<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

«Riche», insulte de l’année 2012

Parfois des gens se trouvent stigmatisés à cause simplement de leur origine, de leur classe sociale, de leur religion ou de leur couleur de peau. La vindicte populaire s’en prend à eux, les dirigeants politiques les montrent du doigt et l’homme de la rue leur attribue tous ses malheurs. C’est le cas des riches en 2012. C’est bien sûr une réalité très hexagonale — un tel phénomène n’est pas constaté en Suisse — mais elle déborde dans les débats ici à cause de l’exil de certains Français fortunés dans notre pays (43 dans notre liste cette année) et de notre proximité culturelle et géographique avec notre voisin.

2012 aura été l’année où Libération a publié en une une photo de Bernard Arnault, le fondateur de LVMH, à l’occasion de son supposé départ en Belgique avec le fameux titre: «Casse-toi riche con!» Si vous avez un doute sur la violence de ce type d’attaque, il suffit simplement de remplacer le mot «riche» par celui de «juif», «musulman», «femme», «handicapé», «pauvre», «noir», «homosexuel», bref, de n’importe quel groupe social qui mérite le plus grand respect à partir du moment où il ne contrevient pas à la loi. Tout comme celui des riches. Si l’un des quotidiens les plus importants de France s’est laissé aller à l’incitation à la haine, le décor avait été planté cinq années plus tôt quand François Hollande avait déclaré, lors d’un débat à la TV, «ne pas aimer les riches».  Son accession à la présidence de la République a donc permis à ceux qui veulent couper des têtes de se lâcher et, désormais, la détestation de la classe dirigeante économique semble atteindre un point de non-retour. Le stade d’après? Peut-être les assassinats, comme celui de Georges Besse en 1986, le patron de Renault, dont le groupe terroriste Action Directe avait fait sa cible car il occupait le poste de PDG et qu’il avait annoncé des licenciements. Un dirigeant, représentant du capital, bref, un salaud à liquider.

Quelles garanties l’Etat français donne-t-il pour la sécurité et la non-discrimination des riches? Benjamin de Rothschild nous révélait en juin lors d’une interview que la France avait déchu sa famille de sa nationalité française en 1940 à cause de sa religion. De quoi remettre à leur place ceux qui demandent aux riches de faire preuve de patriotisme économique... Tant que cette haine sociale subsistera, la Suisse mais aussi la Belgique, Londres, Singapour et de multiples coins du monde continueront d’accueillir des Français créateurs de richesse. Et ce, pour le plus grand malheur de leur pays d’origine qui n’a rien à gagner à adopter un comportement aussi indigne.  

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