Bilan

Wawrinka

L’année commence bien pour Stan Wawrinka. Ses deux victoires en deux mois confirment que l’homme fort de la Coupe Davis peut faire encore mieux qu’en 2014. Rencontre avec le nouvel ambassadeur de la marque Audemars Piguet, à quelques jours de son départ pour les Masters 1000 d’Indian Wells et de Miami.
Crédits: François Wavre

Vous débutez très bien l’année, grâce à vos deux victoires. Vous serez un des grands favoris pour 2015 ?

Non, ce sont les « big four » qui le sont ! « Roger, Rafa, Novak et Murray » mènent la danse depuis plus de dix ans, et de loin. Ils ont tout gagné, tous les tournois possibles. Entre eux et les autres, il y a un très grand écart. Quant à moi, l’an dernier, je me suis effectivement un peu rapproché d’eux… j’ai fini quatrième… mais sur une seule année. Il est vrai, j’ai très bien commencé 2015, mais il faudra tenir si je veux terminer dans le top 5. Ce qui sera tout de même très compliqué! 

Expliquez-nous ?

Je vise le top 8. C’est mon but. Car dans la course, aujourd’hui, de nouveaux joueurs ont émergé, comme Milos Raonic, Grigor Dimitrov et Kei Nishikori, qui se sont imposés l’an passé. Mais il faudra également compter avec Thomas Berdych et David Ferrer, toujours là depuis quelques années. C’est un état de fait, l’an passé, pour se qualifier dans le top 8 aux Masters, il fallait avoir deux fois plus de points que les années précédentes. Tout le monde a gagné de gros résultats. 

Comment avez-vous digéré votre victoire en Coupe Davis ?

Bien, très bien même. Mais il est clair que dans le tennis tout va très vite. Il y a toujours un nouveau tournoi, chaque semaine. Il faut savoir vite passer à autre chose. Cette rapidité est inhérente à ce sport. En général, après une victoire, heureusement et malheureusement d’ailleurs, je ne prends pas beaucoup le temps d’en profiter. Cela prouve que je veux toujours progresser, que je veux toujours aller plus loin. Mais j’ai quelquefois de petits regrets de constater que ces victoires passent trop vite. Le jour où j’arrêterai ma carrière, je pourrai peut-être revenir en arrière et profiter de tous ces moments et réaliser tout ce que j’ai accompli. 

Votre victoire à Rotterdam signe votre premier succès dans un tournoi Indoor. Une preuve supplémentaire que vous étoffez vos qualités. De quelle marge de manœuvre disposez-vous encore pour progresser et vers quoi vont aller vos efforts ?

Je pense avoir encore une grande marge de progression. Mais cela ne veut pas dire que je vais monter dans le classement, car les autres progressent aussi. Quand on est en haut, tout le monde travaille pour y rester. Et on le voit, chaque année, le niveau du tennis augmente. C’est la réalité. C’est pour cela qu’il faut continuellement travailler. Mais il est vrai que gagner le tournoi de Rotterdam, mon premier tournoi 500 et Indoor, m’a donné une grande confiance. J’ai pu voir que j’étais capable de battre les meilleurs dans cette catégorie, Berdych, Raonic. Je veux continuer sur cette lancée. 

Sur quoi allez-vous cibler vos efforts ?

J’aimerais avoir une année stable. Mieux que l’an passé, où il y a eu des très hauts mais aussi des très bas.

Et mentalement ?

Je sais ce qu’il me faut pour y arriver: une concentration constante. Non seulement en match, mais également lors d’un entraînement, un échauffement ou juste un footing. Il faut que je sois là, présent, tout le temps, car tout le travail que je fais à ce moment-là finit par payer, tout de suite ou dans six mois. Evidemment, l’an passé, gagner un grand chelem fut une surprise, et ça a bousculé un peu ma tête, mais il faut ensuite savoir retrouver sa place et comment bien se sentir dans le tennis. Et on le trouve uniquement grâce aux années de travail et à la volonté de constamment s’améliorer.

Le danger, c’est de se perdre ? De répondre à trop de sollicitations ?

Oui, c’est clair. A la fin, ce qui compte pour moi ce sont les résultats, le travail, ne pas oublier comment j’ai réussi à être numéro 3 mondial. 

Est-ce que vous avez senti ce danger arriver ?

Non, car dans le tennis on le paie cash. Dès qu’on change de trajectoire, les résultats ne sont plus là. Je voyage neuf à dix mois dans l’année, cela demande beaucoup d’efforts physique et mental, je ne peux pas me disperser. 

La signature de votre partenariat avec Audemars Piguet arrive à point nommé dans votre carrière. Une marque suisse, indépendante, de haute horlogerie. Des qualités qui comptent pour vous dans le choix d’un partenaire ?

Oui, leurs qualités doivent me correspondre car je mets mon image à disposition. Audemars Piguet est une entreprise suisse, familiale, authentique, des valeurs qui me parlent. C’est le fruit d’une rencontre initiée par un ami commun, Nicolas Kappenberger. Le contrat que nous avons signé court sur trois ans, mais si tout se passe bien, comme dans beaucoup de partenariat que j’ai à mon actif, l’histoire se prolonge souvent sur le long terme. 

Avez-vous refusé des contrats depuis les victoires ?

Oui, j’en ai refusé, surtout depuis le Grand Chelem. Je n’ai pas le temps ni l’envie d’avoir vingt sponsors.

