«U» comme Ukraine, l’alphabet selon Brejnev

Ah, la Guerre froide! Voilà une expression qui nous donne le frisson géopolitique et nous replonge avec une nostalgie coupable au cœur des années 1960, avec ses films d’espionnage en noir et blanc, ses romans signés John Le Carré, Khrouchtchev à la tribune des Nations Unies, les images télévisées de la crise de Cuba, Berlin, son blocus, son mur et son mythique Checkpoint Charlie!

«Guerre froide»: deux mots accolés pour le meilleur et pour le pire. Trois crises internationales des plus sérieuses, et quatre décennies d’une très longue épreuve de force au cours desquelles, faut-il le rappeler, pas un seul coup de feu ne fut tiré directement entre les deux grands blocs.

Un quart de siècle après la chute du Mur, plus de vingt ans après la disparition de l’URSS, entre un Obama qui ne ressemble ni à un Kennedy ni à un Reagan, et un Poutine lequel, l’a-t-on seulement remarqué?, se comporte et agit sans retenue, tels un Brejnev ou un Andropov, va-t-on assister à un nouvel et très inattendu épisode de cette Guerre froide?

Va-t-on distiller sur nos écrans d’ordinateur, de tablette et de smartphone une illustration réactualisée – en couleurs et en HD, technologie oblige – de la crise des missiles à Cuba en 1962, telle qu’on en rendait compte – en noir et blanc – sur nos tout premiers écrans de télévision?

Allons-nous nous résigner à vivre une nouvelle version angoissante de la Guerre froide ou devrons-nous nous contenter de gérer tous ces nouveaux points chauds à la télévision comme autant de «hot news»?

Avant de nous faire peur, reconnaissons que nous ne savons toujours pas avec exactitude d’où vient l’expression «Guerre froide». On prétend, mais sans en avoir retrouvé la trace exacte, qu’un prince d’Espagne du XIVe  siècle aurait couplé ces deux mots apparemment antinomiques pour caractériser l’interminable conflit opposant les rois catholiques aux Maures d’Andalousie.

Pour leur part, certains spécialistes estiment que c’est un journaliste américain, Walter Lippmann, qui aurait eu l’idée de décrire ainsi l’épreuve de force engagée entre les Etats-Unis d’Amérique et l’Union des Républiques socialistes et soviétiques juste après la chute du IIIe Reich allemand. On dit encore que c’est l’écrivain anglais George Orwell – celui de 1984! – qui aurait popularisé l’expression en 1945 dans une longue diatribe contre Staline. 

Guerre froide version libérale

Quelque septante ans plus tard, soyons-en rassurés, l’opposition Est-Ouest est loin d’être de nature exclusivement idéologique. Nous sommes dans l’ère du libéralisme triomphant; et certains avancent, non sans raison, que ce libéralisme-là est encore plus sauvagement vivace en Russie qu’en Amérique! N’est-il pas exact que, ces temps-ci, sanctions internationales aidant, ce sont la monnaie et la Bourse russe qui font les frais de l’actuelle crise?

A l’époque de la «vraie» Guerre froide, l’affrontement se traduisait sur tous les fronts: politique, économique, idéologique, scientifique, culturel et même sportif. Tel n’est plus le cas aujourd’hui.

A Washington, comme pour conjurer le mauvais sort sur ces «points chauds» et refroidir quelque peu ces «hot news», on raconte cette bonne vieille blague datant précisément des années de la Guerre froide. Peu après l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge, au début de 1980, une conférence à Vienne réunit Jimmy Carter et Léonid Brejnev.

«Mais pourquoi, interroge le président américain, pourquoi vos troupes sont-elles entrées en Afghanistan?» Réponse du numéro un soviétique: «Parce que le nom de ce pays commence par un A et que le Soviet suprême a décidé d’œuvrer selon un ordre alphabétique!»

Trente-quatre ans plus tard, dans cette chaude ambiance qui évoque la Guerre froide, serait-on arrivés d’un coup à la lettre U? 

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