Emilyturrettini

CHRONIQUE INTERNET

De nationalité américaine et suisse, Emily Turrettini publie une revue de presse sur l'actualité Internet depuis 1996 et se passionne pour les nouvelles tendances.

Snapchat refuse l'offre d'achat par Facebook de $3 milliards

Le Web était en émoi la semaine passée lorsqu'Evan Spiegel, 23 ans, PDG et co-fondateur de Snapchat, a refusé l'offre d'achat par Facebook pour 3 milliards de dollars.

Snapchat est une application de partage photos et vidéos disponible sur les plates-formes mobiles IOS et Android. Lancée en 2011, elle n'a pour le moment aucun revenu mais se trouve en pleine croissance. Le nombre de messages envoyés entre juin et septembre 2013 est passé de 200 millions à 350 millions par jour.

Si Facebook a proposé une somme pareille, plus de trois fois le prix payé pour Instagram, c'est que l'acquisition de Snapchat aurait permis au réseau social de reconquérir une position auprès des adolescents, principaux utilisateurs de Snapchat et qui délaissent Facebook pour de nouvelles plateformes. Un désengagement illustré par différents sondages aux Etats-Unis et confirmé par le réseau social lui même, comme le rapporte ZDNet.

Pari intelligent ou pure folie?

Les vieux adages n'ont visiblement pas eu d'influence sur ce jeune PDG. "Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras"  ou "une offre qu'on ne peut pas refuser" n'ont visiblement pas eu cours ici. Quelle audace! On peut imaginer que l'entrée en bourse de Twitter évaluée à $25 milliards il y a 15 jours aura pesé dans la balance pour prendre cette décision.

Snapchat permet le partage de photos éphémères où il est possible de programmer le temps de leur autodestruction dès qu'elles apparaissent sur l'écran du destinataire (entre 1 et 10 secondes), évitant ainsi tout danger de compromettre sa réputation sur Internet. En principe, car il existe bel et bien des moyens de sauvegarder les photos avant qu'elles ne disparaissent. Il suffit de faire une simple capture écran, comme le rapporte Le Huffington Post. Cela est d’ailleurs explicité dans les conditions d’utilisation de l’application:

“Vous ne devez pas utiliser Snapchat pour envoyer des messages si vous voulez être certain que le destinataire ne puisse en faire une copie" , prévient Snapchat.

Mais il n'y a pas que les ados, les jeunes adultes seraient férus de Snapchat également. Toujours selon Le Huffington PostSnapchat serait une obsession à Wall Street. Les traders, pour se distraire de leurs terminaux Bloomberg, partagent des photos à l'insu de leur boss. Et dans d'autres domaines, de jeunes professionnels s'envoient des photos depuis leur station de travail avec des textes griffonnés sur les images comme "débordé!" ou "rdv au bar" en guise de communication.

Snapchat a été impliqué récemment dans un scandale d'images pornographiques au Canada. Mais les nouvelles technologies sont toujours détournées et on ne peut blâmer Snapchat pour un usage malveillant. En l'occurrence, il s'agissait ici de garçons âgés entre 13 et 15 ans qui ont sauvegardé et partagé des photos d'actes sexuels.  

L'acquisition de Snapchat par Facebook aurait probablement causé sa perte. Car le réseau social exploite les données privées publiées par ses usagers à des fins publicitaires et le plus grand atout de Snapchat - une messagerie éphémère dont le principe est de ne pas laisser de traces - se retrouverait certainement stocké sur les serveurs de Facebook. 

Les mêmes préoccupations de confidentialité s'appliqueraient à Google, si le géant du Web se proposait à son tour d'acheter Snapchat. Une rumeur d'ailleurs circule sur Internet, laissant entendre que Google aurait proposé $4 milliards pour Snapchat suite à leur refus à Facebook.

L'avenir dira si Evan Spiegel a pris la bonne décision. Après tout, Mark Zuckerberg a refusé l'offre d'achat de Facebook par Yahoo de $1 milliard en 2006 (après deux ans d'existence), puis l'offre de $15 milliards faite par Microsoft en 2010.

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