Bilan

Vincent Perez l’acteur-orchestre

Parrain de l’école privée Le Régent, l’acteur suisse Vincent Perez était à Montana-Crans entre tournage de son dernier film et tournée théâtrale.
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  • « J’adore venir en Suisse, je m’y sens bien. Un sentiment de sécurité, quelque chose d’unique »

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Drapeaux suisse et valaisan hissés au mât du Régent College de Crans-Montana (VS), politiciens et « people » se pressent à l’inauguration du nouvel établissement construit avec de l’argent privé – Pierangelo Bottinelli, actionnaire d’Audemars Piguet et le financier Karim Sghaier – et de l’argent public, dont 5 millions avancés par Berne et par le Valais. D’où la présence du président du PDC, Christophe Darbellay, et du chef de l’Instruction publique du Valais, Oskar Freysinger. S’y côtoient aussi la marraine de l’école, l’artiste Laura Chaplin, et l’acteur Vincent Perez, né à Lausanne en 1964, d’un père espagnol et d’une mère d’origine allemande.

A quel titre êtes-vous présent ? En tant qu’ami des fondateurs de l’école, en tant que photographe et passionné de photo pour l’exposition « Homme blanc - Homme noir » de la Fondation Pierre Arnaud ou en tant qu’acteur suisse ?

Je suis là en tant que citoyen suisse. Je suis là comme quelqu’un qui a la possibilité de donner un rayonnement à un projet d’éducation très intéressant. C’est vrai qu’en ce moment, je suis un peu occupé. Je suis en train de terminer le montage-image du film « Alone in Berlin ». « Seul dans Berlin » est l’adaptation d’un livre écrit en 1946 par cet auteur absolument impressionnant qu’est Hans Fallada.

Il est décédé à Berlin-Est quelque temps après avoir terminé ce livre de 600 pages, un roman écrit en quarante jours seulement au moment où il sortait de prison. Hans Fallada n’est pas son vrai nom. Il s’appelait Rudolf Ditzen. Son pseudonyme de Fallada fait référence à un cheval héros d’un conte des frères Grimm qui avait la particularité de ne pas toujours dire la vérité.

« Seul dans Berlin » évoque la résistance allemande au régime nazi et les conditions de survie des citoyens allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Il est fondé sur l’histoire réelle d’un couple exécuté en 1943 à la prison de Plötzensee pour actes de résistance et dont le dossier à la Gestapo a été transmis à Hans Fallada après la guerre.

Vous êtes sensible au sentiment d’injustice…

Oui. Le roman dénonce la barbarie et la cruauté du ıııe Reich, les bassesses de la nature humaine soumise à la peur et à la haine. Ce film historique raconte l’histoire d’un couple ouvrier, Anna et Otto Quangel, des habitants d’un quartier modeste. Leurs voisins sont des fervents nazis, des juifs, des sympathisants du régime, des intellectuels: un échantillon de la société allemande de l’époque.

Il met en valeur le courage de quelques-uns qui ont été prêts à donner leur vie pour rester en accord avec leur conscience et contribuer à la destruction de ce régime. Hans Fallada a écrit ce livre en sortant de prison en 1946. Il s’était fait dénoncer pour une histoire d’achat de maison. Il décrit l’époque du nazisme où chacun profitait de la situation. Chacun pour soi, d’où le nom de « Seul dans Berlin ».

Morphinomane, Hans Fallada était un personnage assez génial, mort d’une overdose juste après avoir écrit ce roman. Son éditeur est arrivé avec des documents de la Gestapo qui traitaient des affaires allemandes. Du coup, la particularité de mon film, c’est que l’on découvre l’Allemagne sous le IIIe Reich vu du côté allemand. Quel était le quotidien des Allemands sous le IIIe Reich.

