Banquiers anonymes

Bud Fox et ses acolytes dévoilent les dessous de la place financière genevoise. Ce collectif de banquiers anonymes a décidé de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas.

«Utility bill», ou comment les banques cherchent des boucs émissaires

Les banques vivent actuellement une lente mue: elles deviennent des extensions des services fiscaux du monde afin de juguler la fraude fiscale des petits épargnants - pour les multinationales et les méga-riches, on parle d’optimisation fiscale. « Utility bill », ou facture de services publics, est le nouveau document qu'elles exigent afin de s’assurer du « domicile fiscal » des clients. Or, elles le réclament aussi à d’autres intervenants, ce qui est moins compréhensible.

La liste est non-exhaustive. Les gérants de fortune, trust-officers et individus gérant des comptes pour des tiers sont priés de fournir cet « Utility bill » aux banques, avec des documents d'identité. Et même, pour certains établissements, un extrait du casier judiciaire. La raison invoquée: éviter les scandales et problèmes de clients au passé « lourd ». Malheureusement, faut-il rappeler que les derniers scandales (Libor, taux de change, vols de données…) ont été provoqués par des employés de ces mêmes établissements ? Éviter de faire entrer le loup dans la bergerie est compréhensible et louable… Mais Canis Lupus est déjà dans la bergerie, et désormais avec un « Utility bill », et même un casier judiciaire!

Mais revenons à cette nouvelle exigence: d’où nous vient ce sacro-saint « Utility bill » ?

En grande partie du Royaume-Uni où les papiers d’identité ne sont pas obligatoires: l’ «Utility bill» est un document parmi d’autres, utilisé pour prouver son identité et son adresse. En Suisse, les papiers d’identité sont obligatoires et la loi sur le contrôle des habitants (LCH art. 3 Déclarations obligatoires d’arrivée) évite le recours à ce type de document pour légitimer une identité et une adresse. Alors pourquoi les banques suisses, ou étrangères établies en Suisse, s’évertuent-elles à exiger des« Utility bill » auprès d'employés de sociétés établies en Suisse? Est-il nécessaire de mentionner que ces employés sont de surcroît souvent inscrits au Registre du Commerce qui, pour tout enregistrement, vérifie votre identité? C’est dire à quel point tout ceci est redondant.

Mais la finalité de ce document n’est-il pas simplement la suite logique de cette quête permanente des banques de se déresponsabiliser de leurs pratiques, afin de fournir aux administrations publiques un coupable sous le couvert qu’elles ont méthodiquement demandé les documents nécessaires pour les disculper, tels que l’«Utility bill», et bientôt l’extrait de casier judiciaire?

J’aimerais rappeler aux banques, et plus particulièrement aux services « Legal & Compliance » ou services juridiques et de conformité, les mots de Henry Ford: ce n’est pas l’employeur qui paie les salaires, mais le client! «Utility bill» ou débilité bill… Quoi qu’il en soit, pragmatisme et expérience ont été remplacés par bureaucratie et technocratisation.

 

Jean Bond 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."