Bilan

Vik Muniz: un Brésilien au cœur des vignes

A 57 ans, Vik Muniz est devenu l’un des plus grands artistes contemporains grâce à ses œuvres qui associent des matériaux nobles à d’autres issus du recyclage ou de déchets naturels.

Vik Muniz utilise habituellement des éléments organiques pour créer ses œuvres. Ici, il s’est inspiré des vignobles de Sillery en Champagne-Ardenne. (Crédits: Dr)

L’artiste brésilien de renommée mondiale est le dernier créateur choisi par la maison de champagne Ruinart. Nous l’avons rencontré en exclusivité à New York lors du salon Frieze début mai.

Quelle est l’importance de la Suisse dans votre univers artistique ?

La Suisse a une place prépondérante dans le marché de l’art, même si j’ai la chance de ne pas avoir à trop me soucier de l’aspect financier de ma carrière. Je n’ai pas de représentant dans une galerie de Zurich, mais la galerie qui expose mon travail à Paris possède également un lieu à Genève. J’ai vécu durant plusieurs mois dans les Alpes en France voisine, donc je connais très bien la Romandie.

Comment avez-vous approché ce travail pour la maison Ruinart ?

J’ai rencontré le président de Ruinart, Frédéric Dufour, lors d’une soirée Guerlain à Paris et il m’a expliqué son programme qui consiste à donner carte blanche à un artiste différent chaque année pour rendre hommage aux cuvées, aux crayères et à l’héritage de la maison. J’ai donc passé du temps dans la résidence artistique de leur ancien vignoble de Sillery au moment des vendanges l’an passé. Avec les vignerons, j’ai créé 6 œuvres photographiques en utilisant des éléments organiques comme des morceaux de bois calcinés, du charbon ou des feuilles de chardonnay. Je voulais montrer à ma façon les relations entre l’homme et la nature. J’adore le mélange des genres car je refuse de croire que l’art doit être réservé à une élite. J’ai fait un documentaire, Waste Land, pour expliquer cela. Collaborer avec des gens qui ramassent les poubelles et leur faire un don de mes profits, après la vente des œuvres réalisées avec leurs matériaux récupérés, c’est ma façon de briser le mur des classes sociales et faire entrer l’art chez tous.

Est-ce que le mécénat venant du luxe est capital dans le parcours d’un artiste comme vous?

Je ne me pose pas la question en ces termes. Je viens du monde de la pub. J’ai commencé par travailler dans une agence de communication à 18 ans. Intégrer des marques dans mes œuvres n’a donc jamais été un problème tant que cela a du sens. Je n’accepterai jamais de collaborer juste pour le fric, je n’en ai pas besoin. Dans le cas de Ruinart, j’aime leur approche de l’art. Et Ruinart n’a pas besoin de pub pour vendre son champagne. (Ndlr: Le Chinois Liu Bolin, le Hollandais Maarten Baas, le Français Hervé Van der Straerten ont précédé Muniz dans ce programme.)

Vous aviez remporté le Prix Cristal à Davos en 2013. Quelle est l’importance de cette récompense pour vous?

Ce prix est le plus personnel que j’ai reçu car il honore mon travail avec les enfants dans le monde. J’ai grandi dans un milieu très pauvre et j’ai voulu partager avec d’autres dès que j’ai été en situation d’être financièrement indépendant. Aujourd’hui, je finance deux écoles à Rio pour éduquer des jeunes de familles sans ressources et suis devenu ambassadeur de bonne volonté pour l’Unesco. Je participe à un programme au Bangladesh où je me suis rendu pour aider aussi les enfants. Récemment, j’ai créé un programme financier pour sauver une crèche près de chez moi au Brésil qui allait fermer par manque d’argent.

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