Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Achats d'obligations: le Japon annonce-t-il un crépuscule?

Alors que les anticipations d'un nouveau Quantitative Easing au Japon sont encore dans les marchés, voici quelques commentaires pouvant calmer les ardeurs des intervenants. Mais surtout, l'Empire du Soleil Levant pourrait induire des doutes sur la pérennité de la politique monétaire européenne.

En fait, la Banque Centrale du Japon (BOJ) pourrait ne pas soutenir le rythme d'achats obligataires mensuels... par manque d'obligations. Malgré les déclarations de M. Kuroda, le Gouverneur de la BOJ, tentant de convaincre son auditoire que la Banque centrale n'a pas de limite dans les actifs qu'elle peut acheter mensuellement, des dissidents se font entendre.

Le 30 avril dernier, lors du dernier meeting des dirigeants de la BOJ, M.Takahide Kiuchi a proposé de ralentir de 80 trillions de Yen (668 milliards USD) par an à 45 trillions de Yen. Cette annonce a fait l'effet d'une bombe, alors que la BOJ a démontré son échec dans la lutte pour le retour de l'inflation. Kiuchi a étayé ses propos sur le même argument que je propose souvent dans mon e-mail matinal ( Good Morning Geneva): l'asymétrie du risque obligataire en relation avec la baisse des taux de rendements. En effet, plus les taux sont bas plus le risque de perte est rapide et élevé en cas de retournement du marché obligataire.

Les autres membres ne l'ont pas suivi lors du dernier vote mais le premier nuage vient obscurcir le ciel de la BOJ, mais pas seulement... Malgré la même rhétorique, Mario Draghi, gouverneur de la BCE, a lancé son QE alors que les taux européens étaient déjà très bas, voire en territoire négatif... Que dire dans ce dernier cas de l'asymétrie du risque...

Comme l'Allemagne avec la BCE, par exemple, le programme d'émission du Japon ne couvrira pas la demande. Le gouvernement japonais va émettre 37 trillions de Yen sur l'exercice fiscale 2015. Ce qui signifie que la BOJ va devoir trouver dans le marché les 43 trillions de JGB restant auprès de banques ou d'autres porteurs. Cependant, tout comme en Europe, ces prêteurs ont besoin d'obligations pour cadrer les ratios prudentiels et la rentabilité de leurs fonds propres. Heureusement que le Government Pension Investment Fund (GPIF) s'était délesté de 9 trillions de Yen sur l'exercice 2014 quand il annonça son changement d'allocation en faveur des actions et des obligations étrangères. Mais ce flux va se tarir rapidement, le fonds approchant de son allocation cible.

Selon Barclays Japon, la BOJ sera à cours de "fuel" obligataire au printemps 2017. Cet abysse pourrait se rapprocher plus vite que prévu si la banque accélère son rythme d'achats. Certains estiment que l'échéance pourrait être la fin de cette année.

Kuroda et Draghi sont confiants concernant leurs capacités à tenir le rythme mais certains membres de la BOJ commencent à mettre en doute ce processus, et ils pourraient bien contaminer certains membres de la BCE...

 

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