Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

A cane non magno sæpe tenetur aper.*

Big Brother. Pas la version de TF1, un « Grand frère » protecteur, veillant au bon développement de ses cadets, prêt à mettre quelques coups de pied aux fesses pour faire entrer les esprits rebelles dans le droit chemin, non, la version d’Orwell, le briseur de libertés fondamentales, le violeur de vie privée, le fossoyeur d’intimité.

Les NSA ou Facebook dans le rôle des méchants, et de l’autre, les Snowden et Wikileaks dans le rôle des gentils, des défenseurs, de la Justice. Car oui, le monde se divise en deux univers bien distincts : celui du Mal et celui du Bien. Vous me direz : bon, et comment je les reconnais, moi ?? Haha, facile : le Mal, ce sont les grandes institutions qui font de l’argent, les mercantiles, ceux qui se cachent pour encaisser, beaucoup, sur le dos des citoyens, des consommateurs, la masse ignorante, crédule, naïve. Le Bien, ce sont ceux qui dénoncent au grand jour, sans rien gagner, en en payant même le prix au péril de leur vie, devenant les ambassadeurs des citoyens, des consom’acteurs, la masse unie, forte, consciente.

Bien, bien, bien. Et si tout n’était pas aussi simple ? Si les méchants n’étaient pas que méchants et les gentils pas si gentils ? Et si nous n’étions ni la masse naïve, ni la masse consciente ? Ou les deux ? Car il faut bien le dire, la masse est paradoxale.

D’un côté, nous avançons dans un monde dans lequel la sécurité est devenue non pas une condition, mais une exigence. En même temps, alors que disparaissait peu à peu la notion désormais obsolète de « morale », perçue comme ringarde et trop reliée à la religion, la moralisation faisait son apparition, palliant par la contrainte collective ce qui devait initialement revenir à la responsabilité individuelle.

Comment ça, je m’égare ? Rien du tout. La responsabilité individuelle, c’est la clé de tout, le fondement de la liberté. En effet, il paraît impossible d’exiger d’un côté de l’Etat qu’il surveille nos enfants, protège nos déplacements, identifie les dangers potentiels de notre quotidien, et s’insurger de l’autre quand il place des caméras dans nos rues, des détecteurs dans nos aéroports et nos téléphones sur écoute. Evidemment, ce serait plus simple si seuls les méchants subissaient toutes ces mesures, mais connaître les méchants avant qu’ils n’agissent, ça n’existe que dans Columbo, pas dans la vraie vie.

De la même façon, il faudra bien, un jour, si on veut passer aux énergies renouvelables, accepter de voir poindre des éoliennes ou autres dans nos paysages, payer plus pour avoir du bio, accepter le fait que pour avoir accès à pléthore de sites gratuitement, il existe un modèle économique pour payer les millions de développeurs qui codent avec leurs petites mains. Sauf si vous imaginez que Facebook est développé par des enfants chinois ou indiens au fond d’une cave, auquel cas vous seriez déjà en train de vous indigner sur l’exploitation des enfants.

Le sujet pourrait faire l’objet d’une thèse, et je l’aurais bien intitulée d’un savant « Vicissitudes d’une néo-société entre tribulations sécuritaires et technologiques à la recherche de son Surmoi fondamental ». Mais voilà, ceci n’est qu’une chronique parmi des dizaines d’autres, sur une plateforme de blogging comme il en existe des centaines de milliers et je ne suis que poussière, tout comme vous, cher lecteur.

Du coup, je n’ai ni le temps, ni l’espace pour examiner l’insoutenable légèreté de l’être, cette locomotive intérieure qui nous pousse à livrer nos vies en ligne alors que personne ne nous y force, puis à s’étonner qu’il puisse être fait usage des informations ainsi offertes. Ou encore l’énergie nécessaire pour m’interroger sur ce que nous, masse naïve et consciente à la fois, pouvons bien redouter d’un système qui nous ausculte, alors même que nous savons n’avoir aucune maladie, ou si légère.

La synthèse de tout ceci ? Pour éviter les mauvaises surprises, commençons par la responsabilité individuelle : ne communiquons que ce que nous assumons et assumons ce que nous communiquons. Quant aux mauvaises langues et aux rumeurs, il suffit souvent de parler plus fort et plus longtemps qu’elles pour les faire taire… Et puis, soyons lucides : qu'est-ce qui nous donne à penser que nous sommes si intéressants que cela ?

 

*Souvent le sanglier est arrêté par le petit chien.

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