Alex Franck

AMBASSADEUR HUMANISTE INDIGNÉ

Alex Frank fut Ambassadeur Humaniste auprès de Chefs d’États et Dirigeants. Il est le dernier représentant d’une lignée qui opère dans l’ombre depuis 2500 ans et est à l’origine des moments les plus éclairés de l’Humanité. Les membres de cette lignée sont les personnages les plus secrets de l’Histoire. Aucune encyclopédie ne relate leur existence, même s’ils l'ont rédigée. Vous ne les trouverez pas sur Wikipédia, bien qu’ils l’aient fondé. Seuls quelques gouvernants, artistes et scientifiques les connaissent.

Aujourd'hui retraité et sans influence, Alex Frank vit en Suisse, pays fondé par la lignée. Il sort aujourd'hui de l'ombre pour lancer un appel à la raison et interpeler directement l'opinion.

Retrouvez Alex Frank dans l'essai qui retrace l'histoire secrète de la lignée de Socrate à nos jours sur amzn.to/2kJrjzt

et sur Facebook @LeManifesteAlexFrank ou Twitter @AlexFrank1751

Bonne nuit et bonne chance

"Nous sommes engagés dans une grande expérience pour découvrir si une opinion publique libre peut concevoir et diriger les affaires de la nation" - Ed Murrow, journaliste vedette de CBS, en 1956

Good night and good luck : je ponctue le plus souvent mes billets par cette conclusion du présentateur vedette Ed Murrow à la fin de ses interventions iconiques sur CBS dans les années 50.

Ed Murrow by David Moore, 1956
Ed Murrow by David Moore, 1956

En 1956, à la convention de l’association des télédiffuseurs, Ed Murrow prononce un discours qui fait date sur les risques et opportunités que représentent les médias de masse de l'époque, radio et télévision.


Le maître de cérémonie le présente comme le fameux journaliste défenseur des droits civiques qui a notamment osé confronté McCarthy et a contribué à obtenir qu’il soit désavoué par le Sénat en 1954.

Ce discours est prononcé dès 1956 et rappelle, anticipe (voire inspire?) le fameux discours de fin de mandat d’Eisenhower de 1961 qui appelle à la vigilance des gouvernants et des peuples:

Dans les conseils du gouvernement, nous devons prendre garde à l'acquisition d'une influence illégitime, qu'elle soit recherchée ou non, par le complexe militaro-industriel. Le risque d'un développement désastreux d'un pouvoir usurpé existe et persistera.

Quelques mois plus tard, le tout nouveau président John F. Kennedy s’adresse aux médias et leur demande leur aide dans

L’immense tâche d’informer et alerter pour éviter les effets du déploiement d’une influence basée sur l'infiltration plutôt que l'invasion, utilisant la subversion plutôt que les élections et l'intimidation au lieu du libre-arbitre.

Je traduis ici un extrait en français de ce discours d’Edward Murrow.

Inspirant et ô combien nécessaire dans nos temps actuels.[1]

Et à ceux qui ne l’ont pas vu, je recommande le film de George Clooney « Good night and Good luck » qui relate cette histoire d’un journalisme qui se bat pour la vérité, le civisme et l’éveil du sens critique des téléspectateurs.

C'était il y a 60 ans. Qu'est-ce qui a changé depuis? On peut remplacer le mot télévision par réseaux sociaux pour coller à notre époque et le constat alarmant et l'extrême besoin de réveil des consciences n'en sont que plus criants.

D'autant plus criant que sur les réseaux sociaux lus depuis un smartphone, on ne se contente souvent que des 140 caractères de Twitter; Twitter a augmenté la limite à 280, ouf on peut enfin s'exprimer... assez pour déverser des slogans abêtissants ou des fake news, trop peu pour amener à réfléchir et exercer son sens critique.

Une fois n'est pas coutume; prenons un peu de temps pour relire ce discours vieux de 60 ans et espérons...

Bonne nuit... et bonne chance donc..


Cela pourrait ne faire du bien à personne. À la fin de ce discours, quelques personnes peuvent accuser ce journaliste de souiller son propre nid confortable, et votre organisation peut être accusée d’avoir accueilli des pensées hérétiques et même dangereuses. Mais je suis persuadé que la structure élaborée des réseaux, des agences de publicité et des sponsors ne sera ni ébranlée ni modifiée.

C’est mon désir, sinon mon devoir, d’essayer de vous entretenir avec une certaine franchise sur ce qui se passe à la radio et à la télévision dans ce pays généreux et vaste. Je n'ai aucun conseil technique à donner à ceux d'entre vous qui travaillent dans ce vignoble qui produit des mots et des images. Je suis sûr que vous me pardonnerez de ne pas vous avoir dit que les instruments avec lesquels vous travaillez sont miraculeux, que votre responsabilité est sans précédent ou que vos aspirations sont souvent frustrées. Il n'est pas nécessaire de vous rappeler que votre voix, amplifiée au point de parcourir le pays d’un bout à l'autre, ne vous confère pas une plus grande sagesse que lorsqu'elle n'atteint que l’autre bout du bar. Tout cela vous le savez.<…>

J'ai décidé d'exprimer mon inquiétude à propos de ce que je pense être en train de se passer pour la radio et la télévision. <...> Je suis saisi d'une crainte constante quant à l'impact de ces deux instruments sur notre société, notre culture et notre patrimoine.


