Bilan

Watches and Wonders: le salon où (ap)paraître

Le salon Watches & Wonders fait partie des événements incontournables dans le monde de l’horlogerie. Parmi les 38 marques inscrites cette année, plusieurs ont présenté des records. Retour sur cet événement 100% digital, qui apporte des réponses en soulevant des questions.

Le rendez-vous du matin recense l'actualité de la veille et présente les conférences du jour.

Crédits: Chaîne YouTube Watches & Wonders

Réunir les amoureux de l’horlogerie dans le même lieu restait de l’utopie. Les personnes actives dans le secteur avaient encore l’espoir que Watches & Wonders puisse se tenir en présentiel en avril 2021, plus d’un an après le début de la crise. Les mesures sanitaires en place ont cependant empêché les organisateurs et les marques de trouver leur public à Genève. C’est donc une plateforme en ligne qui a réuni les participants du 7 au 13 avril.

Le salon virtuel s'est étendu sur une semaine. Les jours sont ponctués de présentations presse et de conférences. 38 maisons horlogères y ont participé, et le lancement évoquait quelque 23’000 visiteurs - médias, distributeurs et détaillants. Les marques ont dû rapidement s’adapter pour proposer du contenu intéressant pour des personnes fixées sur leur écran. Oris, Louis Moinet ou encore Corum: des nouveaux venus heureux de rejoindre le salon, qui comptait également pour la première fois Patek Philippe et Rolex.

Pour l’exercice 2021 de Watches & Wonders, ex-Salon international de la Haute horlogerie (SIHH), les idées ont mûri, tout comme la réalisation. La plateforme watchesandwonders.com est née, et elle accueille les communications des différentes marques. Tout l’événement se veut homogène, avec notamment des contraintes de temps sur les introductions et des discours. Ce cadre à respecter aura permis à certaines maisons de se distinguer. Tudor a par exemple réalisé une vidéo de plus de 6 minutes pour présenter ses produits.

Les équipes presse de certains confrères se sont dit bluffées. «Ils peuvent se le permettre», souligne encore une représentante d’une autre maison horlogère. Elle se réfère à l’image de marque de Tudor, qui compte par exemple Lady Gaga parmi ses ambassadrices. Le ton utilisé est inimaginable pour une marque dont la communication se voudrait très stricte.

La porte-parole de Tudor rappelle que son équipe s’était préparée à deux scénarios. L’un prévoyait la tenue de l’événement physique, l’autre se concentrait sur le numérique. La deuxième version est celle qui l'a finalement emporté en novembre 2020. Les équipes se sont alors concentrées sur la vidéo. «Bien sûr, nous espérions la tenue de l’événement en physique. Lors du premier confinement, nous nous sommes préparés à assurer les présentations en virtuel, ce qui nous a obligés à nous professionnaliser», affirme une chargée de presse d'une marque concurrente.

Même stratégie pour Maurice Lacroix, qui s’est doté d’un studio digital lors de la pandémie. «Nous avons investi dans du matériel de qualité, pour dévoiler les détails de nos montres», explique Thiébaut Bentz, International Product & Marketing Director chez Maurice Lacroix. Pour des présentations préenregistrées, la qualité est indéniable. Les présentations presse qui se font par Zoom souffrent parfois d’un problème de qualité, en raison de la connexion du diffuseur ou des participants.

Sur Zoom, la qualité de l'image dépend largement des connexions des uns et des autres. Crédits: DR.

Le medium est le message

Toujours est-il que chacun a mis les moyens pour présenter au mieux ses produits. Le ticket d’entrée s’élève à plusieurs dizaines de milliers de francs. Un horloger évoque environ 150’000 francs pour cette édition digitale, sachant que la version physique «coûte bien plus cher à Palexpo ou à Bâle», selon lui.

Reste ainsi à marquer les esprits avec le temps et le créneau à disposition. «On voyait déjà de grandes différences lors des salons physiques. On sentait toutefois qu’il y avait une sorte de routine installée à Baselworld, tandis que cette année obligeait d’avoir une appréhension totalement différente», raconte encore Thiébaut Bentz. Les nouveautés et premières mondiales sont sous les projecteurs, même si certains s’en défont. «Watches & Wonders représente un moment-clé pour présenter nos nouvelles collections et participer au dynamisme et à l'évolution de l'industrie horlogère», affirme Arnaud Carrez, directeur marketing et communication chez Cartier. Sa maison a présenté sa Tank Must, une montre qui fonctionne via une batterie photovoltaïque. Elle compte également un bracelet réalisé à partir de déchets de pommes. Bulgari a présenté de son côté son septième record du monde pour son Octo Finissimo.

Louis Moinet a fait son apparition dans le salon, en présentant au passage son second record au Guinness Book. La marque basée à St-Blaise a mis au point le premier chronomètre haute-fréquence, et a mis plusieurs années à en apporter les preuves aux équipes du Guinness Book.

Jean-Marie Schaller, CEO de la marque Louis Moinet, pose avec ses deux records inscrits au Guinness Book. Crédits: Robin Nyfeler.

