Bilan

Vins: faire des affaires aux enchères

Les ventes de vins sortis de caves privées connaissent un succès croissant auprès des particuliers et des collectionneurs. Qu’acheter et comment s’y prendre?
  • Un lot de Château Haut-Brion vendu par la maison Koller à Genève.

    Crédits: Dr
  • Internet facilite les ventes. Comme celles d’Artcurial, diffusées en streaming.

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Un Château Lafite de 1869 parti chez Sotheby’s à Hongkong pour 239  000 dollars en 2010. Trois bouteilles de Richebourg 1983, issues de la collection personnelle d’Henri Jayer, vendues plus de 200  000 dollars par Christie’s en 2009. Et encore un magnum de cognac Louis XIII à 25  000 euros à Paris ou bien un exceptionnel Roi de Rome 1811 à 6000 francs à Genève. 

Ces prix ont de quoi intimider. Pourtant, les experts et commissaires-priseurs sont unanimes: on peut faire de très belles affaires lors des ventes aux enchères organisées généralement à l’automne et au printemps. Les prix commencent parfois à 15 francs la bouteille et on trouve des caisses de grands crus de bordeaux à partir de 300 euros. En moyenne, les prix lors de ces ventes sont 40% moins élevés que ceux des négociants ou des producteurs pour le cas où ils ont conservé des bouteilles de garde. A condition de ne pas oublier que la maison de vente prend encore environ 20%, on peut donc se faire plaisir sans se ruiner. 

Un marché de particuliers

Pour l’essentiel, ces bouteilles proviennent de caves de particuliers. «Les fameux 3D, décès, divorce et déménagement», comme le dit Luc Dabadie, expert en vins chez Artcurial. Son homologue auprès de la maison Koller à Genève, Bruno Gueuning, ajoute une particularité helvétique. «Les caves suisses sont très compétitives, avec une TVA au départ trois fois moins élevée que dans les pays voisins et une forte concurrence chez les fournisseurs. Cela se retrouve même vingt ans plus tard dans les estimations des caves particulières.» 

Cette origine privée pose cependant la question de la qualité des vins mis aux enchères. D’où le rôle des experts. «On sait immédiatement en entrant dans une cave si elle présente de bonnes conditions»,  explique Filip Opdebeeck, qui travaille aussi pour Koller. A cela se greffent des dizaines de questions posées par les experts qui parlent de véritables enquêtes policières.

Traditionnellement, les vins mis aux enchères viennent de Bordeaux avec les grands crus du classement de 1855 et les grands saint-émilions. Quatre fois moins étendue (30  000 hectares), la Bourgogne bénéficie de la plus grande rareté de grands vins et d’un vif engouement actuellement, selon Charles Curtis, jusqu’à récemment directeur du département vins chez Christie’s. Les côtes-du-rhône de type Condrieu ou côte-rôtie, de même que certains champagnes, sont aussi recherchés. 

A quoi s’ajoutent, depuis quelques années, certains vins toscans comme les Sassicaia et les Tignanello d’Antinori, d’Espagne (Vega Sicilia) ou de Californie (Opus One). «Les grands crus émergent partout», constate Luc Dabadie. «Et de Suisse aussi», confirme Bruno Gueuning. A condition de venir de vignerons réputés tels Marie-Thérèse Chappaz ou Simon Maye...

Les acheteurs, justement, sont à 80% des particuliers avec parfois quelques collectionneurs, par exemple pour les Mouton Rothschild et leur étiquette décorée par un artiste différent chaque année. Si les experts sont unanimes pour dire que les premières fois il vaut mieux se déplacer et voir les vins exposés, les outils internet affichent les photos des bouteilles afin d’enchérir par téléphone ou en ligne.

Les ventes d’Artcurial sont diffusées en streaming, et le site Idealwine pratique les enchères permanentes. Charles Curtis recommande d’utiliser winesearcher.com ou winemarketjournal.com pour se faire une idée des prix avant la vente. Reste qu’il serait dommage de se passer d’assister aux enchères qui, après tout, sont aussi une pièce de théâtre.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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