Oscar Bartolomei5

DIRECTEUR FAMILY OFFICE

Oscar Bartolomei a développé l'essentiel de sa carrière en tant que gestionnaire de fortune international à Genève. Quadrilingue, Il a travaillé pour des établissements bancaires de premier plan: Crédit Suisse, ABN Amro et Lloyds Private Banking où il était responsable Amérique Latine pour la gestion privée. Fort de cette expérience, Oscar a très vite acquis la conviction que seules les structures du type Family Office étaient à même d'offrir un service à la fois global et sur mesure à une clientèle haut de gamme. Spécialisé dans la constitution et le développement de telles structures, Oscar a ouvert un premier Family Office à Genève en 2007. Il est aujourd'hui responsable du développement d'un Family Office à Genève, expert SAQ (Swiss Association for Quality) en Certifications Conseiller Clientèle en Gestion de Fortune.

«Un diamant de couleur est éternel»

Vous pensiez qu’offrir un diamant monté sur bijou en gage d’amour était une tradition millénaire? Pas du tout. Ce coup de génie marketing date des années 40, pour relancer le marché du diamant après le krach des années 30. A la demande de De Beers, l’agence de publicité Ayer créa le slogan « Un diamant est éternel ». Si offrir une bague en guise d’engagement était dans les habitudes des Américains, grâce à l’agence Ayer, c’était devenu une règle. Aucun amour ne saurait dès lors être comblé sans bague de fiançailles en diamants… (Diamondspot)

Investissement alternatif par excellence, le diamant a toujours constitué une valeur refuge.              

Délaissés pendant des années, les diamants de couleur, considérés dans les années 60 comme une curiosité, sont aujourd’hui de plus en plus prisés par les collectionneurs. Infiniment plus rares que le diamant incolore, les diamants des couleurs les plus recherchées atteignent des records de prix. Loin devant son cousin bien plus connu. Penchons-nous sur ce phénomène, niche parmi les niches. « Un diamant de couleur est éternel »…

Maurice Dana, gemmologue, GIA (Gemological Institute of America): « La couleur des diamants provient de la structure atomique du minéral. Un diamant composé uniquement d’atomes de carbone sera incolore, ou presque. Le bore lui donne une coloration bleue, le jaune vient de l’influence de l’azote, tandis que l’hydrogène le teint en rouge, rose et violet. La couleur verte vient du contact de la pierre avec certains sels rétroactifs d’uranium.» 

Sur environ 80.000 carats de diamants bruts extraits chaque année, seulement 0,001 pour-cent ont une couleur, soit 1 sur 10'000. Le diamant le plus rare est le diamant rouge. Il en existe très peu et les spécimens connus de plus de 1,00 carat n'excèdent pas une dizaine au monde.

Le classement des diamants de couleur, du plus rare au moins rare : diamant rouge, bleu, vert, rose, orange, jaune, incolore. Seulement 0,3 % des diamants de couleur expertisés par le GIA en 1998 étaient décrits avec une prédominance de couleur bleue. En novembre 2015, le       « Blue Moon » a été vendu pour 48,4 millions de dollars. Le prix le plus haut jamais atteint par un diamant bleu. Le diamant le plus cher du monde est un autre diamant de couleur, le « Pink Star », un diamant ovale de 59,60 carats de couleur rose très intense. Il a été acheté en 2013, chez Sotheby's, pour… 83 millions de dollars.

Le diamant est un actif tangible et mobilisable rapidement. Décorrélé des marchés boursiers, il offre une bonne protection contre l’inflation. C’est une valeur refuge transgénérationnelle, préservant sa valeur et auréolé d’une grande valeur affective. Ses qualités de rareté, encore plus dans le cas présent du diamant de couleur, ont forgé sa réputation, d’aucuns diront son mythe. Mythe longtemps mis à mal par sa provenance parfois très douteuse, les tristement célèbres  « diamants de sang » issus de guerres en Afrique. A ce sujet, je ne peux que vous recommander l’excellent film «  Blood diamond », d’Edward Zwick.  

