Bilan

Vincent Perez: «Je ne voulais pas d’un festival franco-français»

La première édition des Rencontres du 7e Art Lausanne vient de se terminer. L’occasion de faire le point avec l’initiateur de ce nouveau festival consacré au cinéma, l’acteur vaudois Vincent Perez.
  • Vincent Perez a initié le festival et se montre très satisfait de la première édition en attendant de rééditer l'an prochain avec davantage d'ambition encore.

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  • L'actrice Valeria Golino, juste avant la projection du film Rain Man, en ouverture du festival Rencontres 7e Art Lausanne 

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  • Vincent Perez, lors de la soirée d'ouverture du festival Rencontres 7e Art Lausanne

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  • Christopher Walken, dont la présence lors de festivals est extrêmement rare, a accepté de venir au festival lausannois. Ici, sur la scène du Capitole, en compagnie de Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse.

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  • Léa Seydoux, lors de la master class donnée à l'Ecal, a fait salle comble. 

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  • Séance d'autographes pour l'actrice Léa Seydoux, à la sortie de l'Ecal, l'école d'art de lausanne.

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Dans les couloirs du Beau-Rivage Palace -épicentre des rencontres matinales entre la presse et les stars invitées– l’heure est aux accolades, adieux et promesses. Dans les échanges, des envies reviennent, comme celle de concrétiser «une deuxième édition 2019 aussi high level!», lance l’actrice Rossy de Palma, ravie d’y avoir participé, avant de quitter les lieux. Un peu plus loin, vision hallucinante, l’une des figures mythiques de Voyage au bout de l’enfer, Christopher Walken, passe discrètement, l’esquisse d’un sourire aux lèvres, pas mécontent d’être venu passer la semaine dans la capitale vaudoise pour l’occasion.

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Vincent Perez, acteur suisse et initiateur du festival Rencontres du 7e art peut souffler. Les ambitieuses master class entre les grands noms du cinéma et le public organisées à l’Ecal et à l’Unil ont souvent fait salle comble, seules celles de l’EPFL, lieu de rencontre avec le cinéma de demain en réalité virtuelle n’ont pas toujours trouvé leur public. Institution centrale dans le succès du nouveau festival dédié au patrimoine, la Cinémathèque suisse tire, elle aussi, un bilan positif. Au total, les projections organisées dans la salle du Capitole et au Cinématographe auront réuni plus de 3500 personnes. Au fil des cinq jours de festival, Lausanne aura été le centre de réflexions sur le cinéma et le Nouvel Hollywood, nourries par un microcosme prestigieux et expert en la matière. Et surtout l’occasion de revoir sur grand écran les films emblématiques du cinéma américain des années 1970. Le festival a trouvé son public averti, reste à séduire pour 2019 une audience plus large et populaire.

Quel est votre état d’esprit en cette fin de première édition ?

Vincent Pérez: (Sourire). Je suis assez fatigué, mais satisfait, car le sentiment général est celui d’avoir réussi. Mais j’ai aussi le sentiment que je peux améliorer des choses, surtout dans l’organisation, mais rien de grave et rien de visible. Le public a suivi. Dans les salles lausannoises, au moment des projections en journée, il y a vraiment eu «un effet festival». Si l’on compare avec les chiffres habituels d’un lundi à 15h00, la projection de Taxi Driver, par exemple, a fait salle comble au Pathé Les Galeries.

Quels ont été les grands moments du festival ?

Il y a eu la première projection, celle de Rain Man lors de la cérémonie d’ouverture. Quelque chose d’émouvant s’est passé avec le public. Et ce qu’il s’est passé à l’Université, le premier jour. La salle n’était pas pleine, peut-être une centaine de personnes, pour écouter Hugh Hudson et Tim Pope. Ils y ont ressenti quelque chose d’intime, un moment fort, et c’est exactement cela que je voulais. Le lendemain, pour Barry Levinson, l’auditoire était plein, plus de 500 personnes. L’effet bouche-à-oreille a marché.

