Juliette Ancelle 3

COLLABORATRICE, ID EST AVOCATS

Après des études de droit accomplies à l’Université de Lausanne, Juliette Ancelle s’est rapidement spécialisée dans le domaine de la propriété intellectuelle en travaillant pour le journal en ligne Intellectual Property Watch, publication anglophone basée à Genève. Elle a ensuite suivi une formation postgrade auprès de la New York University (LL.M. ’09) et été admise au barreau de l’Etat de New York, avant de revenir pratiquer en Suisse dans ses domaines de prédilection : droit de la propriété intellectuelle, y compris droit des logiciels libres (open source), nouvelles technologies, médias sociaux, e-réputation et droit du travail. Elle pratique comme avocate au sein du cabinet id est avocats et donne régulièrement des conférences sur les thèmes précités. Elle est également co-auteur du chapitre suisse du IFOSS Law Book sur les logiciels libres.

#Twitter et son IPO en 135 caractères

C’est en 135 caractères, par un simple tweet que le réseau social Twitter a publiquement annoncé son entrée en bourse, le 12 septembre dernier. L’une des entrées en bourse les plus attendues du monde de l’Internet et des nouvelles technologies fait depuis couler beaucoup d’encre, certains ne manquant pas de faire le parallèle avec l’entrée en bouse ratée de Facebook en 2012, d’autres relevant le peu de transparence de l’opération lancée par Twitter.

En effet, si l’annonce du lancement de cette procédure auprès de la SEC (la Securities and Exchange Commission) aurait difficilement pu être plus «publique » et retentissante, c’est bien la seule information que Twitter Inc. a choisi de partager avec ses futurs investisseurs. Twitter a en effet déposé un dossier confidentiel, comme le permet désormais le JOBS Act, une législation mise en place par Obama pour soutenir les start-ups américaines, lui permettant de ne révéler aucune information notamment sur sa situation financière, jusqu’à 21 jours avant son entrée en bourse. La seule information que le choix de cette procédure révèle est que la société génère pour l’heure moins d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel, la confidentialité n’étant plus possible au-delà de ce montant.

Nous laisserons aux spécialistes le soin d’analyser la délicate question de la valorisation de Twitter Inc., certains analystes articulant des montants s’élevant jusqu'à 15 milliards de dollars, pour aborder un autre aspect qui a retenu l’attention de nombreux observateurs, celui du mode de communication utilisé, qui est symptomatique d’une nouvelle ère dans le monde de la communication et qui marque la reconnaissance des médias sociaux, et en particulier de Twitter, en tant que canaux officiels de communication des entreprises.

Le temps des annonces officielles formulées en grandes pompes lors d’une conférence de presse semble en effet révolu. Les réseaux sociaux constituent désormais l’outil principal de communication des entreprises souhaitant s’adresser tant à leurs actionnaires qu’à leurs potentiels futurs investisseurs. Twitter n’est pas la première société à avoir choisi de recourir aux réseaux sociaux pour communiquer des informations importantes à son sujet. En juillet 2012, le CEO de Netflix, Reed Hastings, s’était attiré les foudres de la SEC pour avoir partagé par le biais de son compte Facebook l’information selon laquelle la société avait atteint pour la première fois le milliard d’heures de vidéos visionnées en ligne. La SEC considérait en effet ce mode de communication comme incompatible avec les obligations légales de déclaration et d’annonce de Netflix, avant de se raviser dans une communication du 2 avril 2013, qui ouvre la voie à ces annonces d’un nouveau genre. En effet, après analyse de la situation et des risques, la SEC a concédé qu’une annonce relative aux activités d’une société pouvait avoir lieu par le biais des réseaux sociaux dans la mesure où les investisseurs avaient préalablement été informés du moyen par lequel l’information serait communiquée, et en particulier du réseau social qui sera utilisé. Ce faisant, la SEC a veillé à ce que le mode de communication choisi ne favorise pas une catégorie d’investisseurs ou d’actionnaires au détriment d’une autre.

Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large de légitimation et d’officialisation des communications effectuées par la voie des médias sociaux. Initialement crées pour une utilisation sociale et ludique entre particuliers, les plateformes sociales ont d’abord été vues par les entreprises comme un moyen de s’adresser directement à leurs clients d’une manière plus décontractée que dans le reste de leur communication d’entreprise. Il est à prévoir qu’après Netflix et Twitter, d’autres entreprises sauteront le pas et choisiront les médias sociaux pour s’adresser non seulement à leur clientèle mais également pour communiquer avec leurs actionnaires et investisseurs.

La diffusion d’annonces officielles par voie de médias sociaux soulève certaines interrogations notamment liés à la sécurité parfois hasardeuse de ce mode de communication. Certains se souviendront notamment des conséquences immédiates sur la bourse de New York d’un message annonçant un attentat contre le Président Obama diffusé par le compte Twitter, piraté, de l’agence Associated Press. Se pose également la question de l’identité de la personne utilisant le média social pour publier l’information en question : est-ce le CEO, le service de communication officiel ou une personne non-habilitée à s’exprimer au nom de la société ?

Ces risques ne nous paraissent toutefois pas devoir freiner ce processus de légitimation et à n’en pas douter, Twitter a fait d’une pierre deux coups en annonçant simultanément son entrée en bourse et la consécration de sa plateforme comme outil de communication officiel.

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