Rolex a profité du salon genevois pour présenter ses nouveaux produits, dont des montres avec des cadrans en météorite. Pour cela, plusieurs journalistes étaient invités à se rendre au quartier général de la marque à la couronne, dans le plus strict respect des règles sanitaires. De son côté, Vacheron Constantin a choisi de mettre les métiers d'art à l'honneur.

Comme chaque année, chacun tente de se démarquer de ses adversaires en présentant des produits différents. Plus aboutis, plus innovants: les petites révolutions ne manquent pas. 

La présentation avant l'heure

Les organisateurs ont également dû rappeler à l’ordre certaines marques, qui ont organisé des présentations avant-même le lancement officiel du salon. Dans un e-mail que Bilan a pu consulter, la Fondation de la Haute Horlogerie fait état de plaintes des marchés «qui ne comprennent pas pourquoi certaines marques organisent des présentations presse parallèlement à la plateforme digitale».

Elle ne souhaite pas que ces invitations fassent concurrence à la plateforme, mais rappelle que «la plupart des marques participantes jouent le jeu.» Parmi elles, certaines confirment les faits. «Nous avons pris garde de permettre des visites en présentiel une fois que la présentation sur la plateforme était terminée», affirme une responsable presse d’une marque genevoise.

Pour d’autres chez qui les présentations avaient lieu au préalable dans un comité très restreint, il y avait cette volonté de retrouver la convivialité qu’il leur manquait. L’horlogerie est un monde qui se veut convivial. «Le touch and feel est central dans l’univers du luxe, que ce soit pour les voitures ou les montres», affirme Thiébaut Bentz. Les discussions se font autour d’une tasse de café, d’un verre d’eau ou d’une coupe de champagne.

Les salons horlogers en présentiel donnent lieu à des échanges rapides et spontanés entre différentes personnes. Au détour des présentations, les phrases comme «le traitement du cadran est bien plus impressionnant en vrai» ou «il faut l’avoir en main pour se rendre compte» sont légion. «La qualité de notre studio est bonne, mais elle ne remplace pas la prise en main», confirme Arnaud Carrez, qui ajoute que «les présentations digitales nous permettent toutefois de maintenir le dialogue avec nos différentes audiences».

La plateforme watchesandwonders.com a permis à chacun de se voir, d’échanger et de maintenir le lien entre les acteurs de l’horlogerie. Ceci alors qu'aucun événement physique de grande ampleur n’est possible. Les journalistes le voient: les chefs produits, communicants et CEOs sont fiers de présenter ce sur quoi ils ont travaillé durant des mois, voir des années. Même derrière l’écran, la passion se transmet.

Une des très bonnes fonctionnalités de la plateforme était celle du replay. Une personne ayant manqué une conférence peut retourner dans le calendrier revoir la transmission.

Le suivi, et surtout la suite

Le passé et le présent du salon intéressent beaucoup de personnes. Les marques participantes font partie de celles jugées assez importantes pour représenter ce qui se fait de mieux en matière d’horlogerie suisse. «C’est génial de pouvoir en faire partie», confie le patron d’une marque indépendante. La chaîne YouTube de Watches & Wonders compte 41’000 vues pour son premier morning show, une émission quotidienne qui retrace les temps forts du salon et qui présente le programme du jour.

La première vidéo a été vue plus de 41'000 fois au terme de l'événement. Crédits: DR.

Difficile de savoir précisément le nombre de personnes présentes en direct lors des conférences. Les 23'000 visiteurs annoncés au départ de l'événement seraient inférieurs à la fréquentation finale, qui dépasse les 30'000 selon une source interne. Contactée, la Fédération de Haute Horlogerie n’a pas souhaité donner de chiffres avant la fin de l’événement qui se poursuit à Shanghaï jusqu’au 18 avril.

Même pour des personnes travaillant au sein des relations presse, il faut se renseigner auprès du diffuseur pour connaître la liste des spectateurs. «Je ne sais pas si vous étiez présente à notre conférence ou non, je dois me renseigner», nous confiait un employé d’une maison horlogère, avant d’ajouter: «Si vous n’y étiez pas, il me faudrait réaliser un suivi et vous envoyer le dossier de presse». Ceci relève toutefois du fonctionnement interne. Le diffuseur a accès à toutes les données dont il a besoin. Un concurrent confirme: «chacun peut savoir qui s'est connecté à quelle heure sur son direct. Nous allons d'ailleurs nous en servir et contacter directement ceux intéressés par nos produits, afin d'assurer un suivi personnalisé.»

L’événement physique de Shanghaï est un premier pas vers le retour à la normale tant attendu par le secteur. Les marques se sont montrées très reconnaissantes envers la FHH et son effort d’organiser un salon 100% digital. Après une année de travail, de visioconférences et de créations de studios numérique, l’envie de se retrouver est très forte. «La pandémie nous a fait gagner des années en digital, nous avions dix ans de retard» souffle un porte-parole d’une marque horlogère. Ce grand pas en avant est une bonne nouvelle pour tous. Il n’empêche que chacun est impatient de retrouver une grand-messe horlogère «comme à l’époque». Le monde de l’horlogerie martèle cependant depuis trop d’années que le ressenti des produits est irremplaçable.

Garciarebecca1
Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

Du même auteur:

A chaque série Netflix son arôme de cannabis
Twitch: comment devenir riche et célèbre grâce aux jeux vidéo

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."