Bilan

Voyage aux bains thermaux

Malgré un contexte plutôt favorable, les centres romands ne sont pas tous prospères.

  • Les Bains d’Ovronnaz (VS). En station, l’offre est une alternative au ski séduisante.

    Crédits: Emmanuel Pignat
  • Les Bains de Saillon sont les leaders du marché avec Lavey.

    Crédits: Laurent Gillieron/Keystone

Avec le secteur du bien-être en pleine expansion, le thermalisme en Suisse romande et en Valais a opéré des changements pour profiter de cette vague où les gens prennent davantage soin d’eux. Face à la concurrence des centres de wellness et de loisirs aquatiques, soit ceux non alimentés par une source thermale aux qualités chimiques et biologiques reconnues, le secteur doit se renouveler en permanence en proposant de nouvelles attractions, notamment thermo-ludiques. Car désormais, une journée aux bains, c’est comme un jour de vacances pour se relaxer et s’amuser. «Le contexte global leur est plutôt favorable. Les modes de consommation s’orientent vers la santé et le retour à la nature. Mais cette tendance engendre une concurrence plus forte, notamment par l’offre toujours plus qualitative des espaces bien-être des hôtels», confirme Yvan Aymon, directeur du bureau Ertenz Conseil et professeur à la HES-SO Valais.

Les situations financières de chacun diffèrent. Alors que certains complexes ne désemplissent pas, d’autres peinent à trouver leur place dans le marché ou ont même dû fermer leurs portes. De plus, cette année est exceptionnelle: la pandémie a forcé les centres à fermer trois mois, de mars à juin, entraînant souvent des pertes plus que conséquentes du chiffre d’affaires. En revanche, tous sont satisfaits du taux de fréquentation durant l’été, avec des mois de juillet et août très réussis grâce au boom des vacances en Suisse engendré par le Covid. Dès septembre, la situation semble similaire à celle de 2019 pour la plupart. «Nous avons réalisé 30% des entrées cet été. Et le mois de septembre correspond à la même période en 2019», confie Olivier Foro, directeur des Bains de Brigerbad (VS).

Pour les spécialistes du tourisme, l’ouverture d’un centre thermal ou de bien-être aquatique constitue à coup sûr un avantage de taille pour les destinations alpines. Pour autant que tous les acteurs d’une station travaillent ensemble pour dynamiser l’offre touristique dont la concurrence n’est pas uniquement valaisanne, mais aussi internationale avec les vacances à moindres coûts développées par les vols bon marché.

En station, les bains constituent ainsi une alternative au ski. Car on ne glisse plus sur les pistes toute la journée, et la clientèle recherche à présent des activités en lien avec le bien-être. Et si l’or blanc vient à manquer, les centres de bien-être peuvent compenser.

Quel business plan sort gagnant?

Dans les structures existantes, les problèmes de liquidité ne sont pas rares. En 2019, les Bains de Val-d’Illiez ont fermé et ceux d’Ovronnaz ont connu des difficultés. A Brigerbad, les objectifs de rentabilité ne sont pas encore atteints. «Malgré cette année 2020 compliquée par le coronavirus, nous restons confiants quant aux perspectives à moyen terme et planifions d’atteindre, comme prévu, notre objectif de rentabilité dans un proche avenir», explique Olivier Foro.

Si chaque histoire est différente, une chose reste commune: les centres thermaux coûtent cher. D’abord les frais de développement sont très élevés, le temps pour mettre le projet sur les rails très long, et il faut encore compter la durée de construction. «Le processus pour ouvrir un centre est complexe. Il faut avoir la constellation idéale autour, avec une alchimie et un soutien entre les différents partenaires que sont le promoteur, le spécialiste du tourisme et du thermalisme, la collectivité locale», observe encore le directeur de Brigerbad. Ainsi, une gestion rigoureuse et du professionnalisme contribuent au succès de l’activité.

