RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

Adhérer à l’UE? Non au centralisme antidémocratique

Non, l’adhésion à l’Union européenne sous sa forme actuelle signifierait, à mon sens, trop de sacrifices pour que cela en vaille la peine. Certes, notre pays s’est déjà vu contraint d’adopter une majorité de lois et de règlements eurocompatibles. Mais de là à demander au peuple suisse d’accepter de voir ses droits démocratiques rabotés (référendum, initiative), il y a un sacré pas…

Comment cette union qui comprend aujourd’hui 28 pays pourrait-elle fonctionner à 38? Soit avec l’Albanie, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie, voire la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Moldavie et, qui sait, l’Islande, la Norvège et la Suisse un jour? Une seule solution semble possible: la mise en place d’un fédéralisme qui répartisse au mieux les pouvoirs et les compétences afin de sauvegarder la diversité dans l’unité. 

Si José Manuel Barroso prône un certain fédéralisme, celui-ci consiste à ce que les Etats délèguent davantage de pouvoir à Bruxelles. Or le fonctionnement actuel de l’Union européenne reflète le rôle dominant de quelques grands pays (France, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni), tandis que le Luxembourg, la Belgique et l’Autriche ne disposent d’aucune marge de manœuvre. D’ailleurs, à l’heure actuelle, l’Union européenne ne progresse plus, au contraire. L’Islande a même officiellement retiré sa demande d’adhésion le 12 mars dernier. A l’exception de tout petits Etats aux finances précaires, qui voudrait aujourd’hui franchir le pas?

L’attitude de l’Union européenne vis-à-vis de la Russie prouve son alignement quasi complet sur la ligne de l’OTAN. Or, comme le déclarait en mars dernier le directeur du renseignement militaire français devant la Commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale, «la vraie difficulté avec l’OTAN, c’est que le renseignement américain y est prépondérant, tandis que le renseignement français y est plus ou moins pris en compte». Autant dire que, si même pour un pays doté d’une armée puissante comme la France il est difficile de faire entendre sa voix, alors qu’en serait-il pour la Suisse? Pourrait-elle encore réellement offrir sa médiation entre les Etats-Unis et l’Iran, par exemple? Préserver sa neutralité deviendrait alors bien plus compliqué que faire gravir l’Himalaya à une personne paralysée.

Faut-il rappeler en quoi consiste le fédéralisme? Son principe est de ne déléguer à un pouvoir supérieur que ce que les Etats ne peuvent faire. Il en va ainsi généralement des affaires étrangères, de la sécurité, de la défense ou de la monnaie. Sous la pression de quelques grands pays, on constate que l’Union européenne souhaite gagner de nouvelles compétences au détriment de ses Etats membres, comme par exemple en matière fiscale. Un combat qui n’est pas gagné, mais qui montre la volonté de certains d’en faire une association puissante, dotée de nouveaux pouvoirs. 

Pas de mariage «forcé»

Des personnalités affirment que la voix de la Suisse serait mieux entendue une fois celle-ci membre de l’Union européenne. Outre que cela reste à prouver, je vois mal la population accepter un mariage arrangé. On pourrait même parler de mariage «forcé» tant l’Union européenne ne cesse de contraindre notre pays, ne lui laisse aucune marge de manœuvre et même ne cesse de l’humilier. 

Dans ces conditions, on voit difficilement notre pays vouloir lier son destin à celui d’une vaste union dirigée par quelques chefs au comportement fort peu respectueux des minorités. Qui rêverait d’un mariage forcé? Nous ne pouvons que regretter cette attitude et cette tendance centralisatrice, car la place de la Suisse politique pourrait correspondre à la place de la Suisse géographique, soit au centre de ce continent. Mais pour cela, encore faudrait-il que certaines nations cessent de pratiquer la contrainte et l’humiliation. A croire que ces pays ont d’ores et déjà oublié les conséquences de leurs actes. A l’image des suites du Traité de Versailles en 1919... 

 

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