Aujourd’hui, il existe des critères stricts pour être sûr de l'origine d’un diamant. La taille appelée « Kcut » garantit que le diamant provient d'un pays qui fait partie du processus de Kimberley. Ce processus est une certification qui permet d’assurer la traçabilité des diamants, mise en place en 2009 par les Nations Unies pour empêcher les diamants de sang de circuler.

Ses détracteurs lui reprochent principalement une rareté fictive, facilement manipulable pour un petit marché comme le diamant avec un nombre très restreint d’intervenants. Ils lui reprochent aussi son manque de liquidité, les professionnels, selon eux, offrant aux particuliers des prix de rachat peu compétitifs car privilégiant des sources d’approvisionnement plus intéressantes. L’exception demeurant la pièce hors-norme, dont la rareté ne souffre d’aucune discussion et dont le prix n’effraie pas les collectionneurs fortunés.

Comme tout investissement alternatif, tel l’art ou l’or, l’investissement dans des diamants de couleur doit s’entourer de certaines précautions particulières.  

Le diamant d’investissement (pierre seule) est à privilégier au bijou serti d’un diamant. On évite ainsi de payer la marge du bijoutier à l’achat. De plus, Il est plus compliqué de dessertir une bague avec un ou plusieurs diamants afin de les vendre que de vendre des pierres non serties.

Ne pas investir dans le diamant papier, purement spéculatif ; dans notre perspective d’investissement alternatif, les diamants physiques dont le poids est inférieur à 0,5 carat offrent un intérêt relatif et on y trouve de surcroît de nombreux faux. S'adresser à un acteur fiable et reconnu est bien sûr primordial. Une certification de la pierre va de soi : HRD (Hoge Raad voor Diamant),  DHC ( Diamond High Council) et GIA (Gemological Institute of America), les trois laboratoires les plus prestigieux en matière de certification.

Du point de vue de l’allocation d’actifs,  je privilégierais un seuil maximal de 5%. L’objectif visé étant une petite diversification et une valorisation à long terme. Par comparaison, le diamant incolore connaît une hausse d’environ 3% depuis une centaine d’années.  

A court terme, il faut être conscient du phénomène de mode qui entoure le diamant de couleur: il tire sa valeur de sa rareté… et de sa reconnaissance sociale. Phénomène comparable à l’art contemporain, il est très convoité à l’heure actuelle mais peut se révéler difficile à revendre si l’on cherche une plus-value avant tout spéculative.

Sur le long terme, le diamant est plutôt à l'abri des bulles financières, sauf celle des années 80, qui a spectaculairement fait chuter son cours. Selon les spécialistes, cette situation atypique était due au fait que les acheteurs ne s'intéressaient qu'aux diamants d'un carat. En effet, le marché avait été organisé de telle manière qu’il avait été décidé de simplifier les transactions autour du seuil unique de 1 carat. D’où des situations où les diamants de 1,2 carat étaient par exemple vendus moins chers que ceux de 1 carat. Une bulle spéculative s'est alors créée, l'offre étant tout d’abord insuffisante pour couvrir la demande, puis elle a éclatée lorsque les diamants de plus de 1 carat n’ont pas trouvé preneur.  

Le marché s’est depuis lors assaini. Pour se préserver de ce risque, certaines sociétés ont mis en place des systèmes de négoce qui permettent d’investir dans des diamants de 0,5 à 2 carats, incolores et de très haute qualité sans non plus être exceptionnels, permettant une grande stabilité de leurs prix, y compris lors des crises (Diamondspot). L’objectif étant d’assurer une transparence totale et une liquidité supérieure aux années précédentes.                                                                                                                              

Le diamant de couleur se veut encore plus exclusif que le diamant traditionnel. De par sa rareté et la gamme de couleurs qu’il offre, c’est une alternative au sein-même de la famille « diamant ». L’envolée des prix et l’attrait ininterrompu qu’il exerce depuis quelques années en attestent. Comme tout investissement alternatif au sein d’un portefeuille global, on lui appliquera une faible pondération et une vision à long terme. Constitue-t-il aujourd’hui un meilleur investissement que le diamant incolore ?  En matière d’investissement, j’ai appris que le temps apporte souvent la meilleure des réponses.

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