Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

Actio personalis moritur cum persona

Vous avez entendu parler de Léon Vivien ? Il s’agit d’un enseignant né en 1885, marié, mobilisé dans la première guerre mondiale et qui nous fait partager son quotidien… via Facebook. Chaque jour, depuis l’assassinat de l’archiduc Ferdinand jusqu’aux anecdotes de chambrée, Léon nous fait découvrir la guerre dans ce qu’elle a de plus routinier et extraordinaire, en même temps que son état d’esprit du jour. On peut ainsi s’immerger dans les pensées d’un homme comme les autres au cœur d’événements pas comme les autres, entre peur, nostalgie, espoir. Une idée géniale mise en application par le Musée de la grande guerre de Meaux, une merveilleuse convergence entre passé et présent, le 2.0 servant de support aux archives, à l’Histoire.

Au-delà de permettre une approche didactique, Léon Vivien démontre bien d’autres choses :

  1. qu’avec l’arrivée du web, des réseaux sociaux, des blogs, l’Histoire devient réellement la somme des histoires ;
  2. que le recoupement d’informations de tous bords, d’émetteurs de tous types permet une lecture objective des événements ;
  3. que l’ignorance ne peut plus justifier l’indifférence face aux événements qui transfigurent le monde ;
  4. que le choix de nos amis virtuels détermine la vision du monde que nous nous construisons ;
  5. que l’absurdité ne peut plus compter sur le cautionnement d’un pouvoir et sur le silence de l’autre ;
  6. que n’importe lequel d’entre nous peut prendre une part active en repérant, partageant, commentant ;
  7. qu’il n’y a plus de soldat inconnu, mais, éventuellement des soldats non connectés.

A quoi ressembleront les Historiens d’après-demain ? Quels outils existeront afin de filtrer les contenus de façon optimale et déterminer la pertinence des sources lorsque chaque individu est potentiellement un média ? Les archéologues iront-ils creuser nos timelines ou nos comptes Instagram pour comprendre et interpréter notre quotidien ?

Chaque continent est désormais connecté (à plus ou moins grande échelle) à ses voisins et le monde est enfin devenu réellement un village. Bien sûr, comme dans un village, il appartient à chacun de choisir de ne pas voir la femme battue d’à côté, de ne pas s’intéresser au cousin qui a perdu son emploi, de ne pas questionner la boulangère dont le mari est au combat… Mais désormais, ce n’est plus une fatalité : celui qui veut savoir le peut. Il a le droit de se renseigner et les outils pour. En 1963, la commission Warren décidait que l’assassinat de JFK avait une explication : Lee Harvey Oswald. Le reste étant classé Secret d’Etat pour des questions de sécurité nationale. Un jour, peut-être, les archives (restantes) seront ouvertes au public et il saura la Vérité.

Désormais, le web est devenu un contre-pouvoir dont Facebook et sa population d’un milliard illustre la puissance… théorique. Parce que, factuellement, il n’est plus dans notre culture de citadin d’aller frapper à la porte du voisin pour faire sa connaissance ; pas plus que nous n’avons le réflexe d’envoyer des invitations virtuelles à ceux qui vivent hors de notre réseau social. Puisque le monde est un village, il est peut-être temps de nous comporter en villageois et d’aller parler avec le type de la maison d’à côté. Pour mieux connaître le village, pour mieux connaître l’Autre, pour mieux nous connaître nous-mêmes…

"La vérité est si obscurcie en ces temps et le mensonge si établi, qu’à moins d’aimer la vérité, on ne saurait la reconnaître." Blaise Pascal

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."