Qu’est-ce que ces grandes stars ont apprécié du festival ?

Ils ont adoré être loin des caméras, loin de la pression économique. ll n’y avait aucun enjeu pour eux lors de ces cinq jours. Ils pouvaient simplement profiter d’être entre eux. Des collaborations vont peut-être naître suite à cela.

Avez-vous le sentiment que ce festival a réussi à toucher un public de non-initiés?

Oui, je reçois des commentaires dans ce sens, notamment à la sortie de la projection de Deer Hunter de Michael Cimino présenté par le réalisateur Michel Hazanavicius, le dimanche après-midi. Ce film, magnifiquement restauré a bouleversé le public. Et la discussion, de plus d’une heure, que les spectateurs ont pu partager avec Christopher Walken était exceptionnelle. Mais il est vrai que j’avais cette inquiétude de savoir s’il y allait avoir un public, si nous allions faire salle comble au Capitole. Et au final, ce qui m’a beaucoup plu, ce sont tous ces jeunes venus découvrir des grands classiques qu’ils n’ont jamais vu sur grand écran. J’avais envie de cette curiosité. L’actrice Léa Seydoux, à L’Ecal, elle qui déteste cet exercice, a parlé pendant une heure de son métier, de manière intime, loin des photographes. Je crois que c’est là le cœur du festival: des rencontres, émotionnelles et à taille humaine.

N’a-t-il pas manqué un grand centre névralgique à Lausanne pour ce festival ?

Oui, il faut créer un lieu, avoir plus de visibilité. Nous avons commencé très en retard sur la communication. J’aimerais beaucoup installer un dôme l’année prochaine, un lieu où l’on pourrait voir des projections en réalité virtuelle, montrer des projections à 360 degrés, y organiser les conférences. Mais nous n’en avions pas les moyens.

De quel budget disposiez-vous ?

Je ne communique pas sur les chiffres. Nous avons eu la chance d’avoir des sponsors qui ont signé pour trois ans, certains sur cinq ans. Mais oui, il manque toujours du budget. Au moment du financement, nous n’avions aucun nom. Ils ont confirmé très tard. Tout s’est fait au dernier moment. Aujourd’hui, l’effet buzz est là et nous allons pouvoir nous organiser pour l’année prochaine.

Les autorités vous ont-elles soutenu ?

J’ai été soutenu par Grégoire Junod de la Ville de Lausanne, par le conseil culturel. Mais j’aimerais aussi être soutenu par le canton. Je pense que l’événement pourrait même intéresser la Confédération, pourquoi pas. Mais je ne veux pas trop prétendre. J’aimerais construire doucement. Je sais que notre succès autour des réflexions sur le cinéma a été particulièrement salué.

Quel est votre sentiment lié au fait d’avoir organisé ce festival à Lausanne, votre ville?

C’est assez confus, je n’arrive pas encore à décrypter, je suis encore dans le faire. Il y a eu beaucoup d’événements, même trop pour certains. Tout le monde me disait que j’étais fou d’organiser toutes ces rencontres. Mais repartir d’un festival avec le sentiment d’être frustré de ne pas avoir tout vu, c’est un bon sentiment non? Beaucoup de gens m’ont aidé, particulièrement Chicca Bergonzi, adjointe à la direction de la Cinémathèque suisse et Olivia Weemaes. J’ai plein d’envies pour l’année prochaine, dont celle de mettre en lumière le cinéma australien qui compte un grand nombre de réalisateurs, comme George Miller, Baz Luhrmann, Jane Campion, entre autres. J’aimerais plus de femmes, plus de réalisatrices, c’était ma grande frustration. J’aurais pu inviter davantage de cinéastes français, mais je ne voulais pas d’un festival franco-français.

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Cristina d'Agostino

RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Lui écrire

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

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