Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

0% de frontaliers: chiche?

«0% de frontaliers»: les affiches de ce type ont fleuri ces derniers mois au Tessin et dans certaines communes genevoises. 0% de frontaliers: chiche? Imaginons cette Suisse qui se passerait des travailleurs qui franchissent chaque jour la frontière pour venir travailler.

0% de frontaliers, soit 0% de chômage? Que nenni! L’économie de marché a besoin d’un coussin de demandeurs d’emploi. Un chômage trop bas et c’est la surchauffe de l’économie. Des entreprises iront s’installer ailleurs, faute de trouver bras et cerveaux pour la production, les services et la R&D.

0% de frontaliers, cela aurait été pour Genève une catastrophe sur la décennie écoulée. Le canton a créé plus de 40  000 places de travail. Mais il ne disposait en 2004 que de quelque 20  000 demandeurs d’emploi. Sans les frontaliers, nombre de projets ambitieux n’auraient pas pu voir le jour. Dans l’arc jurassien, le constat est similaire: si l’industrie horlogère avait dû se priver des milliers de frontaliers (formés en France), les nouvelles manufactures qui ont permis au secteur de voir les exportations quasiment doubler entre 2005 et 2014 auraient été en panne de main-d’œuvre.

0% de frontaliers, cela obligerait donc à ouvrir grand les frontières afin d’accueillir massivement la main-d’œuvre étrangère qui viendrait s’établir en Suisse. Mais avec d’autres impacts tout aussi néfastes: s’il fallait accueillir demain 270 000 travailleurs supplémentaires et leurs familles, il faudrait aussi les loger, redimensionner les infrastructures, augmenter les capacités du système donc le nombre de médecins, de policiers, de conducteurs de train… Le coût global pour le pays serait faramineux. Et tout cela à l’heure du 9 février, quand une majorité des électeurs a voté contre l’immigration de masse.

0% de frontaliers, c’est se priver d’une main-d’œuvre dont de nombreux coûts sont à la charge (totale ou partielle) de nos voisins, dont l’immobilier, la formation ou l’indemnité chômage.

Non, le scénario d’une Suisse à 0% de frontaliers tient davantage du cauchemar économique que du rêve de plein-emploi. Entre 2004 et 2014, alors que Genève a vu le nombre de frontaliers augmenter de 39 000 à 72 000, le taux de chômage des Genevois baissait de 7 à 5,5%. Mais sans doute ce chiffre est-il encore trop élevé car il fait de Genève et Neuchâtel, deux cantons voisins de la France, les cancres de la Suisse. Comment faire mieux?

En luttant mieux contre le dumping salarial déjà. Même avec un écart minime de 5 à 10% à poste équivalent, une entreprise est incitée à recruter un frontalier plutôt qu’un Suisse. Et peut-être aussi en rétablissant une condition préalable à tout octroi de permis de travail frontalier: que l’entreprise apporte la preuve qu’elle n’a pas trouvé de candidat valable sur le marché du travail suisse.

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