Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

500 millions d’Européens. Et nous?

On sait pourquoi l’économie américaine surperforme les autres depuis un siècle. La taille compte. Quand une bonne idée naît à Seattle, comme Starbucks, ou dans le Michigan, comme Domino’s Pizza, elle s’impose rapidement d’une côte à l’autre puis part à la conquête du reste du monde avec cette force de rouleau compresseur que lui a donné la taille du marché US. Ultracyclique, l’économie américaine sait toujours repartir. Entre autres, grâce à la mobilité géographique de sa main-d’œuvre. Quand il n’y a plus de travail dans la Silicon Valley, il y en a dans l’immobilier en Floride. Quand ce filon explose, c’est le tour des gaz de schiste, etc.

S’ils ont le défaut de la brutalité, ces avantages compétitifs de l’Amérique, identifiés par les pères de l’Europe, Jean Monnet en tête, sont à l’origine de leur choix de construire celle-ci par l’économie et non par la culture (comment?) ou la politique (pourquoi?). Ce choix a été une chance pour la Suisse. Sans avoir à adhérer, elle a bénéficié de la dynamique de la construction de ce marché unique de 500 millions de consommateurs, obtenant même dans les années 2000 un accès privilégié. L’initiative sur l’immigration de masse a introduit le risque de perdre ce privilège, juste quand l’UE devient encore plus compatible avec les intérêts de l’économie helvétique.

La crise des migrants en Méditerranée, le Grexit ou le tapage médiatique souverainiste masquent le fait que l’intégration du marché européen atteint la maturité et corrige certains de ses excès. Par exemple, pour désamorcer le Brexit, la commission Juncker a mis en place un programme d’allégement massif de la régulation. Il permettra à David Cameron d’affirmer une victoire avant le référendum et va dans le sens des intérêts suisses, par exemple dans la finance.

Tout aux caricatures sur la «bureaucratie bruxelloise», on oublie aussi que la régulation européenne répond à la demande des associations d’entreprises (suisses comprises) qui cherchent à assurer un accès paneuropéen à leurs produits.

Depuis le 9  février, les Suisses perdent leur influence dans ces cercles, comme on le constate déjà dans le domaine électrique ou de la recherche. Pis, la Suisse a mis sa diplomatie dans la situation de ne plus pouvoir négocier que sur la libre circulation quand tant d’autres sujets mériteraient d’être approfondis, de la finance à l’énergie en passant par l’innovation. Comme le montre le cas d’Israël qui négocie habilement des accords bilatéraux, tel celui incluant ses entreprises dans le périmètre de l’European Investment Fund, on peut tout négocier avec l’UE. Mais, comme on l’a vu dans les années 1990, c’est d’autant plus difficile quand on a commencé par dénoncer un contrat. Du temps perdu d’autant que, comme dans ces moments-là, on arrivera à la fin à une solution pas si éloignée de celle d’abord refusée.

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