Notre histoire sera ce que nous en faisons. Et s’il y a des historiens d’ici environ cinquante ou cent ans et qu’il faudrait conserver les enregistrements pendant une semaine, les trois réseaux y trouveront des traces écrites en noir et blanc, ou peut-être en couleur, des signes de décadence, d’évasion et d'isolation des réalités du monde dans lequel nous vivons <…> Si cet état de fait se poursuit, nous pourrons nous réapproprier le slogan publicitaire: regardez maintenant et payez plus tard.


Car nous allons certainement payer pour utiliser cet instrument de communication des plus puissants pour isoler les citoyens des réalités difficiles et exigeantes auxquelles nous devons vraiment faire face si nous voulons survivre. Et je veux dire le mot survivre, littéralement. <…>

Je suis tout à fait persuadé que le public est plus raisonnable, modéré et plus mature que la plupart des planificateurs de programmes de notre industrie ne le pensent. Leur peur de la controverse n'est pas justifiée par les preuves. J'ai beaucoup de raisons de savoir, comme beaucoup d'entre vous, que lorsque les éléments de preuve relatifs à un sujet controversé sont présentés avec équité et calme, le public le reconnaît pour ce qu'il est: un effort pour éclairer plutôt que pour agiter.
<…>

Bien entendu, entreprendre une politique éditoriale, franche, clairement libellée et évidemment non sponsorisée, nécessite une station ou un réseau responsable. Aujourd'hui, la plupart des stations ne disposent probablement pas de la main-d'œuvre nécessaire pour assumer cette responsabilité, mais cette main-d'œuvre pourrait être recrutée. Les éditoriaux, bien sûr, ne seraient pas rentables. S'ils étaient tranchants, ils pourraient même offenser. Il est beaucoup plus facile, beaucoup moins gênant, d’utiliser cette machine rentable de télévision et radio comme simple moyen de diffuser ce qui sera payé pour n’être ni calomnieux, ni obscène, ni diffamatoire. De cette façon, on a l'illusion d'un pouvoir sans responsabilité. <…>

L’un des problèmes fondamentaux des informations à la radio et à la télévision est que les deux instruments sont devenus une combinaison incompatible de spectacles, publicités et informations.

À l'occasion, économie et jugement éditorial sont en conflit. Et aucune loi ne dit que les dollars seront vaincus par le devoir. <…>

Je suis effrayé par le déséquilibre, l’effort constant d’atteindre le plus large public possible pour tout. Heywood Broun a dit un jour: "Aucun corps politique n'est en santé tant qu'il n'a pas commencé à démanger."

J'aimerais que la télévision produise des pilules contre la démangeaison plutôt que ce flot incessant de tranquillisants.

Ça peut être fait. Peut-être que ça ne le sera pas, mais ça pourrait. <…>

Nous sommes engagés dans une grande expérience pour découvrir si une opinion publique libre peut concevoir et diriger la gestion des affaires de la nation.

Nous pouvons échouer. Mais en termes d’information, nous nous handicapons inutilement.

Ayons un peu de concurrence non seulement dans la vente de savons, de cigarettes et d’automobiles, mais aussi dans l’information d’un public troublé, inquiet mais réceptif. <…>

Nous sommes actuellement riches, gros, à l'aise et complaisants. Nous avons actuellement une allergie intrinsèque à des informations désagréables ou dérangeantes. Et nos médias reflètent cela. Mais à moins que nous ne récupérions nos excédents de graisse et que nous ne reconnaissions que

la télévision est principalement utilisée pour nous distraire, nous leurrer, nous amuser et nous isoler,

la télévision et ceux qui la financent, ceux qui la regardent et ceux qui y travaillent peuvent voir une image totalement différente trop tard. <…>

J'ai commencé par dire que notre histoire sera ce que nous en faisons. Si nous continuons comme nous sommes, alors

l'histoire se vengera et les représailles ne manqueront pas de nous rattraper.

Pour ceux qui disent que les gens ne regarderaient pas, ne seraient pas intéressés, seraient trop complaisants, indifférents et isolés, je ne peux que répondre: il existe, de l'avis d'un journaliste, des preuves considérables contre cette affirmation. Mais même s’ils ont raison, qu’ont-ils à perdre? Parce que s’ils ont raison et que cet instrument n’est bon que pour divertir et isoler, le tube vacille maintenant et nous verrons bientôt que toute la lutte est perdue.

Cet instrument peut enseigner, il peut illuminer;

oui et il peut même inspirer. Mais il ne peut le faire que dans la mesure où les humains sont déterminés à l’utiliser à ces fins. Sinon, ce ne sont que des fils et des lumières dans une boîte.

Il y a une grande et peut-être une bataille décisive à mener contre l'ignorance, l'intolérance et l'indifférence.

Cette arme de télévision pourrait être utile.

Stonewall Jackson, qui est généralement soupçonné d’avoir des connaissances en matière d’armes, aurait déclaré: "Quand la guerre éclatera, vous devez tirer l’épée et jeter le fourreau." Le problème avec la télévision est qu’elle rouille dans le fourreau lors d’une bataille pour la survie.

Merci pour votre patience.

(1956)


[1] Le discours original en anglais peut être trouvé ici https://www.rtdna.org/content/edward_r_murrow_s_1958_wires_lights_in_a_box_speech

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