Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

100e CHRONIQUE / En forme de bilan bien sûr!

Il existe des chiffres magiques. Le sept par exemple. Les sept piliers de la sagesse et les sept nains de Blanche-Neige se glissent quelque part entre les sept rois de Rome et les sept merveilles du monde. Mystique sur les bords, le huit a fait une jolie carrière au Moyen Age. Pensez au château octogonal de Roger II de Sicile au milieu des Pouilles (Castel del Monte).

Aucun nombre ne se voit cependant davantage sollicité que le 100. Le cent mètres, c'est en sport la vitesse. Les cent livres se révèlent généralement ceux qu'il faudrait avoir lu et que personne ne lira jamais. Les cent jours incarnent en politique la mise en place d'un élu. On oublie pour l'occasion que les Cent Jours de Napoléon se sont terminés à Waterloo. Notez qu'il s'agit là d'une victoire pour les Anglais. L'histoire peut toujours se lire dans les deux sens.

Seconde expérience

Eh bien, cette chronique est la centième depuis le 22 mai. Je pense que le rodage est maintenant terminé. Notez que je n'en suis pas à ma première expérience blogueuse. J'ai tenu le pari d'arriver à plus de 1000 billets sur un autre site, en espérant ne pas trop me répéter. Mais si je ne me souvenais personnellement de rien, il n'y avait aucune raison pour que les (épisodiques) lecteurs n'en fassent pas autant.

Les «Courants d'art» ont pour moi leur raison d'être. Ils offrent la possibilité de dire les choses librement, d'éviter les pressions et de parler de choses que les autres ignorent superbement. La course à l'audimat que se livrent les médias suppose en effet un certain nombre de concessions. Les plus graves demeurent à mon avis le sensationnel à tout prix et cette manie de «parler de ce dont les gens parlent.» Tout le monde finit du coup par raconter les même histoires et parler des mêmes expositions, d'une manière bien lisse. Pas un cheveu qui dépasse. Bien dégagé sur les oreilles. Il ne faut pas déplaire.

Non aux statistiques

Evidemment, il reste la tentation de regarder les statistiques. La première chose que les gens vous demandent, alors que vous tenez un blog gratuit d'accès et pour lequel vous n'êtes pas payé, c'est: «Combien faites-vous de clics par jour?» Je ne veux pas savoir. Refus total. L'apprendre serait écrire en fonction sinon d'une demande, du moins d'une réponse publique. Je pense pourtant bien qu'une exposition de sous-vêtements à Paris (sous-vêtements historiques, tout de même) séduit davantage le chaland que le compte-rendu d'un bouquin austère, dont nul aspirateur n'est venu avaler la poussière universitaire. Mais il y a, comme ça, des ouvrages importants.

Alors, durant cent jours, j'ai tout de même jonglé. Il y a eu du local et de l'international, du grand public et du public de niche (qui pourtant n'aboie pas). J'ai lâchement posté le plus ardu durant le week-end, «où l’audience baisse de toute façon». Je me suis toujours fait plaisir. D'abord, la vie est conçue pour ça. Comment pouvez-vous ensuite distraire les autres, si vous vous ennuyez en vous relisant? Je vous le demande...

Un mode intime

Alors, je pense que je vais poursuivre sur ce mode, en personnalisant peut-être un peu plus les textes, maintenant que nous nous connaissons mieux. Que voulez-vous? Le blog est un mode intime. Avec une différence sur le reste de l'existence, tout de même. Tout le monde peut entrer dans la confidence.

Sur ce, j'arrête ces délires prétentieux. «That's all folks», comme on disait jadis à la fin des dessins animés de la Warner. A demain donc pour d'autres aventures. Photo. Moi, ou une partie de moi, par Olivier Vogelsang. 

P.S. J'ai lu l'autre jour une bonne enquête sur bilan.ch, où parlaient quatre blogueurs professionnels (économie, mode...). Moi, je n'y réfléchis pas à longueur de journée. Il y a de longues plages horaires où je pense à autre chose. Il y a même des moments où je ne pense à rien.

Prochaine chronique le mardi 3 septembre. Giuseppe Penone à Versailles. Une réussite.

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