Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

«SwissLeaks»: et maintenant?

Depuis dix jours, les dossiers «SwissLeaks» s’étalent en une des médias. Plus de 106 000 noms de détenteurs de comptes chez HSBC en Suisse, des années 1980 à 2008, sont sortis. Parmi eux, trafiquants, fraudeurs fiscaux, financiers du terrorisme, mais aussi personnalités du monde du spectacle, du sport, de la mode, des affaires et même des têtes couronnées.

Mais si 106  458 noms ont surgi de 203 pays ou territoires différents pour un total de 102 milliards de dollars (2006-2007), le cas de la France est particulier. Avec 9187 clients et 12,5 milliards d’avoirs, notre voisin se retrouve aux 2e et 5e  rangs pour les deux classements établis par le Consortium international des journalistes d’investigation. Or, seuls 62 contribuables français ont fait l’objet de poursuites judiciaires pour fraude fiscale, tandis que plusieurs centaines d’autres ont réglé leur situation fiscale sans passer au tribunal.

Il convient de saluer le travail des 147 journalistes de l’ICIJ qui ont épluché 36  000 fiches et 3,3 gigaoctets de fichiers: la fraude fiscale est un délit et il est salutaire de traquer ceux qui n’accomplissent pas civiquement leur devoir de citoyen contribuable. Mais la publication des listings pose deux problèmes: ceux qui ne devraient pas voir leur nom figurer et qui y sont, et ceux qui devraient apparaître et qui ont mystérieusement disparu.

Pour les premiers, il s’agit notamment de personnalités ayant ouvert un compte chez HSBC en ayant effectué des dépôts en toute légalité. Que les fonds soient déclarés au fisc de leur pays (l’actrice Joan Collins, blanchie par l’administration britannique après enquête), qu’ils soient exemptés d’impôt (le catholicos d’Arménie Karekin II) ou qu’ils aient été résidents en Suisse au moment des faits (le chanteur Phil Collins ou le champion de F1 Michael Schumacher). Livrer leurs noms au milieu de ceux qui ont sciemment fraudé le fisc crée des amalgames. Certains médias ont beau se dédouaner en affirmant ne donner les noms que des fraudeurs avérés, c’est l’ICIJ qui a publié des fiches sur ces personnalités n’ayant commis aucune infraction.

Pour les seconds, c’est le grand défi qui s’offre aux journalistes d’investigation. Notre confrère Ian Hamel a prouvé, documents à l’appui, que les fichiers dérobés par Hervé Falciani chez HSBC avaient été retouchés entre leur saisie par les enquêteurs français et la version remise à la justice suisse. Il manquerait 3000 noms français notamment. Les élus hexagonaux ne sont que deux sur 9187 noms à apparaître. Alors que plus de 150 députés français sur 577 ont déjà été condamnés pour des affaires économico-judiciaires… Etrange…

Et maintenant? Le vrai travail d’investigation serait que la presse enquête sur ces noms disparus des listings. Plus difficile certes que de compulser des fiches remises par une source gouvernementale. Mais le mérite intégral n’est-il pas là? 

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