Koppel Peter

COFONDATEUR DU FORUM PME/KMU

Dans les années 80, Peter Köppel est chargé de cours en littérature française et comparée à l’Université de Zurich. Après une formation en analyse politique internationale, il devient consultant en entreprise à Saint-Gall. Il participe également à la rédaction du Livre blanc de David de Pury. En 1996, Peter fonde une agence de communication à Zurich. En 2009, il est l’initiateur et le coorganisateur du Forum PME/KMU pour le rapprochement alémanico-romand dans l'économie.

L'aéroport de Zurich et l'Allemagne - exemple de négociations ratées

Depuis 2003, l'Allemagne limite sensiblement, par une ordonnance unilatérale, les survols de son territoire ayant pour but ou point de départ l'aéroport de Zurich. Ceci après le rejet par le parlement helvétique d'un accord négocié avec l‘Allemagne par le chef du DETEC et président de la Confédération d'alors, Moritz Leuenberger. Aujourd'hui, même les milieux économiques applaudiraient quiconque apporterait une solution pareille, mais à l'époque, on se sentait tellement forts, politiquement et juridiquement, et par-dessus le marché, la proposition venait d'un ministre socialiste...

Accoutumés à survoler à leur guise le territoire allemand voisin sans respect aucun pour l'accord conclu avec l'Allemagne à l'époque du gouvernement Kohl, très impliqué, lui, dans des affaires helvétiques „haut de gamme“, on mit longtemps à prendre au sérieux les mesures annoncées du côté allemand, malgré la résiliation, en l'an 2000, dudit accord par le ministre des transports allemand Reinhard Klimmt, membre du cabinet Schröder. Après Klimmt se succédèrent au poste du ministre des transports Kurt Bodevic, puis Manfred Stolpe. Le jour où ce dernier mit en vigueur ladite ordonnance, ce fut, du côté helvétique, la stupéfaction, l'incrédulité et la colère. Confondant l'Allemagne et l'Union européenne, certains parlementaires allaient jusqu‘à menacer de fermer les routes du Gothard pour les camions allemands.

Aujourd‘hui, ce dossier est toujours bloqué, car la successeure de Leuenberger au DETEC, Doris Leuthard, qui en 2002, 2003 avait beaucoup contribué à faire échouer l‘accord aérien d'alors, imagina qu‘une opération au sommet bien orchestrée médiatiquement avec son homologue allemand, le ministre CSU Peter Ramsauer, suffirait pour en venir à bout de ce dossier. Il n‘en fut rien. Pourquoi? Parce que la facilité ne paie pas.

Le ministre allemand avait négocié à la légère, sans tenir compte des revendications de la région concernée, de sorte qu'il y perdit toute autorité même auprès des élus de sa propre coalition, noire-jaune (CDU/FDP). Si l‘on compte les voix du SPD et des Verts plus celles des élus de la coalition CDU/FDP du Bade-Wurttemberg, il est évident que le ministre raterait la ratification de l'accord au Bundestag, ne disposant pas d'une majorité, résultat que la Chancelière voudra éviter à tout prix.

Dans le dossier de l‘aéroport comme dans d‘autres, des acteurs helvétiques influents ont fait et font toujours preuve d‘une méconnaissance de l'autre qui frôle la naïveté. D‘abord le grand tableau: On n‘a pas su tirer les conséquences de la mutation de la République de Bonn en la République de Berlin, mutation qui a réduit fortement le poids de la Suisse. En ce qui concerne la région allemande voisine, en premier lieu le Landkreis de Waldshut, on n‘a pas analysé correctement les rapports politiques concrets entre les Circonscriptions, les Länder et la Capitale, de sorte que l‘on se trompe encore aujourd‘hui d‘interlocuteur, surestimant surtout l‘importance du Landrat (une sorte de préfet, mais doté d‘un parlement) dans ce dossier. 

Leçon? 

Dans toute négociation est prioritaire l'appréciation correcte de la position du partenaire/adversaire dans son propre camp, indépendamment des propres préférences et de l'idée que le concerné se fait lui-même de cette position. C‘est là qu‘on a péché et dans le cas de l‘accord aérien et dans le cas de l'accord Rubik. Car ni Peter Ramsauer ni Wolfgang Schäuble étaient en position de garantir la ratification d'accords massivement contestés dans leur propre pays. Les instruments démocratiques pour les faire échouer étaient prêts. Et cela se savait. 

 

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