Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

A qui profite la baisse du pétrole?

Il y a bien plus que de l’hydrocarbure dans un baril de pétrole. Depuis la mi-juin, nous assistons à un effondrement de plus de 23% du prix du baril. Celui-ci a même atteint son niveau le plus bas depuis plus de 2 ans. Bien évidemment, ce n’est pas la première fois que l’or noir subit une baisse de cette importance. Depuis 2006, on compte une dizaine de chutes d’une ampleur similaire. En revanche, cette chute revêt plusieurs dimensions très particulières. Conceptuellement, la cause de la chute est simple à comprendre. Il s’agit d’un déséquilibre entre l’offre et la demande. En effet, la demande s’est récemment contractée (l’IEA prévoit 92.4 millions de barils par jour pour 2014) car la faiblesse de la croissance des pays importateurs et la popularité des véhicules à basse consommation se traduit par une plus faible demande d’énergie. Mais, dans le même temps, l’offre de pétrole a augmenté à 93.8 mb/j en septembre, soit son niveau le plus haut depuis un an. La cause de ce déséquilibre tient à différents facteurs géopolitiques. Tout d'abord, la Libye et l’Irak avaient récemment connu une forte diminution de leur production, suite aux conflits qui sévissent dans ces pays. L’Arabie Saoudite avait alors compensé cette baisse en augmentant la sienne. La situation (pétrolière) revenue à la normale en Libye et en Irak, l’Arabie Saoudite refuse maintenant de faire machine arrière car cela représenterait un manque à gagner pour elle. D'autre part, les pays de l’OPEP n’ont absolument pas semblé vouloir baisser leur production pour pallier à cette chute. La raison à cela est simple, un faible prix permettrait de concurrencer le pétrole de schiste. Toutefois, la route reste longue car le seuil de rentabilité de ce dernier se trouverait sous les 70 $. Enfin, selon le New York Times, la chute serait une sanction américaine camouflée visant à affaiblir économiquement la Russie. Pour le journal, les Etats-Unis auraient spécifiquement demandé à Riyad de garder sa production inchangée au lieu de l’adapter à la demande. Sachant qu’aujourd’hui, plus d’un tiers du PIB russe provient du pétrole, une chute de plus de 25% du baril, sur un an, provoquerait, toutes choses égales par ailleurs, un peu moins de 10% de baisse du PIB. La sanction serait, en effet, très lourde. En théorie, une baisse de 10 $ du baril devrait transférer 0.5% du PIB mondial des pays exportateurs aux importateurs. Mais, on ne retrouve pas ces chiffres dans la réalité. Si l’on prend, par exemple, la zone euro et l’Arabie Saoudite, la première voit sa croissance chuter depuis avril dernier, tandis que la seconde obtient des prévisions de croissance toujours plus élevées. Néanmoins, la baisse du baril pénalise la majorité des autres pays exportateurs par le manque à gagner. Ainsi, ceux à qui profite cette baisse sont : l’Arabie Saoudite, qui a pu augmenter sa production, et les Etats-Unis, qui ont également pu le faire, au fil du temps, grâce au pétrole de schiste.

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