, les inégalités et les laissés-pour-compte de la globalisation et des progrès technologiques pour finalement en appeler à un sursaut des chefs d’entreprise.

Et voilà bien le problème de ce constat : la croissance déraille, il faut se préoccuper d’une croissance plus équilibrée, et il faut en appeler aux milieux d’affaires. Qui d'autre pourrait s’en charger, puisque le libéralisme purement économique s’est si bien occupé de substituer la loi du marché libre à celle des institutions publiques et des États ? Le rôle de la régulation par des organes élus démocratiquement était précisément de se préoccuper de la vie d’une Cité juste.

Les États pouvaient être régulés par les votes des citoyens. Quelle place a le citoyen dans la régulation du marché ?

En devenant doctrine politique, le libéralisme économique a réduit la marge de manœuvre des gouvernants et au lieu qu’ils soient porteurs de visions de société, ils sont devenus clientélistes, voire populistes, chasseurs de voix pour l’exercice du pouvoir et chasseurs de fonds pour financer leurs campagnes, détournant par là-même l'exercice de la démocratie qui s’est défait des débats sociétaux fondamentaux.

Ce n’était pas le sens premier de la politique, plus exactement de la Politeia, qui se préoccupe de la vie de la Cité et veut concilier le développement des individus et celui d'une société civilisée dans laquelle ils pourront tous s'épanouir.

Comme on le lit dans la République,

l’homme est aussi juste que la société dans laquelle il vit - Platon

Cet abandon de la Politeia a été favorisé, suscité ou amplifié, par les médias qui, comme au temps des arènes de Rome, ne visent qu'à divertir (je rappelle cette phrase du patron de TF1 en 2004 « mon travail est de vendre à Coca-Cola un maximum de temps de cerveau disponible »); d’autant plus lorsqu’ils sont passés sur Internet en général et Facebook en particulier.

L’info-spectacle, dont la profondeur d’analyse ne dépasse pas la taille d’écran d’un smartphone, a supplanté l’information à vocation d’éducation et de mise en perspective critique et transparente.

Moins d’État, moins de régulation, moins de politiciens au sens de la Politeia, moins d’information transparente et profonde, que reste-t-il aux citoyens pour comprendre les enjeux et faire entendre leur voix de manière éclairée ?

En Suisse, nous avons la chance de bénéficier de la démocratie directe. Soupape de sécurité par le biais des initiatives et référendum, pour se faire entendre et susciter des débats. Ultime rempart protecteur de la démocratie.

C’est certainement ce qui favorise le consensus, la recherche d’équilibre, si caractéristique de la politique suisse. Car chaque décision politique est à la merci d’être défaite par le citoyen. C’est un système de régulation qui transcende l’élection des gouvernants, car même eux sont faillibles; système d’autant plus utile donc que ces politiciens ont de moins en moins d’influence.

Pourtant, Avenir Suisse préconise de réduire les prérogatives d'initiative populaire.

On peut craindre les débats et les résultats ; mais la juste réponse est d’élever le débat, pas de le clore.

On peut juger le coût trop élevé ; cherchons le moyen de l’optimiser en tirant notamment parti des progrès du vote électronique.

Pour un libéral classique et humaniste, il n’est pas responsable de déshabiller l’État sans habiller le citoyen.

Le libéralisme économique est, par construction, individualiste. Ce n’est pas une critique, c’est une définition sur Wikipedia: Economic liberalism, the ideological belief in organizing the economy on individualist lines.

Les agents du libéralisme économique ne peuvent donc qu'être guidés par les intérêts à court terme des individus. Le BCG lui-même le rappelle dans son article: the tough constraints that CEOs face in attempting to transcend the intense focus on short-term returns.

Il est donc impératif d’établir un équilibre avec le groupe et le long terme. Qui peut incarner cet équilibre ? Avec quelle gouvernance ? Comment le citoyen peut-il en décider démocratiquement ? Voilà des questions cruciales pour un vrai libéral.

Aujourd'hui, la vitesse de la globalisation et des technologies a largement dépassé la capacité d'adaptation des individus par l'éducation et des États par la Politeia.

Les États à la traîne en sont réduits à tendre un filet social qui est de plus en plus remis en question d’ailleurs... L’aide sociale est la variable d’ajustement qui compense les progrès et les changements de société. Ces changements sont exponentiels. Le besoin d’aide aussi.

Adam Smith lui-même considère la régulation comme nécessaire et ne recommande pas le laisser-faire. Car c’est un leurre, une vision élitiste, que de penser que tout le monde peut suivre et s’adapter. Tous les pompistes sont-ils devenus caissiers ?

Cela ne veut pas dire qu’il faille lutter contre la globalisation ou la technologie, le phénomène n'est pas arrêtable d'ailleurs, cela veut dire qu’il faut l’accompagner et encore mieux l’anticiper.

Il ne faut pas plus ou trop d’État, il faut plus de Politeia qui se saisisse vraiment des enjeux actuels.

Le risque est que le libéralisme économique comme seul doctrine nous entraîne vers la fin du libéralisme humaniste auquel ne pourra se substituer qu'une forme de totalitarisme. Le pire scénario pour une "main invisible".

Adam Smith, l’auteur non seulement de la Richesse des nations mais aussi de la Théorie des sentiments moraux, n’a jamais voulu cela.

Je suis libéral jusqu'au point que je sais ne pas pouvoir être libre et exercer mon libre-arbitre sans un collectif juste et civilisé.

J'attends plus de prospective et de clairvoyance collective de la part d'Avenir Suisse. Plus de démocratie directe. Plus d’éducation, de formation continue et de médias responsables, préalable à l’exercice éclairé du droit de vote. Plus de libéralisme humaniste.

L'idée de poser un cierge sur le seul autel du libéralisme économique dépourvu de Politeia, est au mieux de la naïveté, au pire de la manipulation intellectuelle.

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