Joan Plancade

JOURNALISTE

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

«Tous entrepreneurs»: à qui profite le mythe?

A chaque génération  ses figures emblématiques. Symbole de l’ascenseur social au XXe, le cadre supérieur avait été supplanté dans les années 1980 par l’homme d’affaires et le trader, incarnations controversées de la financiarisation de l’économie.

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Le XXIe naissait à peine qu’il remisait au placard ces vieilles représentations. A Ewan McGregor, victime d’un système dans The Trader en 1999, devait succéder en 2013 Leonardo DiCaprio, Le loup de Wall Street, entrepreneur sans complexe qui voulait bousculer l’ordre établi. Dans l’imaginaire collectif, l’émergence de l’économie numérique allait porter au pinacle le start-upper, génie visionnaire redessinant les contours d’une société en mutation. 

La ruée vers l’eldorado digital

Depuis, Steve Jobs et Mark Zuckerberg ont remplacé les Doors et autres stars du rock dans les rayons des librairies et les salles de cinéma. Style décontracté, charismatique et universellement adulé, le start-upper à succès ne veut plus simplement réussir. Il prétend changer le monde. Le rêve d’une économie déverticalisée, structurée comme une galaxie d’entrepreneurs interconnectés, prend forme. Il suffirait d’oser, de se lancer, de savoir se vendre. Trois minutes de discussion dans un ascenseur avec un investisseur pour lever trois millions, le mirage de la levée de fonds salvatrice imprègne les esprits. La ruée vers l’or numérique est née.

En Californie déjà, au milieu du XIXe siècle, des aventuriers avaient accouru du monde entier pour tenter d’extraire les pépites des rivières. Un petit port que rien ne prédisposait à devenir le centre de l’économie mondiale allait alors prospérer. Ironie de l’histoire, c’est encore à San Francisco, un siècle et demi plus tard, que se construit le mythe de l’eldorado digital pour les nouveaux explorateurs. Comme pour leurs prédécesseurs, les grosses pépites sont très rares, les licornes valorisées à un milliard presque une légende. Comme pour leurs prédécesseurs, les conditions de vie sont précaires, dormant parfois à dix dans des trois-pièces et travaillant plus de soixante heures par semaine. Comme leurs prédécesseurs, 80% échouent et doivent apprendre à rebondir. 

«Pendant la ruée vers l’or, ce ne sont pas les chercheurs d’or qui se sont le plus enrichis, mais les vendeurs de pioches.» La leçon a été retenue. Incubateurs, programmes d’accélération et sommets de start-up se multiplient, drainant fonds publics et privés. Location de locaux, coaching, préparation au pitch, encadrement commercial, les prestations fleurissent sur l’engouement et tendent à devenir la norme pour espérer convaincre un investisseur de miser. A ce jeu, certains s’en sortent, beaucoup perdent tout. Mais au casino de l’entrepreneuriat, seul l’organisateur gagne assurément à la fin.

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