<p>Fondateur de MB&amp;F</p>

Diplômé de l'EPFL, Maximilian Büsser tombe un peu par hasard dans l'horlogerie... Il restera 15 ans au service de grandes marques, avant de démissionner à la surprise générale d'un poste de directeur général en 2005 pour fonder MB&F (Maximilian Büsser & Friends). Véritable laboratoire horloger conceptuel, MB&F est dédié à la création de sculptures horlogères tridimensionnelles appelées "Horological Machines", créées par des collectifs de spécialistes indépendants. L'année 2011 marquera l'arrivée d'une ligne de montres plus classiques - Legacy Machines - ainsi que l'ouverture à Genève de la MB&F M.A.D.Gallery, à la fois écrin de la marque et galerie d'art mécanique.

6'000 francs pour une lampe?!

« 6'000 francs pour une lampe ?! », m’exclamai-je au téléphone. « Oui, mais je les fabrique de A à Z à la main et n’en fais que 3 ou 4 par année ! », me répondit, visiblement un peu ébranlé, Frank Buchwald. « Hmmm… », pensai-je. Certainement encore des balivernes de marketeux comme j’en entends quotidiennement dans l’horlogerie (« nous sommes Manufacture », « Nous fabriquons tout à la main », gnagnagna…). Pfff...

Un an plus tard, à l’aube d’ouvrir notre M.A.D. Gallery à Genève, je ressors les coordonnées de Frank Buchwald et saute dans un Easyjet direction Berlin pour voir quelle est la vraie histoire derrière ces créations incroyables. Et incroyable est tout autant l’histoire de leur créateur…

Frank était illustrateur de science-fiction pendant vingt ans. Artiste à l’aerobrush, il était capable de passer trois semaines pour fignoler une image d’un vaisseau spatial jusqu’au moindre reflet dans un hublot. Et puis l’ère de l’informatique venant, il se retrouva licencié car justement réfractaire à cette nouvelle technologie. Alors Frank ne sais pas quoi faire. C’était il y a quinze ans.

Il est au chômage, et passe son temps à esquisser des croquis de meubles, de lampes, d’objets. Un jour il demande à un ami, propriétaire d’un atelier d’usinage de lui fabriquer sa lampe. « Non, tu n’as qu’à apprendre et le faire toi-même ! » Aussitôt dit, aussitôt fait, Frank attaque les tours, les fraiseuses, les sableuses, etc… C’était il y a douze ans.

Depuis, il fabrique chaque année dans son petit atelier berlinois 4 ou 5 « Machine Lights ». Tout commence par des dessins – évidemment à la main (l’ordinateur n’est jamais rentré dans la vie de Frank). Passant des heures à tronçonner, usiner, tourner, tarauder, satiner, angler et pour finir noircir à l’acide – le brunissage, une technique pratiquement perdue – ses machines avec un œil et une maestria impressionnante.

Les ampoules sorties d’un film de Caro et Jeunet sont, elles, fabriquées artisanalement en Suisse, le dernier pays où les normes CEE n’ont pas tué ce genre de pièces d’art.

Le plus étonnant est qu’il ne se protège pas les mains en maniant l’acide du brunissage, mais il doit mettre des gants en hiver car son atelier pré-guerre n’a qu’un poêle à bois.

A la question « que ferais-tu si tu avais une baguette magique », il ne m’a pas répondu « je les vendrais plus cher » ou « j’en vendrais plus ». Non, il m’a juste répondu: « J’aurais le temps et les moyens pour en dessiner d’autres. »

Des histoires comme celle-là n’arrivent que dans les livres. J’ai la chance d’avoir rencontré Frank et d’avoir aidé à le faire connaître un peu partout dans la blogosphère et les médias. Depuis ses créations ont pris de la valeur – environ 10'000 francs la pièce, et il arrive péniblement à en fabriquer 9 à 10 par année ; toutes prévendues. A 58 ans, il n’a toujours pas de chauffage digne de ce nom dans son atelier mais il est encore plus heureux qu’avant. Ah oui, j’ai oublié de vous dire que quand je l’ai rencontré il y a 3 ans à Berlin, il était déjà heureux…

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