Est-ce que vous partagez des conseils d’image avec Roger Federer ?

On se connaît depuis tellement longtemps avec Roger, que bien entendu nous parlons également de ce genre de sujets. Nos discussions sont toujours cash, même sur le sujet des rémunérations, mais je ne vous donnerai pas les chiffres (rire). Mais, de toute manière, Roger appartient à une autre ligue, à un autre monde. C’est le plus grand joueur de tous les temps.

Vous ne lâchez rien sur un match. Vous vous dites vous-même très têtu, quitte à aller au bout du physique. Difficile d’écouter les limites ?

J’ai la chance d’avoir un team très performant autour de moi. Mon préparateur physique a toujours eu cette vision pour moi de ne pas trop jouer, d’avoir suffisamment de plages de repos. Il a toujours cette vision à long terme, c’est capital. Sur le terrain on ne peut pas s’économiser. En tout cas, moi, je ne peux pas. Je n’ai pas de marge pour le faire. Et somme toute, par rapport aux entraînements qu’on fait, dans l’ensemble de la saison, un match demeure assez facile physiquement. 

Qu’est-ce qui est le plus dur ?

C’est la concentration, les enchaînements de tournois, les voyages, le fait de toujours repartir de zéro, de toujours recommencer dans une autre ville, les décalages horaires, les changements de température, d’horaire, jouer le matin, jouer le soir. Tous ces facteurs, accumulés sur dix ans, peuvent peser.

Justement, le 28  mars, vous fêtez vos 30 ans. Comment abordez-vous ce cap ?

Aucun problème pour moi. Mon âge, mes anniversaires n’ont jamais été importants. Mais il est clair que je m’approche plutôt d’une fin de carrière de tennis. Je suis content d’avancer dans mon âge, je ne suis pas stressé par ça. Et au niveau de ma carrière, plus j’avance dans l’âge, mieux je me sens et mieux je gère la pression.

Vous vous donnez combien de temps ?

Si possible, cinq ans.

Il y aura le tournoi Geneva Open, en mai. Racontez-nous l’importance de ce tournoi pour vous ?

Lorsque l’organisation est venue me voir, l’année passée, ils avaient besoin d’avoir un joueur suisse. C’était important pour la notoriété de ce nouveau tournoi. De plus, leur grand chalenge réside dans l’organisation des rencontres juste avant Roland-Garros, un timing difficile. Roger Federer ne jouant de toute manière jamais la veille d’un grand chelem, pour eux, il était important que je fasse partie du projet, pour le développement de l’image du tournoi. Personnellement, du moment que je m’engageais, il était important que je le fasse sur plusieurs années. J’ai donc signé pour trois ans.

Que vous ont dit vos préparateurs physiques ? Pas un très bon calcul ?

C’est clair, ce n’est pas idéal… Mais pour moi ce n’est pas une question de résultats. Quand j’ai parlé du tournoi à mes préparateurs, nous avons créé un programme autour de ça. Il faut toujours voir la décision sur une année complète. Je réfléchis toujours en fonction des points positifs pour mon tennis. Et nous allons faire en sorte que cette décision soit un avantage.

Vous ne participez que très rarement à des tournois exhibitions. Une façon de vous économiser ?

Oui, effectivement, c’est important de me ménager des périodes de repos pour le physique et le mental.

Pourtant, ces tournois sont très lucratifs…

Oui, mais je préfère me dire que je mets tous mes moyens pour gagner des tournois qui de toute manière, à la fin, me rapportent aussi de l’argent.

Et ça marche plutôt bien, en deux mois vous avez remporté plus d’un million de dollars…

(Il sourit.) Oui, c’est nouveau, effectivement, mais pour ça il faut bien jouer. Et je ne suis pas sûr qu’en rajoutant des tournois exhibitions je sois frais pour remporter des tournois. Je reviens toujours à l’importance du long terme, sur une année, et non sur du court terme et sur l’argent que pourrait me rapporter un tournoi.

Comment se passe votre notoriété du côté Suisse allemande, on vous voit moins ?

Pendant des années, le public suisse allemand ne me connaissait pas trop, car je n’avais pas les résultats pour, et Roger a pris toute la place, forcément, et c’est normal. Mais depuis deux ans les choses ont changé, j’ai toujours eu un accueil incroyable au tournoi de Bâle, en Coupe Davis aussi. J’aime jouer pour la Suisse, représenter mon pays, même si cette année, malheureusement, je ne participerai pas au premier tour de la Coupe Davis.

En 2015, vous allez vous focaliser sur les grands rendez-vous ?

Forcément, il y a les Grands Chelems, mais pour moi, le moyen d’arriver à mon meilleur tennis, c’est de participer aussi aux autres tournois, pour gagner un maximum de points et de confiance. Donc je ne me dis pas que je vais miser toute ma préparation pour Roland-Garros. Non, je me prépare pour gagner les autres tournois, avant.

Chaque joueur décompresse comme il peut. Tsonga et Nadal pêchent, par exemple. Vous, paraît-il, vous aimez cuisiner ?

Oui, j’adore ça! J’adore manger en général, de toute façon (rire). C’est une façon de récupérer mentalement. Mais il faut malheureusement avoir du temps pour ça et je ne peux pas le faire en tournoi. Donc, pour décompresser, j’écoute de la musique, je vois des amis. Mais le jour où j’arrêterai ma carrière je passerai du temps en cuisine, c’est sûr. |

Cristina d’Agostino

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