Bilan

Yacht, villas, rachats d'entreprises: les placements des ultrariches

Propriétés immobilières et entreprises privées captent une bonne part des quelque 4000 milliards de capitaux familiaux prêts à s’investir.

Située en France, la maison la plus chère du monde baptisée Château Louis XIV a été vendue fin 2015

Son prix: 275 millions d'euros (55'000 euros le mètre carré).

21 000 milliards de dollars: c'est la valeur nette des ultrariches.

 

Crédits: Dr

La puissance financière, cela s’exprime par la taille, tant physique qu’arithmétique. En 2014, la valeur nette des ultrariches (fortunes liquides de plus de 30 millions de dollars) a dépassé les 21'000 milliards de dollars. L’Europe capte la majeure partie des richesses, et c’est à Londres que se concentre le plus grand nombre d’ultrariches. Mais c’est aussi en Floride que le boom financier et immobilier génère la plus visible démesure: le revendeur de superyachts 4Yacht, basé à Fort Lauderdale, y propose «Double Century», un gigayacht de 200 mètres (soit deux terrains de football) pour la modique somme de 700 millions d’euros.

Lire aussi: Qui possède les yachts les plus luxueux du monde?

En dehors des coups de cœur, où s’investit la manne des ultrariches? Les familles fortunées ont développé ces dernières années un goût prononcé pour les sociétés non cotées en bourse, notamment avec l’essor fulgurant des nouvelles entreprises du numérique. Un quart à un tiers de l’argent des grandes fortunes se place désormais dans les entreprises non cotées. Et, tendance récente, ces familles contournent de plus en plus les professionnels de la gestion d’actifs.

Family offices face aux fonds souverains

Véritables machines de guerre, les family offices (ces structures servant à placer les fortunes familiales) sont aujourd’hui aussi puissants que les firmes de capital-investissement (private equity), telles que Blackstone ou Carlyle. La force de frappe financière des familles aisées: quelque 4000 milliards de dollars qui circulent de par le monde, à l’affût de placements lucratifs. Leurs seuls concurrents en termes de puissance financière sont les fonds souverains des pays riches en ressources naturelles.

En décembre 2015, une demi-douzaine de familles parmi les plus riches des Etats-Unis, allant du secteur agricole aux boissons, se sont réunies à Miami. Durant une heure, elles ont écouté un expert en rachat d’entreprises qui travaille pour les frères Pritzker (propriétaires des hôtels Hyatt). Comme Warren Buffett, Michael Dell ou Bill Gates, ces familles qui jadis confiaient leur argent à des sociétés d’investissement veulent à présent racheter elles-mêmes des entreprises en direct.

Lire aussi: La fortune des fonds souverains croît de 500 milliards

On estime que 70% des family offices le font aujourd’hui, sans passer par les intermédiaires qui prélèvent typiquement 2% de commission et 20% de la performance de l’entreprise rachetée. Ces grandes fortunes obtiennent dès lors de plus hauts rendements sur ces actifs: 15% en 2015, soit le double des firmes de private equity. Souvent aussi, les familles «pactisent avec l’ennemi» en vendant ou en achetant des parts aux géants du private equity, à l’instar des propriétaires de Gianni Versace qui ont vendu 20% de la maison de mode italienne à Blackstone pour 210 millions d’euros en 2014.

L'immobilier offre la sécurité

L’immobilier restera essentiel ces dix prochaines années pour les ultrariches. Selon le dernier Wealth Report de Knight Frank/Douglas Elliman, l’investissement dans la pierre représente au total 35% (24% sous forme de résidences personnelles et secondaires et 11% sous forme d’investissement dans les bureaux, les hôtels ou les centres commerciaux).

L’importance qu’a prise l’immobilier s’explique par la sécurité supérieure qu’il offre en comparaison à la bourse, en tant qu’objet «qu’il est possible de revendre dans le futur». Signe des temps, la maison la plus chère du monde s’est vendue fin 2015. Elle a été baptisée Château Louis XIV et ses propriétaires – une famille aisée du Golfe – l’ont acquise pour la somme de 275 millions d’euros, soit 55 000 euros le mètre carré.

Lire aussi: Pourquoi l’immobilier reste-t-il roi?

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

Du même auteur:

L'INSEAD délivre 40% de MBA en Asie
La bombe de la dette sera-t-elle désamorcée ?

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."