C’est l’histoire d’un bâtiment de cinq étages qui forme un microcosme de la population de cette époque-là, avec des locataires de tous bords. L’histoire d’un couple qui décide de lutter contre le nazisme après avoir perdu son enfant de 18 ans tué sur le front français. Ils l’apprennent le jour même de la capitulation de la France, le 22 juin 1940. Sous le choc, les époux Quangel vont se mettre en résistance.

C’est votre premier film en tant que réalisateur ?

Non, c’est mon troisième film, mais les deux premiers n’ont pas trouvé le succès escompté. J’avais pratiquement décidé d’arrêter la réalisation. C’était trop douloureux. Du coup, il y a huit ans, j’ai lu ce livre et je me suis passionné pour cette histoire. Il est maintenant au montage, il sera terminé pour Noël. J’ai pris comme actrice pour le rôle principal Emma Thompson, une immense actrice anglaise, deux fois oscarisée, et comme acteur masculin Brendan Gleeson, l’un des plus grands acteurs irlandais.

Tous les deux jouent le rôle d’Allemands au côté également de Daniel Brühl, que l’on a vu dans « Rush », où il jouait le rôle du pilote Niki Lauda. Ce film en anglais, c’est huit ans de combat et c’est peut-être la chose la plus importante que j’ai faite dans ma carrière. Alexandre Desplat va faire la musique. Ce Parisien a reçu l’oscar de la meilleure musique de films en 2015 pour « The Grand Budapest Hotel ». Je suis vraiment entouré de gens incroyables. Mon producteur allemand, Stefan Arndt, a eu deux palmes d’or en cinq ans. J’espère que ce film va voyager dans le monde entier.

Votre formation de photographe – en Suisse – n’est certainement pas étrangère à ce nouveau métier de réalisateur ?

 J’ai une formation de photographe au Centre Doret à Vevey, mais la réalisation est une autre formation. Cela prend toute une vie. Le fait d’avoir travaillé avec des Antonioni, des Ettore Escola, des Jean-Paul Rappeneau, des Patrice Chéreau font qu’à un moment donné j’ai été porté vers la mise en scène. Ce désir de réalisateur, je l’ai même caressé bien avant. Quand j’étais au Conservatoire d’art dramatique à Paris, il m’arrivait de mettre en scène mes potes.

Sur les réseaux sociaux, on peut vous voir partir à l’assaut d’un château en carton…

Cet épisode de ma vie, c’était quand j’étais encore un enfant, 11 ans peut-être. C’était Pierre Gisling, un professeur de dessin vaudois au Collège de Béthusy et ancien présentateur-réalisateur de la TV romande qui avait tourné ce petit film. C’était de la poésie pure. Pierre Gisling est le premier qui m’a mis un appareil de photo entre les mains. C’est lui qui m’a initié à la photographie. J’avais gagné un concours de dessin au Comptoir Suisse. Il s’occupait des camps de dessin.

Le premier qu’il avait organisé, je m’en rappelle, était sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pour le deuxième, nous sommes restés à Dieulefit, dans la région Rhône-Alpes. C’était génial. Tout un groupe d’enfants et d’adolescents restait ainsi ensemble durant un mois. J’étais l’un des plus jeunes d’un groupe de 20 à 25 garçons et filles, tous mélangés.

C’est là que j’ai opté pour cette voie de la photographie. Pierre Gisling tient une boutique unique en son genre, le Cabinet de curiosités à Montreux, qui vend statuettes et objets d’art collectionnés tout au long de ses périples à travers le monde. Il a joué un grand rôle dans ma vie et je le vois encore assez régulièrement.

L’acteur que vous êtes va-t-il cesser pour autant de tourner devant la caméra ?

Non, même si là je m’embarque dans le théâtre. J’ai commencé les répétitions d’une pièce classique, « Les liaisons dangereuses », le roman de Pierre Choderlos de Laclos. Je commence à Rennes et finis au Théâtre de la Ville à Paris au mois de mars. 

La tournée passera-t-elle en Suisse ?

Je ne sais pas encore, mais j’aimerais bien.

Quels liens gardez-vous avec la Suisse ?