Pour le maintenir, il faut également continuer d’investir de manière conséquente pour assurer la qualité de l’infrastructure. La branche a connu un vent de rénovations ces dernières années pour plaire à la clientèle. Brigerbad a injecté 34 millions de francs pour ouvrir sa nouvelle configuration fin 2014. Le groupe Boas prévoit 34 millions de francs pour transformer Yverdon après avoir déjà dépensé 40 millions dans les travaux des Bains de Saillon. Le niveau d’endettement peut être plus ou moins difficile à gérer selon les entreprises. En effet, en plus des charges d’amortissement, il faut supporter les charges salariales et les dépenses énergétiques qui peuvent facilement atteindre plusieurs centaines de milliers de francs par année.

Les entrées ne suffisent pas toujours

Même si le nombre de visites aux bains augmente, cela ne garantit pas toujours de la rentabilité. Les secteurs de l’hébergement et de la restauration constituent une part importante des rentrées financières pour bon nombre d’établissements thermaux. Selon une étude de l’Observatoire valaisan du tourisme sur la branche publiée en 2013, ces secteurs comptaient pour 60% du chiffre d’affaires aux Bains d’Ovronnaz, et pour 80% au Walliser Alpentherme & Spa à Loèche. «Pour fonctionner, les bains seuls ne suffisent pas, les gens veulent aussi s’amuser. ll faut donc des piscines, des restaurants, des massages, du sport, être complet concernant les prestations et assurer une complémentarité adultes et enfants», explique Bernard Russi, fondateur et directeur du groupe Boas.


(Crédits: Dr)

Le dernier-né: les thermes de la Dixence

120 millions de francs ont été investis par des investisseurs immobiliers dans ce chantier colossal commencé en 2017 à 1800 m d’altitude sur les hauts d’Hérémence en Valais, près des pistes de ski des 4-Vallées, qui devrait être totalement terminé pour 2023. L’hôtel devrait ouvrir dans le courant de cet hiver 2020-2021 et le spa thermal de 5000 m2 en septembre 2021. Le groupe français Valvital (Compagnie européenne des bains) sera chargé de l’exploitation. Dixence Resort est constitué d’un centre de bien-être alimenté par les eaux de Combioula, une résidence hôtelière 4 étoiles de 70 chambres et suites, des appartements résidentiels et cinq chalets, le tout intégré dans le paysage. On cible 150 000 visiteurs par année et la création de 70 emplois au total.


Les bains de Val-d’Illiez (VS) restent fermés

Le rideau est tombé en octobre 2019 après neuf ans d’existence. La faillite a été prononcée à la suite d’une mise aux poursuites par l’Etat du Valais et une banque. Depuis, les choses sont bloquées entre recours et procédures et les bains n’ont toujours pas trouvé d’exploitant. La structure du complexe s’appuie sur 4 sociétés, toutes mises en liquidation.

MD Management, la société d’exploitation du site, est en faillite définitive. En revanche, concernant Immothermes (société qui chapeaute une quarantaine de logements), la Société hôtelière des thermes (propriétaire des bains, du parking et de l’hôtel) et la Société d’exploitation des eaux thermales et minérales (qui détient les droits d’eau), des recours ont été déposés auprès des tribunaux aux niveaux cantonal et fédéral.

A la suite de la faillite, le président et actionnaire historique des bains de Val-d’Illiez, Richard Cohen, conserve les parkings, les appartements ainsi que les droits sur les sources d’eau qu’il a achetées en 1963. En quarante ans, il a investi quelque 56 millions pour construire le complexe. «En 2010, j’ai voulu ouvrir les bains avant l’hôtel pour faire plaisir à la population et répondre à un souhait des autorités. C’était une erreur. Sans l’hôtel, les bains ne sont pas rentables. Pour que cela fonctionne, il faut un tout», analyse Richard Cohen. «Ces infrastructures sont nécessaires à l’attractivité et à l’économie de la région, c’est pourquoi je me bats en vue d’une réouverture et pour retrouver la situation qui a prévalu avec les autorités pendant des années dans l’intérêt général.»

Patricia Meunier

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