J’ai une sœur qui habite à Vevey et un frère à Gland. Quand j’étais enfant, mes parents habitaient à Cheseaux. Mes premiers souvenirs d’enfance sont là. J’adorais Cheseaux. C’est là que j’ai passé mon enfance heureuse. Ensuite nous sommes partis pour Penthalaz, c’était aussi très bien.

Que faisait votre père ?

Mon père était dans l’import-export. J’ai suivi à Lausanne l’Ecole catholique du Valentin. Des sœurs donnaient les cours. Par la suite, j’ai suivi une école que j’aimais beaucoup, La Longeraie à Morges. Ma mère vit toujours à Montreux, alors que mon père, lui, est retourné en Espagne, où il s’est remarié. Je suis toujours très heureux d’aller le voir à 60 km de Valence. J’adore la région. C’est aussi la terre de mes ancêtres, des cultivateurs d’oranges. 

Vous vous sentez toujours un peu Suisse ? Vous y venez souvent ?

J’adore venir en Suisse, je m’y sens bien. Un sentiment de sécurité, quelque chose d’unique. J’aimerais beaucoup y mener plus d’activités.

Vous êtes marié à l’actrice Karine Silla, une écrivaine et artiste née à Dakar avec laquelle vous avez trois enfants : Iman, 16 ans, et les jumeaux Pablo et Tess, 12 ans. Les confieriez-vous à un internat en Suisse comme Le Régent ? (Il est le beau-père de Roxane Depardieu, fruit de l’union de Karine Silla et de Gérard Depardieu et a partagé la vie de Jacqueline Bisset, puis de Carla Bruni-Sarkozy au début de sa carrière, ndlr.)

Oui, bien sûr ! Cette école Le Régent Montana est une merveille, elle accueille des élèves du monde entier avec un enseignement basé sur la méthode british. Ce qui me plaît aussi c’est son système de bourse pour les plus défavorisés, 15% des élèves pourront en bénéficier. Pour mes enfants, c’est un peu compliqué, car je ne peux me permettre de déplacer ma base. J’ai besoin d’être à Paris.

Mais on ne sait jamais. Cette qualité d’enseignement est formidable. C’est l’avenir. Pour la Suisse et pour Montana-Crans, une école privée comme celle-là crée une activité formidable, un pôle d’attraction. Plus tard, les élèves reviendront avec leurs enfants et la boucle sera bouclée. 

La photo fait-elle toujours partie de votre vie ? Avez-vous encore le temps ?

Oui. J’ai bientôt une exposition à Mérignac, près de Bordeaux. J’ai participé l’année passée aux Rencontres d’Arles de la photographie, sponsorisées du reste par une Suissesse, Maja Hoffmann (héritière du groupe pharmaceutique Hoffmann-La Roche, ndlr) et sœur de Vera Michalski avec laquelle j’ai aussi un projet de livre avec l’une de ses maisons d’édition. C’est un ouvrage de photos consacré aux Russes du XXIe siècle. J’ai fait beaucoup de portraits.

Vera Michalski m’a proposé d’en faire un livre avec l’une de ses maisons d’édition, mais c’est peut-être un peu tôt pour en parler. Je vais aussi être exposé en 2017 à la Maison européenne de la photographie à Paris. En janvier dernier, j’ai consacré une exposition à la Galerie Cinéma, un hommage à Patrice Chéreau. C’est l’aventure vécue en tournant « Ceux qui m’aiment prendront le train », sortis en 1998, où je joue le rôle d’un transsexuel. J’avais réalisé une série d’autoportraits.

Votre polyvalence étonne, un véritable homme ou artiste-orchestre…

C’est vrai, mais pour moi tout est lié. C’est ma vie et c’est comme ça ! L’autre jour, j’ai ouvert un de ces petits biscuits chinois avec un message à l’intérieur. C’était écrit : « Tu n’es plus à la place du passager, mais à la place du conducteur. » Cela résume bien ce qui se passe en ce moment dans ma vie.

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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